Expos / Sorties

Oh, Toulouse-Lautrec

Puisque désormais j’ai mes invites aux avant-premières – ce blog aura servi au moins à ça – alors voici Toulouse-Lautrec au Grand Palais, jusqu’au 27 janvier 2020.

Toulouse-Lautrec disait : il faut “faire vrai et non pas idéal”. Comme-je-suis-d’accord. C’est mon objectif, en général quand j’écris et que j’écris dans l’ambition. La réalité ? L’exactitude ? C’est pas le but.

“Leçon durable : la peinture est une fiction, mais elle doit s’inscrire dans l’expérience vécue”. Comme-je-l’écris, le décris dans ce blog. Du vrai, du faux, peu importe, c’est : écrire. Peindre. Dépeindre. Bref ! Toulouse-Lautrec ah oui. Pas Guar. Henri. Henri…

Henri appartient au clan des “impressionnistes du petit boulevard”, sujets plébéiens et manière forte, comme Van Gogh, son ami. (Lautrec ira jusqu’à provoquer en duel Henry de Groux, qui s’en était pris à la peinture de Van Gogh).

Et du poil. Du Poil. Du poil, pour qui ne sait pas voir plus loin que le poil.

En quelques années, Lautrec devient le “peintre ordinaire” du Moulin Rouge, et de la Goulue, notamment. (En parlant de La Goulue, allez absolument voir l’interprétation de Delphine Grandsart, enfin si vous me lisez, enfin si y’a quelqu’un, y’a quelqu’un ? l’impression d’écrire dans le vide depuis que j’ai démarré ce blog)

Naturaliste

Nu féminin, dit anciennement La grosse Maria, 1884

Gueule de bois, vers 1887-188

Femme rousse en caraco blanc, 1889

A la Bastille (Jeanne Wenz), 1888

Carmen en caraco blanc (ou Karin Viard ?), 1887


Portrait de Van Gogh, 1887

La série Bruant

Aristide Bruant dans son cabaret, 1893. Affiche, lithographie en couleurs, 1er 2ème et 3ème état.



Moulin Rouge, La Goulue et Valentin le Désossé, 1891


Bal du Moulin de la Galette, 1889.
“On ne sait si Lautrec connaissait le célèbre tableau du Musée d’Orsay où Renoir, en 1876, fait danser des couples de petits bourgeois aux moeurs libres dans une atmosphère bon enfant. Sa vision moins sucrée, treize ans plus tard, s’ouvre à la dureté des rapports humains et à la fièvre des plaisirs que réservait la butte Montmartre. Spectateurs dans le spectacle, les personnages du premier plan, liés à la prostitution, inquiètent par l’intensité de regard et leur fixité au coeur du mouvement général.”



Au Moulin Rouge, 1892-1895



Au Nouveau Cirque, la clownesse aux cinq plastrons, 1892


Au Nouveau Cirque, Papa Chrysanthème, vers 1894-1895
Le choix d’un personnage de dos, en loge, stimule notre participation à l’image et en accroît le mystère. “M. de Lautrec qui a su, d’une scène de cirque et d’un chapeau de cocotte, composer le plus beau motif de décoration et le plus moderne”, lit-on dans La Revue blanche.



Peintre lettré à l’huile, au crayon, litho, estampes…

Portrait de Paul Leclercq, 1897


La Loge au mascaron doré, 1893


Lugné-Poe et Bady dans “Image”, 1894


Madame Berthe Bady, 1897


La Coiffure, 1893.

(c’est moi ou…le type ressemble à Tintin ?)


Yvette Guilbert chantant Linger, Longer, Loo, 1894


Sa manière de peindre, à Lautrec, c’est sa manière à lui de nous dire qu’il appartient au monde qu’il représente avec plus d’empathie que d’ironie. “La presse anarchiste, Fénéon le premier, s’est trompé sur ce point : Lautrec, qui intègre ses amis à la scène (Dujardin, Sescau, Guibert…) ne cherche pas à stigmatiser le Paris des plaisirs.”

Il est simplement, pour Baudelaire, le “peintre de la vie moderne”.

