La vie en vrac

Merde elles sont où les résolutions ?

Ah oui c’est vrai, les années passent et je n’en fais toujours pas. Je ne me suis même pas interdit de revenir au Bar bis. Me donner du temps. Être souple avec moi. Compenser par l’alcool, le bruit, l’art, c’est pas très méchant.

Vrai aussi que j’ai arrêté l’herbe et le tabac y’a un peu plus de quatre mois. Être indulgent avec moi, il a raison ce type, « et t’as pas compensé par l’alcool depuis ? » Ben si, vrai.

Bon.

Qu’est-ce que j’ai écrit ce soir ?

Les notes.

Qui a cessé de croire en ses rêves est déjà mort. Je suis mort et vous ne le savez pas encore.

…m’est venu quand a défilé le générique de fin du dernier Star Wars, L’ascension de Skywalker. Plus tôt, d’avoir eu Tonton au tél m’a éprouvé. Je le savais, je me suis forcé à l’appeler, mais j’avais déjà repoussé l’échéance hier, je savais que demain serait encore plus dur, ou alors plus facile (pour ne pas faire l’effort). Et je veux de ses nouvelles, aussi qu’il sente du soutien, que ça lui fasse du bien. C’est pas sans conséquences ça aussi. Me préserver. Aller me détendre. Que passent-ils ce soir à L’Écran ? Donc Star Wars. Ok. J’ai jamais été très superhéros, peut-être mon côté anticlérical, j’sais pas, toujours du mal à me plonger dedans, à m’y intéresser. Ce message d’hier de Déborah me perturbe, et penser à Tonton idem, alors que les Sith ou les Jedi l’emportent hein… faudrait déjà que j’arrive à suivre le film cinq minutes de suite sans repartir dans mes pensées de con… triste… et déprimé… atone, voilà, c’est ça. Ce message m’a vraiment perturbé en fait, et je ne l’apprécie pas vraiment même si je dois l’avouer, savoir qu’elle ne m’oublie pas… me fait un malin plaisir.

Ce qui m’énerve surtout, c’est que ça me fait cogiter, et que je l’aime encore, presque autant que je sais la rupture obligatoire, évidente, vitale, nécessaire.

Deux heures plus tard je suis au Bar bis et je suis défoncé aux Gulden Draak. J’ai beau ne toujours pas avoir un coup d’avance, ni de payé, ici je me sens davantage dans mon élément (dangereux, ok) que dans Star Wars (insignifiant malgré mes efforts, ou alors gros sabots relevant, pareillement, de l’insignifiant). Ce type me parle de son Havre. Moi, je parle de rien comme d’hab. Je vous parle. J’observe.

Un type et une nana devant les toilettes. Occupées, les toilettes. Un journal sur le comptoir, il l’ouvre.

« C’est quoi ? »

« Je regarde les incendies en Australie. On sait jamais quoi en penser, si c’est bien ou pas… on sait que c’est pas bien bon mais ça fait beau à voir. »

  • t’avais encore rien vu ?
  • Non.
  • T’as pas vu le koala qui secoure un kangourou… 
  • Bref c’est le moment de lire Le Parisien.
  • J’sais pas si c’est une très bonne occupation…

C’est pas tout mais je crois que je suis le seul habituel qui ne se fait pas payer de coup. Parce que je les demande pas. « Hé Rabbah ! Il avait un problème, Ricardo, ce soir ? Je l’ai senti un peu énervé, non ? Ça fait cinq fois qu’on commande et il nous a toujours pas offert un verre. C’est pas normal. Il va pas bien. Ça s’est mal passé les fêtes ? Si si vraiment, j’crois que ça va pas. Ah faites pas chier les gars, tout va bien, je vous paye ma dernière, faites pas chier… La pleine assemblée rigole. Et je n’ai toujours pas droit à la dernière. Y’a pas de justice, même pas à Saint-Denis où pourtant, comme chacun sait, la justice n’a pas habitude de citer.

Au retour un type me demande son chemin. Oh ! Mais t’as pas vu mec ? Je suis à la Gulden Draak, qu’est-ce que tu viens me parler ? Bon la vérité c’est que je lui parle très bien, il me demande la rue du Landy et merde, je sais où c’est (« j’sais où c’est !!!! ») mais à c’t’heure-ci où c’est que c’est Saint-Denis ? Je tente, je tente, (« attends!!!! ») j’aimerais lui trouver la voie, il m’a parlé comme s’il me voyait beau, en tout cas pas moche, en tout cas pas comme une menace, et pourtant quelle tête de menace il a et je trouve toujours pas bah merde, bon bah merde démerde-toi mec désolé dommage désolé, vraiment, tu m’as abordé et tu m’as même pas vu comme une menace, un connard, un je ne sais quoi de réflexe premier d’ex, et rien que pour ça mec, la rue du Landy, ben tu m’y as emmené, moi, merci. Et la bonne nuit.

Une tranche de Maroilles tout de même avant d’aller au lit. Et sans rêves s’il vous plait, Dieu des rêves.

Avant les rêves, après le maroilles, cela a-t-il un rapport avec le fait de me sentir désiré par feu Déborah ? (feu Déborah certes, toujours est-il que je me sens désiré par ses messages d’hier) J’ai envie de me branler. Cinq mois ou presque sans me caresser la nouille, ou alors deux fois, et encore c’était pour me forcer (la main si je puis dire). Quatre ou cinq mois sans se branler ! mais c’est normal.

Les rêves, cette nuit ? Mon père.

Je n’ai pas mémoire d’avoir déjà rêvé de lui. C’est dire.

Mon père ce clochard au regard shooté, au commissariat, et qui passe devant Déborah et moi. Bah tiens. Forcément. C’est dire si je me sens lessivé. C’est dire si le dernier message de Déb’ ne m’a pas moins perturbé.

4 janvier 2020

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