Jour de confinement

Saison III – Épisode 51 – Des signes et des symptômes

Ce matin, je suis allé chez le médecin. Je ne me sentais pas du tout bien alors je m’y suis résigné.

Tout de suite, sans tarder, il a décelé les principaux symptômes. J’avais de la fièvre… je toussais… je manquais de souffle… peu de tonus… Il n’a pas hésité.

Bien sûr, je ne me suis pas fait tester, mon état ne le nécessitant pas (pas encore) et je rappelle que, si quelqu’un l’avait oublié dans la salle d’attente, nous vivons dans un pays en voie de développement. Et la réalité nous rattrape, elle nous rattrape tous à un moment donné, elle nous rattrape toujours, les gens. Notre condition. Elle nous rattrape et à un moment donné nous n’avons pas assez de M’Bappé, de respirateurs, et de billets de loto gagnants pour tout le monde. Il m’a donc, tout de suite, sans plus attendre, fait une ordonnance et commandé en urgence :

  • une boite de doliprane
  • un vagin artificiel
  • des applaudissements superficiels
  • Un Luchini parlant
  • de la vaseline (à apposer juste après le confinement, mais alors tout de suite tout de suite)
  • des gants (compatibles avec la vaseline)
  • un masque (compatible avec la « soirée » vaseline)
  • de la colle huhu
  • de la coke
  • pour mes déplacements : une laisse d’une longueur d’environ 100 kilomètres (à la ronde) + trois charognes qui paraderont et garderont fièrement vos épaules de moineau + un bébé léopard en laisse (bébé peut-être mais suffisant pour imposer le respect des gestes barrières et de la distanciation sociale sur la ligne 13)
  • une valise RTL (ne serait-ce que pour la 8’56”)
  • un poster géant de Rika Zaraï (rien que pour la distanciation sociale)
  • un livre de poésie
  • un livre de philosophie
  • une image panini d’Emmanuelle Béart (avant les opérations)
  • du sopalin
  • encore des gants
  • de la colle anti-colle (pour décoller tout ça)
  • des anti-dépresseurs
  • des pâtes lustucru (y’a pas de raison de ne pas faire comme tout le monde) (et il en restait deux trois paquets)
  • d’aller manger mes morts
  • d’aller insulter Emmanuel à son balcon, puis ensuite seulement aller me faire enculer par la matraque d’un crs moustachu, mais seulement après avoir traversé la rue (respecter les traditions)
  • d’aller me coucher, « parce que vraiment monsieur Guar, vos conneries elles sont fatiguées. »

25 avril 2020

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