Jour de confinement

Saison III – Épisode 33 – Les Moucherons

6h52. Zzzzz zzzz zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz… bzz hhiiiii whihiizz zzzzzzzzzzzzzzzz…
6h52. PUTAIN J’EN PEUX PLUS.

IL M’A LITTÉRALEMENT REFAIT LE CORPS.
Le cou. Le front. Les avant-bras. Le dos. Les coudes. Les mains aussi bien sûr…

En retrait. La couette, les gars, sous la couette…
« C’est chaud, chef »
Je sais.
Zzzzz zzzz zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz…
Mais pas la choix !
Zzzzz zzzz zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz…
Pensez à la France, messieurs. La France est éternelle.
« pas les moucherons, chef ? »
Zzzzz zzzz zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz…
Pas les moucherons.
PUTAIN.
AiE !
CA TOMBE !
PIM !
PAM !
BIHI IIIHHHHH…. BOUAAAARM !!!!!!!!!!
TA TA TA TA TAAAAAAAAAAA…
« La couette, la couette ! »

A gauche…
A droite…
Le shadow dans la nuit je n’y arrive pas.

« On fait quoi chef, on leur envoie les ondes du Maléfice ? On pousse à fond le cri de guerre du Grand Chef ? On le passe en boucle ? »

Dix minutes plus tard.

« Soudain, sur la plaine, un silence régna. Un jour se dit-il, nous fraterniserons et nous échangerons, lui ses scholl, moi les charentaises. » (Roger dit « Le gros Roger », sous-le-caporal, souvenirs des Tranchées, poèmes non choisis, vers 1914-1918)

7h16. Grosse claque dans ma gueule !!
7h17. Et deux ! Et encore ! CLAC ! CLAC ! CLAC !

Le shadow dans la nuit je n’y arrive toujours pas.

« Chef, et si nous allumions la petite lumière bleue. Pour voir dans la nuit. »

« Très bonne idée, sous-fifre je penserai à vous décorer, mais pas la gueule le moucheron s’en est déjà chargé. Sous-fifre, désormais, vous serez sur-fifre. »

« Merki chef. »

TA TA TA BAAAHAAAAAAA…
OH !
BAM !
BAM !
PAM !
PIM !
BIHI IIIHHHHH….
TA TA TA TA TAAAAAAAAAAA…
Dernières paroles d’une voix d’outre-tombé : « Je ne suis pas ceinture noire. »

7h18. Dans ces conditions, sur-fifre, je vous fais chevalier de la légion d’honneur. Reposez bien en paix.

« Merki. » (voix d’outre-trombe)

7h20. Et bim. Et bam. Un claque dans ma gueule !!!! Putain. Je crois que je l’ai eu.

7h22. C’est pas possible. Non. C’est pas possible… Ils sont deux.

bzz hhiiiii whihiizz zzzzz…
bzz hhiiiii whihiizz zzzzz…

7h23. Putain. Putain ! PUUUUUTAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAIIN !!!!!!!!!!!!!!

ET BIM
ET BAM
ET ENCORE UNE GROSSE CLAQUE DANS MA GUEULE
ET ENCORE RATE

J’ai la gueule refaite putain. J’ai le cou refait. J’ai les coudes refaits. Les poignets. Les tempes. Le front. Le crâne. C’est une victoire totale je dois l’admettre.

7h33. Je craque.
7h34. C’est bon c’est bon ça va. T’as gagné. Je me lève.

Les traditions.
Prendre en compte les traditions. Ce bon vieux Julius l’avait dit un jour au réveil, en direct de Télémaque-Matin (déjà présenté par Sophie Davant) de – 35 avant J.C. : Je me suis couché, je l’ai pas vu, je l’ai bien senti par contre. Surtout dans le dos.

Je me lève.
Je me lève certes mais énergique Guar, énergique, n’en paraître rien allez un peu de fierté et deux trois pompes histoire que – s’il m’observe dans un coin tapis dans l’ombre, ou même au porte-manteau – je lui fasse bien comprendre que ça se passera pas comme ça demain, qu’il s’en tienne pour comptant. Je ne me laisserai pas faire une nuit de plus.

