La vie en vrac

Jour funèbre

Jour de jour funèbre. Jour funeste. Jour.

Le matin.

Aujourd’hui est un jour comme un autre… Aujourd’hui est un jour comme un autre… Aujourd’hui est un jour comme un autre… Aujourd’hui est un jour…

L’année dernière, déjà, je l’avais mieux vécue. Mieux que l’année précédente quoi. Il y a deux ans je fus très agressif, très remonté, et contre la terre entière, tout le monde en fit les frais autour de moi. Ce n’était pas à recommencer.

Cette nuit, je sais que quelque chose m’a réveillé à cinq heures, mais je ne sais pas quoi. Un rêve ? Un cauchemar ? Emmanuel Macron ? * A l’heure (bien tardive) de me lever je conserve les yeux fermés, je me concentre, mais je n’arrive pas à me souvenir du rêve. Se lever. On verra plus tard pour les barrières de l’inconscient…

Il est 10h21, premier réflexe de la journée : une envie de gros caca. Le deuxième réflexe : me redresser. Sur une chaise, à marcher, ou sur le trône j’ai la sale habitude de me tenir courbé. Foutue colonne vertébrée. Trop souvent je m’affaisse en avant quand je fais caca. Je ne sais pas pourquoi. Mon portable m’indique l’arrivée d’un SMS. Qui a pensé à moi ? L’idée caresse mon esprit, et c’est déjà beaucoup, l’idée me cajole… Je lis… ah, non, c’est pas la famille, c’est mieux : c’est un message de vie. « Hello, notre petit Louison nous a rejoints ce matin à l’aube, et tout le monde va bien ! Bises ! Solène et Samuel ». Y’a pas mieux pour mon cortex, de recevoir, de voir, des messages de vie. Je suis heureux, je sens que j’me sens mieux ! quand j’assiste au bonheur des autres, que ce soit avec la p’tite Jeanne de mon amie Basma, ou Rafael, mon neveu, Agathe, ma nièce, Noémie, bien sûr… Ce message de Solène, une ancienne collègue, est tombé à point nommé. Démarrer la journée par un C’est un jour comme un autre et dans ce jour il y a de la vie, beaucoup de vie…à créer.

* « T(h)ink ! » Je me souviens m’tenant. Cette nuit France Info. Il était dit qu’écrire, chaque jour, aidait à combattre la dépression, aidait à se calmer, aidait au calme. Il était également dit qu’en période de crise sentimentale, écrire sur son/sa partenaire sans le lui dire augmentait les chances de rester ensemble ! C’est peut-être aussi pour ça qu’en ce jour funèbre je me sens étrangement au calme. Je crois que je suis agréablement surpris de moi.

Le jour.

Vite une bonne douche et retaper tout ça. A 12h15, j’ai rendez-vous téléphonique avec une amie de ma coach, pour retravailler mon CV. Ensuite, ensuite, parce que j’me méfie tout de même du soir, j’irai concentrer ma tête au Centre Pompidou (ce qui me fait penser que j’ai postulé pour eux y’a deux jours), puis à la Maison de la Poésie, l’écrivaine Catherine Poulain y sera. Je ne l’ai jamais lue et ça ne m’empêche de l’aimer, ni d’offrir ses bouquins.

Aujourd’hui, cela fait trois ans. Je ne me force même pas, je vis ce jour, vraiment, comme un autre. Bon, presque, bien sûr, mais ça va…

Le temps fait son effet. Et je m’en satisfais. C’est normal me direz vous ? Et c’est raison. La vie se vit au présent. Ça rend les choses, la journée plus calmes.

« C’est pour se calmer » ce fut dit dans la voiture, à quelques minutes d’entrer dans l’Eglise, et de la saluer une dernière fois, de lui rendre hommage.

Flashback. Mon frère m’impose quasi de force, c’est-à-dire par la force des mots, répétition répétition répétition jusqu’à ce que je laisse, las, ou par lâche habitude, l’aimé/e l’ainé/e avoir le dernier mot. Ce dernier fut dit avec une fermeté affirmée. J’en eus marre. Égal Je me laissa faire. Cette journée s’annonçait assez lourde comme ça, je m’exécuta, je venais de faillir à mes propres affirmations et, de fils, à frère, je resterai toujours, dans cette famille, « le petit ». Le petit de la famille Lourdeur. Dans la famille Lourdeur, il n’y a pas que moi qui fait partie des sept gné. “Gné ?”. Gné !

Frère m’imposa donc, dans la voiture, un cacheton. « C’est pour rester calme ». C’est contre ma religion que je lui répéta, mais après tout, nous étions en direction d’une église et j’étais athée, alors je pouvais aussi craquer et prendre sa drogue. Je n’apprécia pas la manigance, elle ne se voulait pas méchante, bien sûr, ça partait, cet excès, ça partait comme toujours d’un bon sentiment. « C’est pour ton bien ». C’était simplement oublier la personnalité de l’autre. (notre éducation très certainement…). Je le regarda. Ma compagne le regarda, me regarda, n’en revint pas que j’accepte, moi l’anti-produit, ce produit. Je crois que Déborah ne m’avait pas assez vu en compagnie de mon frère pour comprendre. Les grands fauves ont aussi leur docilité. Ils ne l’ont qu’avec leur maitre, c’est tout, mais ils l’ont. Cette permission de tout se permettre avec moi, (je parle là de réflexes familiaux, et pas seulement de ceux de Frère ; je parle d’un schéma, d’un schéma globalisant…) ça prenait juste un peu de temps (une phrase à répéter cinq ou six fois et seulement ensuite des chances que je craque), mais il le savait, lui aussi, que ça marchait. Je le lui fis savoir tout en fermant ma gueule. La gueule, fermée, après l’avoir ouverte, bien sûr, pour y introduire le cacheton. Je pensa fort : “ce n’est pas le moment de s’engueuler (d’ailleurs y a-t-il un moment pour ça entre frères dans la douleur ?)”

Je m’arrête, ne pas trop se replonger dedans non plus, quand même. Les boomerangs, des fois, pour ne pas dire tout le temps, ça ne prévient pas. De l’innocence il faut, de la récréation il faut. Après la fusion « Liverpool » d’avant-hier soir contre le Barça, et l’autre émotion de Tottenham hier (j’ai déjà oublié celle de ce matin, Louison), surfer sur de l’inutile – très utile – calmant. Une, deux, un tas de joies par procuration. D’ailleurs, y’a pas un autre match de foot ce soir ?

Du deuil à l’appel d’ OSS 117 (et autres détentes sont comme de bienvenue…)

En ce jour toujours, je me rends compte que j’écoute cette intervenante (sur radio libertaire) comme si j’étais tout à fait étranger à son histoire, que je ne l’avais pas vécue, que ça lui appartient, à cette chanteuse, qui raconte la genèse d’une chanson à son défunt papa. Il y en a pour qui c’est Stravinsky, d’autres La Dame brune. Passons.

Je me méfie de quand je me retrouverai seul, ce soir, et que seul je me coucherai. C’est comme ça, chez moi, quand ça ne va pas dans le couple. Chacun dans son chez soi et les poules réveilleront nos songes. La nuit est longue dans ces moments ambiances – et les murs partout. Les murs se resserrent. Ils ne me sourient pas. Ils ne sourient à personne. Ils ne savent pas sourire. Demain, aller à la ferme, le jardinage est un joli calmant.

Calmant. Calmé. Se calmer. (Bordel ! dire que ma furie de femme travaille dans la terre… le jardinage un « calmant » qu’elle disait, qu’elle continue à dire, qu’elle applique à elle-même, dit-elle, et chaque jour… mais où !…)

Mes Noëls sont des ordures

(Et mon père aussi, évidemment, mais ça c’est une autre histoire)

Mieux vivre le deuil donc en période d’ « anniversaires ». Ah, non, là je confonds avec la période de Noël. Là, c’est juste cette année que je vis mieux le truc ! Noël, cette année, je me suis détendu comme j’ai pu, en voyageant avec Hubert Bonisseur de La Bath (là où Rio ne répond plus). Jean Dujardin, à maman, ça lui faisait penser à mon frère. Moi, OSS 117, ça me fait penser à la soirée du procès de Sciences-Po et de ses étudiants (futurs macronistes) (hollandistes) (chiraquiens) (sarkozystes) (royalistes) (pompadour) (bref) :

Alors non, si, alors, en fait, oui, voilà, c’est, oui, c’est la date anniversaire de Sa mort que je vis mieux depuis deux ans. Pour la période de Noël je progresse, je progresse… doucement. Ça avance. Enfin comparé à l’an dernier ! Des fois, les comparaisons, c’est rappeler que la peste est toujours mieux que le choléra dans les zones de grosses, grosses, choléras. Et inversement dans l’empesté…

Le soir

J’arrive au Décalé, mais comme un signe, encore un signe, « ah désolé mais on ferme… ». Minuit trente. T’es seul, mec, et va falloir plus que l’apprendre !

Je vais pour monter dans le métro quand un type, tout en sang, et déshabillé, crie après ses agresseurs. J’en ai marre, j’en ai vraiment marre de cette énergie de violences. « Ils m’ont tout pris ! Tout ! Mes affaires, mes… (il se fige comme s’il venait de s’apercevoir d’un drame) mes… J’avais tout l’argent que je devais envoyer à mon bled… » Il craque. Des sanglots d’enfant atteint par la limite des injustices. « Appelez la police ! Appelez la police ! »

« Bon courage mec ». Un peu plus et je ratais le dernier métro.

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