Bref, Toulouse-Lautrec

Féminin/Féminin

Dans les maisons closes, s’il avoue, sans faux-semblants, avoir enfin “trouvé des filles à (sa) taille”, il y observe également les pensionnaires dans la vérité crue de leur quotidien. Son approche exempte de voyeurisme écarte les fantasmes ordinaires du genre et le scabreux habituel. La suite Elles, publiée en 1896, constitue l’un des sommets de son oeuvre lithographié, mais cet album n’aura qu’un succès limité auprès d’un public d’amateurs attiré par des évocations plus érotiques.




Clownesse Cha-U-Kao, 1895
Ce tableau, c’était son “Clown aux seins”, construit autour des rondeurs, difficiles à comprimer, d’une des célébrités du Moulin Rouge ! Lautrec a évoqué ailleurs sa forte poitrine et sa coiffure risible, tout en pointe, ironiquement phallique. On ne sait pas grand-chose de la danseuse comique qui se cache sous ce nom, transcription phonétique et loufoque de “chahut-chaos”. S’y incarne toutefois l’esprit irrévérencieux de Montmartre, le défi aux bonnes moeurs étant indissociable du défi à la langue.



Conquête de passage, étude pour Elles, 1896



Femme qui se lave, Elles, 1896



Femme qui se coiffe, Elles, 1896



Dans le lit, vers 1892
Lautrec a fait entrer l’homosexualité, masculine et féminine, dans sa peinture ouverte à tous les non-dits de la société. Le thème croise celui des maisons closes dès 1892, année où il expose Dans le lit. La toile en vue plongeante, dans son cadrage intime, fait émerger des draps deux petites têtes ébouriffées, troublantes par leur accent masculin. La frontière entre les sexes, à tous égards, se veut brouillée et énigmatique. La vague rouge du désir peut disparaitre sous l’écume des corps apaisés.



Femme qui tire son bas, 1894



Femme tirant son bas, vers 1893-1894
Le regard que Lautrec pose sur les maisons closes est libre de toute arrogance, de tout cynisme. Dépourvu aussi d’apitoiement, presque tendre, c’est celui de l’usager conscient de l’ambiguité profonde des “filles” de maison.

Femme tirant son bas, marquée par les exercices du temps de Cormon, montre une prostituée qui s’habille sous l’oeil dur d’une maquerelle. Les contours appuyés et le fond neutre sont bien faits pour accentuer chaque tension de l’image. Le sexe, chez Lautrec, rayonne moins qu’il ne dérange.



Ces Dames au réfectoire, 1893-1895



Femme de maison blonde, étude pour L’Inspection médicale, vers 1893-1894



Trait, vite, et couleurs

Cette capacité à saisir le mouvement et la vitesse trouve une autre expression lorsque, installé à Montmartre, Lautrec est happé par le tourbillon de la vie nocturne dont il choisit d’exprimer les danses fiévreuses. La nervosité de sa ligne et la stridence de son trait se prêtent à la représentation du temps accéléré alors que nait le cinéma des frères Lumière. Les scènes de la vie moderne l’inspirent, du vélo à l’automobile en passant par l’équitation, la chasse…

Nice, souvenir de la Promenade des Anglais, 1880



Artilleur sellant son cheval, 1879



Allégorie, un enlèvement, 1883



La Roue, 1893



Jane Avril dansant, 1892
La Goulue et Jane Avril trouvent chez Lautrec l’instrument rêvé de leur promotion. Calme en ville, la seconde était très inquiétante sur scène. Mettait-elle à profit ce qu’enfant elle avait pu observer lors du bal des folles qu’organisait l’hôpital de la Salpêtrière ? On a comparé ses contorsions à l’hystérie des patientes du docteur Charcot. Porté lui-même sur le milieu médical, Lautrec a su traduire en lignes brisées la “folie” de Jane et l’étonnante écriture de ses fines jambes gaînées de noir.



Louis Bouglé, 1898



L’Automobiliste, 1898



Débauche, 1896



L’Anglaise du Star au Havre, 1899



“Chocolat dansant”, 1896



Loïe Fuller, la danse serpentine (en vidéo)

Danseuse et chorégraphe d’origine américaine, Loïe Fuller séduit le public parisien en présentant aux Folies-Bergère en novembre 1892 la Danse Serpentine. Tourbillonnant dans une robe ample dont elle agite les voiles, elle joue des couleurs changeantes de projecteurs électriques. La nouveauté de ce spectacle et le jeu de la lumière artificielle enchantent Lautrec qui crée une volute fantasque et simplifiée qui efface presque la danseuse.

Loïe Fuller aux Folies-Bergère, 1893


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