7h35. La coutume veut que l’on salue son vainqueur. Aller saluer le moucheron. (« lui ??? hors de question, chef. Vous avez vu la gueule que j’ai maintenant ?? »)
N’en paraître rien, on a dit. Faire comme Vercingétorix dans Sarkozix et je refais l’histoire de Françafrix.
7h35 et un mal de cul plus tard : « Bravo. »

(Votre gueule, aspirant ? Qu’a-t-elle de changé ?)
(« M’enfin, chef. Voyez. D’être rouge c’est pas ma couleur d’origine. Ni les bosses. »)
(Ah oui en effet. Désormais ! Nous t’appellerons Edguar Grospiron.)

7h35 et une poignée de secondes plus tard : lui serrer la main. Lui serrer la main. Lui serrer la main pfff… Ah bah non c’est vrai, je n’ai plus de main non plus.

Contempler 40m2 du haut de son balcon. Tiens, il a plu.
Tiens, une corneille picore sur le balcon des voisins.

07H57. Je ne suis pas le mari de madame Muller.
8h12. Je me lève de la chaise je vais chercher… qu’est-ce que je vais chercher ? Je me suis levé pour quoi ?

Zzzzzhhiiiii…zz zzzzhihiizz…

8h15. Une bouteille d’eau. C’était pour une bouteille d’eau. La journée commence bien. Où qu’j’ai ma tête ?

Zzzzz zzzz zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz… bzz hhiiiii whihiizz zzzzzzzzzzzzzzzz…

À la cuisine.

Zzzzz zzzz zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz… bzz hhiiiii whihiizz zzzzzzzzzzzzzzzz…

Il me nargue. Je suis à la cuisine et je le sens, je l’entends, je vois son ombre.

Zzzzz zzzz zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz… bzz hhiiiii whihiizz zzzzzzzzzzzzzzzz… Zzzzz zzzz… bzz hhiiiii whihiizz…

8h29. Le soleil se lève, enfin disons que le soleil me salue. Un dialogue s’en suit. « C’est pas trop tôt toi » que je me permets de lui dire les yeux dans les yeux (j’ai pas peur).
8h30. SMS du Soleil : « C’est pas moucheron, moi. »
8h43. « Chef ! Chef ! J’ai envie de faire caca. »
Oui bah tu sais faire, je vais pas t’apprendre, troisième ligne.
« Oui, chef, mais où ? »
Bah… euh… là. Derrière feu Sur-fifre et tout frais chevalier de l’honneur (mais Français monsieur, Français, l’honneur, à jamais français l’honneur et ça n’a pas de prix).
« Chef ! Encore une question… J’comprends pas… »
Jusque-là je te suis.
« J’comprends pas que… »
Normal. Normal. Notre condition, soldat.
« nan mais pourquoi que vous m’appelez troisième ligne ? J’fais douze kilos, même mon sac à dos il est plus lourd à porter que moi. »
J’t’explique troisième ligne… Dans ce double combat, l’un contre ce monsieur Corona, l’autre contre ces putains de terroristes de moucherons, les choses sont ainsi faites, les choses, en fait, les choses sont faites comme elles ont toujours été faites. »

(Zzzzz zzzz zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz…bzz hhiiiii whihiizz zzzzzzzzzzzzzzzz…nous sommes en guerre…nous sommes en guerre…nous sommes les affreux moucherons macronistiques et nous sommes en guerre…nous sommes en guerre…)

Ils sont revenus.

