Jour de confinement

Saison III – Épisode 45 – Le jour d’avant la fête du télétravail

Un jour, nous ne dirons plus le mot « restreindre », mais « réglementer ». Un jour nous ne dirons plus « dans les lieux et aux heures fixés par décret » mais « ainsi que l’usage des moyens de transport ». Un jour, après le mot « provisoire » seront insérés les mots « ou réglementer l’ouverture » et les mots « des lieux de réunions, à l’exception des établissements fournissant des biens ou des services de première nécessité » seront remplacés par les mots : « de toute autre lieu de regroupement de personnes, en préservant l’accès aux biens et services de première nécessité ». Un jour, nous irons jusqu’à remplacer toute une phrase qui, à la fin, mais pour une période provisoire hein, se terminera par : « Ordonner la réquisition de toute personne et de tous biens et services nécessaires à la lutte contre la catastrophe sanitaire. »
Ce jour, il sera effectif jusqu’au 24 juillet au moins – au moins ! au moins ! – , et ne pas s’en éloigner à plus de cent kilomètres ou gaffe à vos gaffas.

La virée chez Ludovic est à nouveau repoussée.

“Dessin Marc Bertrand, droits réservés”

Un jour je dirai je ferai je… mais je… j’ai pas le temps ! Aujourd’hui ma première pause de la journée est intervenue à 16h21, une pause ridicule qui plus est. Cet après-midi qui ressemble au soir, cheffe me fait comprendre que la fête du télétravail est bientôt finie, cette fête où vous travaillez plus, ou vous êtes plus efficaces, mais bon hein… les habitudes tout ça ouhla ça fait peur au directeur général ça… (je fais la moue… je suis po content) mais qu’éventuellement télétravail pourra se faire encore jusqu’à la fin mai… mais qu’ensuite il faudra revenir au présentiel… « sinon qu’en diraient ceux qui prennent les transports et viennent travailler ? » (j’sais pas ? que j’ai bien raison ?) (un mouton qui ne veut pas finir en quarantaine après une – top chrono – exposition de cinq minutes à la ligne 13)

J’en pense comme d’hab que ce monde du faire pour faire, du rester pour rester, marcher pour l’en marche ! n’est pas pour moi.

Un jour, j’assumerai d’écrire. Mais nous ne sommes pas “un jour”, nous sommes la fin du monde, alors en attendant des jours heureux, noyer la connerie parmi d’autres conneries, j’me dis qu’elle se verra moins, la mienne, l’originelle. Un jour, j’assumerai d’écrire oui. J’assume tellement pas mes écrits que j’ai tendance à les mettre en ligne en même temps ; je me dis que si on n’est pas attentif sur un, on le sera encore moins pour des, publiés au même moment… malin le trouillard ! J’ai peur de l’assumer ? ou des critiques ? Je suis comme la pluie fait peur à un douillet, un douillet gaulois peut-être, un douillet quand même, surtout un douillet, un gaulois. Je me dis que je ne suis pas complètement fini quand je repense à mes écrits d’hier, encore. Quand j’entends ce matin un mot de Nietschze, il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse, quand je me dis que l’écrit, c’est comme le son le timbre de sa propre voix, il y a ce qu’on croit émettre, et ce que les autres perçoivent… éventuellement captent… quand j’entends aussi cette chanson, qui me renvoie à tant…

et ce monde d’aujourd’hui rempli à ras bord oui de pâquerettes et ça passera…

Un jour, les gens arrêteront de regarder les oiseaux, pour mieux leur chier à la gueule. Et tac bien fait. Un jour les gens continueront à voter les Macron, les Macronnes, un jour les gens arrêteront de voir en les oiseaux des gens sympas.

L’oiseau sympa qu’il paraît, comme titre.

Ce matin un oiseau a chié sur mon balcon, pas sympa
Cet après-midi l’oiseau est venu picorer dans mon amandier, pas cool
Ce soir, rien
j’ai attendu toute la soirée, rien…
Il me manque

Et aujourd’hui
Et hier
Et demain

Et les gens continuent de l’appeler sympa
c’est n’importe quoi
Moi ! je sais qui a uriné dans ma pergola
c’est l’oiseau sympa
Mais rien n’y fait

« oiseau sympa ! oiseau sympa ! comment vas-tu ? Où vas-tu ? » entend-on à chaque balconnet, chaque matin, et voilà comment les ignorants
Quand on leur montre ça, ben ils le regardent à vue de nez, à l’œil, tout sourire
c’est n’importe quoi, c’est n’importe quoi…
Et les enfants piaillent
et les parents pient
« c’est l’oiseau sympa ! c’est l’oiseau sympa ! »
Les gens ces ignorants ne cessent : « oiseau ! oiseau sympa , viens ! »
Moi ! Je sais qui a chié dans ma boite aux lettres.
Il y avait une plume

Demain je vais chez les poulets.

« L’oiseau sympa, l’oiseau sympa » nia nia nia.
ILS SAAAAAVENT PAS.

sympa ?
AH. Laissez moi rire.
sympa !
Ma plume oui.

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