Jour de confinement

Saison III – Épisode 54 – Par ici la sortie

Par ici la sortie dans deux jours. Enfin officiellement. Pour les sorties officielles ça… dans les lieux de vie, les parcs, les cinés, les théâtres, les sorties culturelles pff… Trouver des palliatifs, d’autres palliatifs.

Bucco, j’vous ai déjà parlé de mon ami Bucco ?

Non, maman, je n’écrirai pas sur toi, pas aujourd’hui, je me le suis interdit, pas aujourd’hui pas aujourd’hui… ce jour d’enfant endeuillé est un autre, comme tous les autres. Rien à signaler. Rien de différent. J’aimerais te prendre dans les bras maman, et puis me réfugier dans ton coude, prendre tes mains, que tu respires l’air même pollué de Saint-Denis. Mais non. J’écrirai peut-être sur toi dans quelques jours, mon étape, ce jour où nous t’enterrions, une étape, une étape après l’autre…
Question d’élévation. Pas aujourd’hui donc.
Quatre ans. Fou. Ça me paraît tellement loin et ça me paraît tellement… éternelle douleur. Non ! stop !

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Alors quelques-uns… quelques millions…! milliards ! Oui ! Un vent d’espoir tout de même, le musée du Luxembourg annonce Man Ray reporté au 23 septembre (donc les musées rouvriraient fin septembre ?)

L’exposition Man Ray et la mode prévue initialement du 9 avril au 26 juillet 2020 au Musée du Luxembourg, est reportée au 23 septembre 2020 jusqu’au 17 janvier 2021.
Concernant les expositions du Grand Palais (Pompéi et Noir & Blanc) une information vous sera communiquée à la fin du mois de mai.

Puis avec l’aide de Bucco (Bucco c’est l’oiseau) – j’ai trouvé son nom hier (ste-judith) en pleine e-méditation, c’est joli non ? (« mais travailler mieux l’instant présent la prochaine fois ») – avec l’aide de mon ami Bucco j’arrive à me recentrer, c’est vers lui, vers ses chants, l’enquêtrice de la fondation BB me l’avait dit : soyez vigilants. Aujourd’hui je suis content de l’être surtout à l’affut, à l’écoute de mon cher ami Bucco. Bucco, c’est en idée à l’oiseau bleu de Bukowski, ça sonne aussi comme buccolique. Un clin d’œil, devrais-je dire un clin de bec (beck, buck… jeu de son) (humour) (le mien). Mon ami Bucco, depuis le confinement, après tout ce qu’on a traversé, enfin surtout lui, lui et moi c’est à la vie à la mort.

Hier soir, le ciel s’étant paré d’un rose beau, j’avais sorti ma truffe, accolé à la rambarde pour mieux admirer le soleil couchant, le ciel rosé… Une dame m’interpelle, je sens le réflexe tenace j’suis sur la défensive (qu’est-ce qu’elle veut) mais non, son chat est perdu et non désolé je n’ai pas croisé de grisé depuis cet aprèm.

Par contre cette nuit, j’ai rêvé d’un oiseau. Et de vivre, je ne savais pas, ma fenêtre donne, je ne le savais pas, sur une aire maritime, une presqu’île ? Comme une plage artificielle. Au panneau il est écrit le titre d’un parc d’attractions, Aqualand si j’ai bonne mémoire, et je ne crois pas avoir bonne mémoire de mon rêve. Mais c’était pas Bucco. L’oiseau c’était pas Bucco.

Au fait j’vous ai déjà parlé de mon petit oiseau, mais vous l’ai-je déjà montré ?

Je retape ce texte à la veille de ce jour deuil et c’est le troisième soir de suite que j’écoute Saez, et ce live soir où deux jours après avoir atterri des Antilles j’étais main dans la main avec Déb’ au Zénith, d’un temps où Saez était en grande forme, d’un temps aussi où l’amour était beau. Beau souvenir. M’efforcer d’en rester à ces notes.

Le dernier samedi d’avant le reste du déconfinement et tout autour des queues à n’en plus finir, des gens qui s’énervent, des flics qui tentent de les calmer (“y’a pas eu de confinement à Saint-Denis, monsieur”) (le monsieur flic désabusé…). Je pense à cet autre agent, lui de Delafontaine et qui me disait plus que craindre – “être convaincu d’une deuxième vague vu l’indiscipline des gens…”