Putain ils sont revenus. Troisième ligne David ! Venez là. Allez là-bas voir si j’y suis. Combien sont-il ? Et qui ? Comment ? Pourquoi ? Faites moi un rapport. Et détaillé, hein, le rapport.
« Oki, chef. »

« Encore un peu de café, chef ? »
Je veux bien, merci mon bon vieux serviteur. Vous êtes bien bon dans ce rôle, troisième ligne. Vous savez ?
« Plus que jamais. » (air grave) (Dans les tranchées la vie est dure, « c’est pas tous les jours roses » se racontent-ils, entre soldats, entre deux bains de boue) (« c’est plutôt rouge ouais »)
Ouh !!! ça va troisième ligne ? Vous m’avez l’air bien sérieux tout d’un coup, ça va ?
« Non non c’est rien. Revenez-en à vos conneries, chef, je suis tout ouïe. »

Oui revenons à nos moucherons. Je vous disais donc, troisième ligne Guar. Enfin EdGuar. EdGuar Grospiron AH AH AH (rires gras) AH BAH FAUT BIEN RIGOLER DANS LA VIE C’EST BON POUR LA SANTÉ AVANT DE MOURIR.
Et dans la vie, dans la vie mon cher Edguar (ça rapproche les tranchées, on en oublie les convenances, les grades, les médailles, la mémoire et même d’en rester aux sobres prénoms) comme dans la mort d’ailleurs, enfin dans la vie : y’a deux sortes de moucherons, ceux qui creusent et… non c’est pas ça. Pardonnez-moi je délirium tremens me too. Ça manque hein, la bonne biture ? Quelle vignasse de merde quand même, ce café. J’oubliais ce que je voulais dire. Ah bah ce matin y’a pas que la bouteille d’eau que j’ai oubliée pourquoi qu’j’m’étais levé de la chaise de mon bureau dessous la tonte militaire… Où c’est qu’j’ai ma tête moi.
« Tant qu’elle n’est pas là où repose ce bon vieux Gros Roger, tout va bien chef, positiver. Y’a toujours pire. Nous aurions pu naitre Giscardiens. » J’aime ta philosophie, troisième ligne. Continue quand même à fermer ta gueule. Écoute la mienne. (de philosophie)
(guerrière)
(« et nous gaaaaaaaaaahhaaaaaaaaaagnerooooooooooooooooooooooooons…bahia…bahia…bahia…bahiamas ») Je disais… Dans ce double combat, l’un contre ce monsieur Corona, l’autre contre ces putains de terroristes de moucherons, les choses sont ainsi faites, les choses, en fait, les choses sont faites comme elles ont toujours été faites. Vous avez tout d’abord les premières lignes, le peuple de l’ombre, les pauvres quoi. Ils peuvent avoir leur lubies, se parer de blouses blanches, même de charlottes s’ils veulent, enfin s’il en reste et si ça leur chante, leur parle, à 20 heures ou qu’importe, ou organiser un bal masqué, danser la chenille avec mesures barrières d’un mètre minimum devant les boulangeries, ils peuvent éteindre un feu, torcher le cul d’une petite vieille, peu importe, ils sont pauvres. Eux, tu vois, c’est les premières lignes. Ils sont pauvres, et ils prennent très très très chers. Ça s’appelle la démocratie.
« ah oui je me souviens ! Quand j’étais petit, enfin déjà petit mais plus jeune quoi, j’avais laissé une empreinte au mur de monsieur Duclos. « La dictature c’est ferme ta gueule, la démocratie cause toujours ».
Oui bon je m’en fous c’est moi qui parle, puis t’es pas à la Légion là, alors tes histoires de petit délinquant à la con hein… Je disais… Et là tu ne m’interrompt plus ou, comme les moucherons, je te tazz la gueule.

Je disais… Je disais donc… Les premières lignes… Voilà… Après, t’as les deuxième lignes : les impôts. Le nerf des impôts, c’est bien connu ça, t’en as déjà entendu parler de cette expression ? Une expression très utilisée sur le peuple, et le nerf des impôts, les impôts, ceux qui servent aux premières lignes par exemple, enfin il paraît, enfin bon, c’est un exemple l’impôt, et c’est comme tous les exemples hein, on va pas se mentir. Y’a aussi l’impôt sur la fortune sinon. Si tu veux qu’on parle des dernières lignes. Les bien planqués sous la couche d’ozone. En Alaska, au Panama, aux Bahamas tout ça… Eux, sont de la même famille que les quatrième lignes, mais j’y reviendrai plus tard. Enfin si tu veux. Je t’embête peut-être, à te raconter tout ça, non ? la France, Napoléon, les croisades, Amélie Mauresmo, l’impôt sur la CSG tout ça…

« Non non chef je vous écoute c’est passionnant. Et les troisièmes lignes alors ? »

J’y viens, j’y viens.

Les troisièmes lignes… Les troisièmes lignes, c’est toi par exemple. Les troisièmes lignes, c’est de la même famille que les gentils cons, ou les gentils organisateurs, tu sais, ceux qu’on retrouve au club med, ou au club resto, tout ça… ils sont côté cœur quoi, tout pareil que les gentils cons. On les appelle des VO-LON-TAIRES. C’est un joli mot hein, volontaire. On dirait du Voltaire pour la résonance, du Victor Hugo pour l’épopée. (et il est où mon hip-hop-là ? où-là où-là… hop… wesh) (« ça va wesh ») (ta gueule j’ai dit, gentil troisième ligne)

« Mais ça vient de Saint-Denis chef… c’est d’la b… »

Ah oui merde c’est vrai on perdait le fil, on cause on cause, n’oublions pas que nous sommes en guerre et que les moucherons sont dotés de drones hypermodernes, ils en ont peut-être qui nous observent à l’instant même sur la plaine, j’ai un camarade espagnol, un soldat saltimbanque un peu foufou mais très patriote l’air de rien, et qui m’a rapporté (par pigeon voyageur) que des drones avaient été dispersés à moins de deux kilomètres de là, dans le parc dit de la Cour-Neuve. Au passage, depuis que whatsapp s’est mis au pigeon voyageur, ça marche très bien les applis de petit bambou.

« Vous faites de la méditation chef ? »
Bien sûr. Je suis chef.
« Il neige chef. »
Ça va vous êtes sûrs troisième ligne ? Vous avez envie de tourner de l’œil ?
« Ah non, lol, pardon, c’est mes pellicules. »

8h56. « La plupart espagnols, faut croire qu’en Espagne on ne les comprend pas… »

Et les quatrième ligne, troisième ligne, les quatrième ligne, c’est dans le jargon militaire on appelle ça des enculeurs, mais pour les réceptions, dire sobrement : l’État. Ou Les planqués bien au chaud. Les amis tu sais, des bien planqués sous la couche d’ozone.

« Ils ont tout ramassé
Des peignes et des pavés…
»

Tiens, il neige toujours.
« ça va, chef ? A votre tour d’être contaminé ? »

9h32 putain. Je suis fatigué moi, je reprendrais bien un peu de vignasse arabica.

Arabica : « Oui chef ? Vous m’avez appeler ?

Non, pardon, c’est une erreur. Tiens pendant que vous y êtes femelle manuscrite, tapez-moi ça et balancez-too ça dans les mairies de France, les Carrefour de France, les what’zup, les whatsapp, tout, le maximum…
faut recruter.
Nous sommes en guerre.
C’est notre combat, et nous le gagnerons.

Chers cons,

Messieurs, surtout, ne vous découvrez pas avant, avant au moins, allez, quoi, on va dire le 11 mai, restez attentifs, les moucherons pourraient très bien être restés tapis dans l’ombre, et sortir le tapis turc de la cave demain matin, ou même cette nuit. Pensez à vos manches, bande de tapettes, vos claques « merde ! » dans ta gueule mouche communiste, et aussi à votre huile, votre huile plus que jamais essentielle.

Et n’oubliez pas, messieurs, n’oubliez pas, l’espoir. Jamais. Vous marcherez encore dans la boue, ça je ne vous le fais pas dire, vous marcherez encore et encore et encore et encore et toujours bande de cons de premières, deuxièmes et troisièmes lignes, mais vous marcherez, vous continuerez à marcher et un jour, enfin, vous marcherez à l’amour, j’en suis convaincu.

J’ai confiance en vous.

Nous retrouverons les jours heureux.

Vive la France, vive la République, vive la Citronnelle.

Et encore ! heureusement que j’ai écrit tout ça avant d’écouter Radio Tisto (l’émission des autistes)

Un samedi matin, Jour 33, 18 avril 2020

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