Bien sûr, il aura fallu qu’averses… que mon seul footing sous la pluie de tout ce confinement tombe en ce jour pluvieux dedans mon cœur, ma tête… et je ne passerai pas entre les gouttes, évidemment, of course, quel con l’homme quand même à ne pas s’y faire, à ces évidences, et dont il est conscient, en plus ! alors alors alors comme le chacun des mortels alors l’accepter, accepter de faire avec. C’était écrit qu’il en serait ainsi aujourd’hui. J’étais pourtant parti beaucoup plus tôt que d’habitude, prévoyant la pluie annoncée du soir.
Une discussion prolongée d’avec une voisine retardera mon footing. Incroyable, elle m’apprend avoir achetée dans une pharmacie d’Aubervilliers un masque à… cinquante euros !!! “Un seul”. Un seul ? non mais un seul ? un seul ?? Mais c’est incroyable de saloperies ça. Une pharmacie officielle ? “Oui mais… un masque en tissu ! mais lavable seulement vingt fois…”
Pour la “rentrée” de lundi et/ou mardi, pas d’école non plus pour ses enfants. “On attend de voir comment ça va se passer. Puis on n’est pas prioritaires d’te façon (à Saint-Denis, rentrée priorité aux enfants de pompiers, infirmiers, etc.). “Bref en fonction de la taille de la classe pour laisser au moins 4m2 par élève » (enfants des personnels indispensables à la gestion de la crise sanitaire et scolarisés en grande section, cp et cm2, enfants les plus éloignés de l’école, enfants soufrant d’un handicap).
Djamilah m’apprend aussi que voisin vigile-tueur de chien a reçu un avertissement du bailleur (pour nuisances sonores).

Entre le télétravail et ses trois mômes, “et en plus le ramadan ! pfff” Djamilah se dit lessivée. Son teint “Omo micro” plus blanc que blanc, il est vrai m’avait surpris. Moi je n’ai pas à me plaindre y’a que mon attestation qui l’est vraiment. Pour elle, mon attestation, il était plus que temps. (pluvieux)

Ce soir encore appliquer la méthode Coué, et quelques proverbes. Footing pluvieux, footing heureux. Des cons finement, des jours heureux. Et Mars venteux, et Jupiter fumeux, avril pluvieux… font mai joyeux. Ces fameux jours heureux. En marche en marche oui… courrez courrez si vous voulez gentils Français vous avez intérêts à bien vous abriter ça va tomber tomber et encore tomber mais voter voter continuer d’aller voter hein…

Ce soir il orage, ce soir ce n’est pas moi mais le chien qui pleure. J’suis avec toi le chien.
Pour ta peine une bonne cote de porc bio de chez biobio. Demain peut-être par ricochets je dénoncerai quelqu’un. Ah non c’est vrai ça aussi je me l’étais promis : m’élever.

Ah bah non. Djamilah qui m’appelle. Je n’entends pas mon portable, le bruit de la pluie qui redouble pt’être, j’sais pas. SMS : “Désolée de t’embêter Heinrich m’a appelé car chien dehors sous orage il parait il crie tu peux filmer ?”

Et j’ai pas honte. Je pactise avec Hitler enfin Himmler enfin c’est pareil pour m’allier contre le Pénicaud-des-Vigiles (“il faut travailler le chien…il faut travailler le chien…”) et je n’ai même pas honte.

Greenpeace qui me laisse un message aussi tiens. “Les grands changements semblent impossibles au début et inévitables à la fin”. Se le répéter. Y croire. Se le répéter…

Hé bé si. Je pleure. Le pire c’est que c’en avait pas l’air comme ça, un article de Libération, article d’un petit professeur de philosophie et voilà que…

Je veux juste vous rendre hommage, parce que, malgré vous et malgré moi, vous êtes devenus la génération philosophique.

Les valeurs sont votre socle
Vous venez d’apprendre, et ce n’est pas grâce à mes cours, que ce qui semblait le plus établi peut être soudain renversé, qui ce qui était désirable peut devenir redoutable. C’est bien sûr très déstabilisant ; je comprends, tout le monde comprend, que vous vous sentiez désorientés et floués. Mais en faisant cet apprentissage brutal, vous vous ouvrez aussi les portes d’une plus grande liberté. Vous voyez tout à coup qu’il y a une chose qui compte plus que vos intérêts, parce que l’intérêt dépend toujours d’une situation changeante, et ce sont vos valeurs, car elles sont votre socle. Ce à quoi vous tenez le plus, ce qui est le plus cher à vos yeux, vous comprenez subitement à quel point cela a besoin de vous : de votre attention, de vos soins, de votre force, de votre engagement, pour exister. Et découvrir quelles sont ses valeurs profondes puis décider de les incarner pleinement, c’est cela finalement la vie philosophique.

L’avenir, donc, n’est plus écrit. C’est une bonne nouvelle. L’avenir sera ce que vous déciderez d’en faire, individuellement et collectivement, avec votre lucidité, votre courage et vos convictions profondes. «L’important, disait Sartre, ce n’est pas ce qu’on a fait de nous, mais ce que nous faisons de ce qu’on a fait de nous.» L’important, ce n’est pas ce qu’on avait projeté pour vous ; l’important, c’est ce que votre génération va faire de ce que la nôtre avait commencé à faire de vous. Vous avez la chance de devoir redessiner l’avenir. Personnellement, je suis pleinement confiant dans le fait que vous allez nous épater. Et c’est pourquoi je vous salue avec un immense respect. Très chaleureusement à chacun d’entre vous.

C’est peut-être d’élévation dont il s’agit encore non ? Et l’élévation n’est-elle pas émotions en mouvement ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *