Jour de confinement

Jour de confinement – Saison II

Ambiance. De l’ambiance mémorielle à l’ambiance mortuaire, de la saison I à la saison II, nous passons de Louis la Brocante à La Guerre des mondes.

Confinement jour 21 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

« Lundi sera la journée la plus meurtrière selon nos prévisions ». Nous sommes lundis. Je relis les notes de ma discussion d’avec une cadre (mais “non cadre”) de l’hôpital Delafontaine.

Deux jours plus tôt, « bon anniversaire tonton ». Je lui repropose de faire les grandes courses et de les déposer à sa porte. Si Brigitte ne sort pas, Tonton continue de sortir « tous les trois jours je fais les courses »… Je décide de ne pas lui parler du père de ma cheffe parti en quatre jours, et n’ai pas encore croisé qui m’apprendra que « dans deux jours (aujourd’hui) ça va être la journée la plus meurtrière ici » « enfin selon ce que l’on prédit ». Toujours est-il que j’insiste. Idem pour le rendez-vous médical du 27 s’il décide d’y aller, ma voiture est là, pour ça et pour le reste « je le prendrai mal si tu n’oses pas me demander de l’aide ». Tonton pense à se trouver une bouteille de Pessac Léognan, ou de Pomerol, c’est bien gentil tout ça pour son cancer, bien encourageant de reprendre goût au goût du vivant rouge mais il ne faudrait pas que ce soit sa dernière bouteille. Idem pour le pain. Je fais en sorte de ne pas lui faire la morale, y vais simplement de mes exemples personnels (j’ai fait le plein de pain au congélo, et quand je fais les courses je les fais pour de bon, le cabas rempli). Il n’a même pas de masque. Putain quoi…

« Vendredi, sur les 3 523 patients Covid-19 décédés au cours de leur hospitalisation depuis le 1er mars 2020, 33 % ont été signalés dans la région Ile-de-France, 29 % dans la région Grand Est et 8 % dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Hauts-de-France. Plusieurs départements sont particulièrement touchés par la pandémie, enregistrant une mortalité en forte hausse. C’est le cas notamment de la Seine-Saint-Denis. Jérôme Salomon, le directeur général de la santé a fait part d’un « excès de mortalité exceptionnel » dans ce département, territoire le plus pauvre de métropole. Entre le 21 et le 27 mars, les décès y ont bondi de + 63 % par rapport à la semaine précédente. Pour comparaison, la hausse atteint 32 % à Paris et 47 % dans le département voisin du Val-d’Oise.

Souvenir du siècle dernier, 11 mars 2020

Chronologie réflexologique. Lundi matin : J’entends du bruit dans le couloir. Au judas je guette. C’est la femme de ménage. Je ne sortirai pas tout de suite, plus tard ! Ce soir : penser à applaudir aussi les femmes de ménage mais les applaudir de loin.
De même, ne pas trop penser à moyen terme, donc y penser à fond, en savourant cette vie sans transports. C’est le début du chemin, au fond de moi je le sais et je le sens.

Dans Grand bien vous fasse il est question d’une sœur de Sérotonine, bref d’une découverte de chercheurs qu’ont trouvé quelque chose. « Et ça jouerait sur le corps, les os ». Le stress chronique ferait baisser les défenses immunitaires, ce qui exposerait davantage au coronavirus. Jusque-là on ne peut plus logique. Ces cas avaient été constatés sur la grippe H1N1. « Plus on est stressés, plus on a de chances de contracter une infection virale ». « Pour cela, il y a des remèdes ».

« Des astuces ».

Ces prochains jours me faudra me shooter à quelques symphonies de Mozart, au magnésium, l’assiette anti-stress, composée aussi de noix, de banane, de chocolat noir. De légumineux. Et céréales complets. Des tryptophanes quoi (genre le connaisseur). Aussi d’huiles de colza, de lin, de chanvre.

« Et ça jouerait sur le corps, les os ». Ça me fait penser aux paroles de FIP ce matin au réveil.

J’ai perdu contre le colosse
Pas assez de masse, pas assez d’os
Tout contre lui j’ai plié…

Penser aussi à me raser avant mon premier jour de volontariat (la barbe, c’est rempli de bactéries).

Sous son poids, sous sa masse
Sous le sirocco de son râle
Résigné, devant le mal, sous le sirocco de son râle
Patient bien que las, je dévale une pente au bord de…

« Patient bien que las » là aussi prend un tout autre sens.

Confinement jour parallèle 21 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Mon cher camarade Président, mes chers camarades Camarades… Je n’ai plus de graminées.

Cette nuit j’ai rêvé que je marchais en slip (un slip identique au rouge écossais de mes charentaises) au milieu de passants amusés. Moi aussi. Même si l’impression que je forçais un peu le sourire.
Dans l’après-midi me vient l’idée que ce rêve fait peut-être référence à ma libido qui, dans le slip, est aussi proactive que celle d’un petit vieux dans mémée. Activité aux abonnés absents, quoi. Ma libido ressemblerait-elle à mes charentaises ? Je ressens pourtant envies. Enfin l’envie (cadeau) d’avoir envie (c’est pour la veste) (pour la chemise) (le complet) (et l’œil du tigre) (et le clin d’œil à Philippe Risoli, les puristes comprendront). Et le confinement ne va pas m’aider à faire rencontres, surtout si je continue d’y refuser les sites (les gens perdus sur internet, ça va, c’est bon, merci !) (et ne pas les suivre, c’est bon, ça va, merci ! je ne suis plus aussi perdu qu’au temps du “don’t follow me, I’m lost too !“). Je digresse encore, tiens. Célibat, célibat, ah. Une bien étrange profession mais pourquoi pas. Dobble deuil ; Dobble cut ; Dobble ressors ? De nouvelles semaines passent. Deux mois passeront ? Huit mois. Neuf mois ? Et je m’encassecroute ?

Je pense surtout à la suite et la suite ben elle me fait sacrément flipper. Alors prévoir. Me shooter au magnésium, me shooter à bien des choses pour que je pense avant tout à mes défenses immunitaires. Je n’ai plus d’eau. Je n’ai plus de salade. Je n’ai plus de bananes. Un combo qui m’impose de m’imposer mon personnel besoin de nécessité. Descendre chez l’épicier pour acheter des bananes. J’achète des bananes. Je reviens de chez l’épicier. Je ferme la porte. J’ouvre le sac. J’ai oublié les bananes.

Je m’énerve.

Ça m’énerve ! Ça m’énerve que ça m’énerve.

HaAAAAAAAh !!!

Guar !!!!

…Guar !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! (des fois j’me parle à moi-même) (même que des fois même ça fait écho entre les murs).

Un petit jet de Lâcher prise en pleine tronche pour calmer tout ça. De la lavande, de la verveine, du sésame, des huiles, des huiles essentielles de mandarine, de lavande, de litsée, de verveine, et surtout de l’essence de zen attitude. Naturelle la zen attitude, pas vraiment. Mais j’y travaille, j’y travaille. Un travail de tous les jours de tous les mois.
Ou de dans deux jours, quand je retournerai prendre les bananes (bah oui parce que bien sûr je ne suis pas retourné chez l’épicier tout de suite) (les mesures barrières là-dedans c’est la foir’fouille, c’est du grand n’importe quoi) (mais comme quoi ! on peut avancer masqué dans la vie et être reconnu le surlendemain par l’épicier).

« Huile de macération » qu’il est écrit. Depuis le temps que ça macère dans ma vie, serait temps que ça m’a serve (ah ah) (l’humour) et non m’a serve visse. (hum hum) Faire des pompes. Faire des abdos. Faire du shadow. Je prévois, je prévois je prévois le mail qui vient de tomber.

Bonsoir Guar
Je reviens vers toi demain pour le bénévolat. Bonne soirée ,
Frédérique 

*gloup*

(putain. c’est quoi ces gens qui ne perdent pas mon adresse mail) (et bien sûr faut que ce mail tombe après plusieurs cas autour de moi et… même aujourd’hui ; une nana du bateau). Et mon allergologue qui annule notre prochain rendez-vous. Pourquoi ?

(La nuit je fais de l’huile La nuit je fais de l’huile…)

(que faire que faire que faire…)

Je pense.

Je pense, je pense que conséquence des féculents, fromages qui puent et viandes qui sortent du congélo, les gaz que je lâche depuis ce confinement sont indécents.
(on se soulage comme on peut – c’est la suite logique)
Quant à demain, j’l’ai décidé en accord avec mon propre chef, demain sera le premier jour de télétravail où je déciderai de ne pas travailler, je ne travaillerai pas pour quelqu’un d’autre que moi. Mes projets. Ne pas penser simplement à demain mais à moyen terme surtout et avant tout, à demain, donc…

Confinement jour 22 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Ma cheffe m’a fait rire hier. Elle me dit avoir la tête perturbée, démarrer quelque chose, passer à autre chose, sans avoir terminer le premier quelque chose… je lui dis comprendre, que ça m’avait fait la même chose pour ma mère. « Ah bon ta mère est morte ? » J’lui en ai parlé plusieurs fois, y compris à mon entretien et c’est pourquoi je m’étais retrouvé au chômage, et qu’elle a pensé à me prendre, à faire de l’aidant et chômeur « ma pâte à modeler » mais bon, c’est ma cheffe, quand il s’agit des autres elle écoute encore moins que moi la vie devant moi… « Mais ça fait longtemps ? » « Ah bon ? » (sérieux ! cheffe…). En ce moment douloureux pour elle ne pas la blesser, ne pas la froisser, j’lui dis rien ou si peu de ses questions, ou c’est moi qui serais blessé, là. C’est comme si je lui apprenais que j’ai du poil aux pattes et que je ne m’appelle pas Roger Pierre. Je m’en vais quand même de mon conseil de gaucho à cheffe chiraquienne, la pub d’une émission de France Inter (c’est gaucho très centro oui) sur les gens dans son cas (un deuil sans même d’enterrement).

J’écoute l’émission et je repense à la chance d’avoir pu faire mon deuil, un vrai deuil avec le corps les funérailles toute la clique. Dit de façon différente, la vieille maxime qui vous veut du bien parait-il, Y’a toujours plus malheureux. Oui se dire que ; être compatissant de ; je repense à… je repense à la première fois que je l’ai vue morte. Je fus choqué. Choqué non pas de la voir morte (enfin si bien sûr), mais choqué de penser à un personnage de science-fiction, bref les soignants ne lui avaient pas enlevé le « collier » des morts avant que je n’entre dans la chambre. Hakima, – son aide-soignante préférée à maman – avait aussi oublié de me prévenir que « quand les morts meurent », (j’étais novice) on les empêche de “claquer” des dents (nan je déconne) (mais vous avez compris l’idée) à l’aide d’un « collier ». Elle ressemblait peut-être à un personnage fictif, sauf que c’était ma mère, qu’elle était morte, et que je la pleurais et je la pleurais je savais que je la pleurerais jusqu’à en pleurer des années, peut-être même toute une vie.

Je lis dans les recommandations d’un site dédié au personnel soignant : « Essayer de maintenir la mâchoire fermée soit avec un collier, une serviette, une bande. Pensez à venir les ôter avant l’entrée de la famille dans la chambre. » Je ne vous en veux pas, les gens, de ne pas l’avoir fait pour ma mère, mais quand même. Cette image me restera à vie.

Les tâches lie-de-vin par contre, je les avais oubliées. C’est seulement en allant sur internet pour retrouver ce terme de « collier » (toute la journée incapable de le retrouver dans ma mémoire sans l’aide d’un moteur de recherche) qu’un article m’a rappelé aux pieds rouges et boursouflés de devenue feu ! mère deux heures plus tôt. Lie-de-vin, c’est quand même plus joli que « lividités cadavériques » pour évoquer un lit de mort, non ? Un lit de mort peut-être mais c’est un lit de mort qui fut celui de maman chérie, alors. Le métabolisme a beau s’arrêter, les vaisseaux sanguins devenir perméables, se longer dans les parties basses du corps…

Des boyaux de maman. Des boyaux de maman, alors. Des boyaux de première tétée, des boyaux de premiers émois, des boyaux d’un joyau, le genre de joyau qu’on appelle môman, une maman, “ma” maman, le genre de joyau qu’on appelle encore et toujours une maman.

On en apprend de ces choses, en consultant des articles qu’il ne faut pas consulter. “Les premières heures suivant le décès, le corps a une odeur de viande froide. Cette odeur va évoluer et tendre vers une odeur caractéristique de certains fromages forts comme l’Époisses ou le Maroilles”.
Je me disais bien que le Nord c’est une région morte, leurs spécialités, c’est mort. Les odeurs raffinées, les gens normaux, les cdi, c’est mort.

C’est parce que l’émotion m’a joué des tours que je m’efforce de penser, privilégier, priorité ! priorité ! à penser à moyen ! et long terme… Et ce présent qui gagne toujours, toujours le présent prend la place, s’installe et vous fait un doigt, même, des fois.

(ah tu flippes hein ! Tu flippes !)

Haïku post-Hosto’chocottes
Le rendez-vous est pris. Le grand bazar a répondu au volontaire, Rendez-vous samedi.
Depuis, la nuit, le jour, le volontaire fait de l’huile, les olives sont très très pressées. Rendez-vous samedi sous les acacias et les morts.

Je reçois un appel de quelqu’un chère à mon cœur. Nous papotons de mon engagement à venir, qui ne fait pas flipper que moi. Et y’a de quoi je crois. 53 minutes, hé bé. Qui me dit aussi que, sur le quai « La nature est la plus forte. Vive le Printemps ». Je l’espère, Emma, je l’espère… (Je pense à vous fort et je l’espère, je l’espère…) Je ne peux m’empêcher de lui dire combien il faut faire attention, mais je fais en sorte de ne pas évoquer les cas autour de moi. À quoi bon ? Emma semble consciente des dangers. Et moi ? Suis-je conscient des dangers à venir ?

Il est 17h24, mon contact de Delafontaine m’appelle. Et raccroche immédiatement. A moins que ce ne soit moi qui sans m’en rendre compte ait raccroché ?

Elle ne me laisse pas de message.

Je ne rappelle pas.

Je m’étais promis de ne pas travailler aujourd’hui, j’ai travaillé. Il est 18h38 et je n’ai toujours pas lu de la journée, et ce Proust que je m’étais donné comme défi, l’est pas prêt de s’ouvrir. C’est simple, depuis le début du confinement, aussi étonnant qu’alea jacta est, je lis moins qu’à l’ordinaire. Je n’ai même pas rouvert Inland depuis dimanche. On est mardi seulement ok, mais quand même. C’est qu’on vit la fin du monde quand même ! Ce serait con de ne pas terminer l’histoire de Nora, dans son ranch de l’Arizona, et de Lurie, à dos de chameau à travers la Californie, avant la notre.

Il est 19h03, je l’appelle. Elle ne répond pas, je laisse un mot, indique mes disponibilités, insistant bien sur le fait que je fais des sinusites chroniques, que je suis suivi pour désensibilisations, ok je n’ai pas de problèmes pulmonaires mais sait-on jamais, je préfère le souligner. Je raccroche. L’impression d’avoir fait deux journées en une.

19h31. Elle m’appelle. « OK ». Détails supplémentaires à suivre demain.

On sent le mec qui stresse, je crois. Qui cherche une porte de sortie ? Possible aussi. Je la harcèle de questions déjà posées. « Et tu m’assures que j’aurai des gants, un masque, une charlotte ? J’te préviens si je ne me sens pas assuré je n’irai pas plus loin. Aider je veux bien, mais je ne veux pas y passer non plus ! » A partir de ce week-end, le plus beau des prénoms féminins se nomme charlotte, c’est lui que je porterai sur la tête.

Me sportiver.
Me détendre.
Me commander aussi ces compléments alimentaires pour renforcer les défenses immunitaires.

Spiruline, Magnétione et Seapiax sont avec moi.

(ON VA T’ENCULEEEEER CORO !!!!!!!!!!)

Mes mails.
Mes mails. Mes mails.

Je bisse, pas sûr que je trisse ! s’amuse à dire un amapien dans un mail que je vois passer, sur un achat quelconque. Et moi, ai-je bien tout bisser aux risques encourus ?

Cette anxiété, certainement accrue de par le fait de ne pouvoir le partager avec ma famille. Ou alors c’est ne pas éviter qu’elle ne s’évite d’un véto avec moi, et moi d’un autre que l’on appelle aussi, bien que différent : réflexe.

Je retombe sur le mail d’avant de me désister comme un flippé. Il date du dimanche 22 mars.

En fait on aurait aussi besoin de bénévoles pour aider à l’accueil avec la sécurité et pour doubler le personnel de la sécurité qui peut être amené à aller dans les étages . La le travail consiste à recevoir les gens , interdire les visites , expliquer , calmer éventuellement récupérer les colis et les donner aux bénévoles des étages.
On en a besoin de 9 h à 18 h sur deux créneaux 9h 13h et 14 h 18 h.
Je ne le propose qu’aux garçons, désolée pour les problèmes de genre.
Merci d’avance

Nous sommes le 7 avril et l’impression que devant moi, toute une montagne, j’espère aussi tout un tas de saints qui me guident, m’épaulent, me soutiennent, me portent, jouent de mon côté, dans mon camp ! pour renforcer ma défense immunitaire. Le 7 avril, c’est la saint Jean-Baptiste de La Salle. Mouais, ça me parle pas. Et ce samedi on sera le… je regarde… la Saint-Stanislas.

OK.

Pourquoi pas.

Pas des prénoms qui me parlent et m’indiquent cauchemars, tout va bien tout va bien tout va bien. Il est 20h02 et je n’ai toujours pas fait mes exercices physiques. La viande chauffe.

La mienne aussi.

Première fois que j’oublie l’heure dominicale de vingt heures.

20h et quarante. Ce qui m’est parlant, ce qui ne m’étonne même pas, c’est que le premier « proche » à qui j’en parle est mon ex-belle mère. Tu m’étonnes, doc, que ce fut un double deuil, un double deuil après LE deuil.

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Docteur,

Je vous remercie de votre réponse. Je me permets aussi de vous demander, je démarre comme volontaire dans un hôpital ce week-end : que me conseillez-vous d’autre pour renforcer mes défenses immunitaires (bref, mettre toutes les chances de mon côté pour éviter d’attraper le covid) ?
Respectueusement,

……………………………………………………………………………………………..

Et je me sens booster, ce soir, ça m’a fait très, très plaisir d’échanger 53 minutes de chaleur humaine avec qui me fut tellement importante, à une période tellement charnière.

Confinement jour parallèle 22 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Je me souviens de cette Italienne qui vit à Paris mais originaire de Venise, et avec qui je discutais de confinement le soir, ce soir plein dans un bar des Abbesses ce soir de match. Elle me disait combien c’était impressionnant sa ville vide (« Venise vide c’est… c’est tellement irréel… »), combien c’était dur, et que ça durerait au moins un mois. « Mais faut. » « C’est dramatique. » Qu’elle doit me haïr maintenant, maintenant que je me souviens de ma question d’abruti naïf (« mais tu penses que c’est envisageable à Paris ? C’est pas la même situation, quand même ! »).

Cinq soirs plus tard, Macron nous annonçait l’inenvisageable.

Naïveté quand je retiens le record.

Confinement jour 23 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

J’ai le choix entre :

  • être au magasin, distribuer le matériel et gérer le stock du personnel, « bref c’est de la manutention »
  • participer à l’atelier surblouse, pour confectionner des blouses pour le personnel, « c’est artisanal hein »
  • la lingerie, mais « ils sont au complet je crois »
  • la gestion des déchets, « vous vous occupez des conteneurs dasri, mais je ne vous cache pas qu’il y a des risques infectieux, vous manipulez des aiguilles et… mais vous avez une formation de deux heures pour bien uti… non ? Ok, je comprends. »
  • la collecte de dons
  • filtrer les agents
  • « sinon y’a aussi la proposition de visio avec les familles, dans notre ehpad voisine. »

Je choisis la visio et si besoin de temps en temps la manutention.

Ah oui quand même. J’ai les ongles rouges. Je crois que chaque jour un peu plus, mes ongles je ronge. Ça rougit même jusqu’à mes pupilles, .

Je pense aux leçons d’une vie antérieure, de ces leçons où l’on ne s’autorise pas toujours ce que l’on souhaite, quand on est confrontés aux gens de manipulation. Ah mais ne pas dévier. Un médecin recontacté par mail hier me répond.

Dans le contexte actuel, les produits de notre gamme utiles pour stimuler l’immunité sont :
1) SPIRULINE BIO : Dans le contexte actuel, c’est son contenu en pigments antioxydants mais aussi les polysaccharides qui composent la paroi de cette algue qui sont intéressants pour leurs propriétés immunostimulantes.
2) VITAMINE C CAMU CAMU BIO : La vitamine C est importante pour le bon fonctionnement du système immunitaire.
3) ZINC : Le zinc est impliqué dans de très nombreuses réactions biochimiques de l’organisme dont notamment la réponse immunitaire.
4) VITAMINE D3 VEGETALE : bien connue pour son action sur l’immunité (activation des lymphocytes T…).

Lors d’une étude clinique, SEAPIAX a également fait preuve d’un effet bénéfique au niveau du système immunitaire intestinal (qui concentre 75% des structures immunitaires de notre corps).
La combinaison SEAPIAX-SPIRULINE devrait donc être intéressante, bien qu’elle ne remplace pas le strict respect des gestes barrières et des précautions à appliquer en cette période.

Restant disponible pour toute question.
Merci pour votre dévouement et bon courage à vous.

Il me remercie pour mon « dévouement ». Première fois que j’y ai droit. Dévouement, l’étymologie m’intrigue. Dévouement, « action de se vouer aux intérêts de quelqu’un ». Les intérêts tiens encore, me vouer aux intérêts d’un autre, d’une autre… bref merci doc.

Je ne sais pas pourquoi mais je n’ai pas le moral ce soir.

Quel remède ?

Confinement jour parallèle 23 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

J’aime beaucoup les Capricorne.

Capricorne : Vous essaierez d’ambiancer tout votre quartier en mettant la musique à fond depuis votre balcon, avec des valeurs sûres comme Vianney ou Claudio Capeo. Vous essuierez plusieurs coups de feu.

J’ai deux horoscopes de retard.

Vierge : Vous ferez la queue pendant deux heures pour entrer au Carrefour le plus proche de chez vous. Une grosse dame excentrique et très sûre d’elle vous dévisagera et vérifiera toutes les deux minutes que vous respectez bien la distance de sécurité entre deux personnes. Elle appellera la sécurité au moindre faux pas, alors attention.

Celui de cette semaine.

Vierge : Alors vous, vous avez agacé tout le monde la semaine dernière, alors pour vos prévisions, vous pouvez vous brosser. Profitez-en pour réfléchir sur le comportement que vous avez eu. On attend des excuses.

C’est vrai, je suis prévenu.

Confinement jour parallèle 23 bis – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

La lune est belle ce soir. Regardent-elles la lune ? Ont-elles sorti le télescope ? Une partie de moi – malheureusement la plus importante – la hait (je hais ce sentiment), une autre partie voudrait être avec elles (ne pas s’arrêter non plus).

Confinement jour 24 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Hello Guar !
Je ne vais pas à la ferme car trop loin, mais si tu peux passer ce soir à l’atelier solidaire on y a lancé une prod collective en mode on reste à 3m les uns des autres.
Je pense que tu pourras te prendre des masques

Paré pour la guerre, Manu !!!

Confinement jour parallèle 24 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

« On y est jusqu’à 19 heures, tu veux venir en chercher ? » L’atelier se situe à Saint-Ouen, je prends mon courage à mal, à deux pieds quoi, mais vite l’impossibilité de marcher plus vite. La tendinite est tenace, fuck, fuck, fuck. Loin de mon kilomètre restrictif, et à une heure qui ne convient pas au préfet (désormais interdiction de faire du sport de 10h à 19h en Seine-Saint-Denis) j’inspecte à la va-vite (allez, va, va vite mon pied gauche ! va vite mon pied droit !) les rues comme un sans-papier, sauf que j’ai mon papier sur moi, mais un papier qui ne répond pas au tout-restez-chez-vous.

Devant le Sofitel de Porte de Paris un car de police, les flics font pleuvoir les amendes, on est jamais aussi bien servis que par les pauvres. Je me contrains à ce que je ne voulais pas faire, prendre le bus. L’atelier, je disais, est situé au cœur d’une cité de Saint-Ouen (« c’est qui lassui »), cité située dans un quartier que j’ai connu un peu, pour avoir connu, très peu, une nana qui, je crois, tentait d’oublier son ex. Je me souviens que je m’étais arrêté de la toucher, tellement j’avais l’impression qu’elle n’y était pas.

Les rues de Saint-Ouen c’est quelque chose, vides, les rues de Saint-Denis c’est autre chose entre la gare et le théâtre. « Sale poucave ! Reviens dans ma boulangerie et tu vas voir, j’vais te faire bouffer ton panier pétasse !!! ». Une femme à une autre femme.

A Saint-Ouen, je suis passé aussi devant le bâtiment de chez cette nana, dont les toilettes m’avaient dégouté. Elle ne tirait jamais la chasse d’eau. Une Vida loca, un peu. Elle se disait punk. Elle ne me disait rien. Il ne se fit rien. De ces rendez-vous d’il y a un siècle, du temps où j’étais comme depuis huit mois. Perdu ? Non, célibataire. Je ne suis pas perdu, je marche, c’est tout, courir c’est se brûler les ailes.

Confinement jour 25 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Première fois depuis le Jour un que je me rendors après le réveil, première fois qu’une partie de moi ne pense pas à se réveiller, pense que je suis en week-end. C’est pas bien grave. Il est 9h30 et je n’ai pas encore mal au crâne.

J’ai mal au crâne.

J’ai mal au crâne et je n’ai pas bu hier soir.

J’ai mal au crâne et je réponds aux mails, aux appels téléphoniques, un agenda de ministre (de la Santé) mais alors un agenda de petit joueur. Ils et elles font ça tous les jours, tout le temps, hé bé.

J’ai mal au crâne.

J’ai mal au crâne et travailler, j’ai mal au crâne et lire ce dernier message de la liste de discussion. Les gens sont en manque. Les gens font avec. Après le système D, la farine T.

Bonjour,
Devant ce qui semble être une pénurie de farine, j’ai contacté une minoterie qui appartient à des membres de ma famille.
Ce n’est pas de la farine bio comme l’autre proposition, c’est une proposition complémentaire parce que moins chère…
Ce ne serait que des sacs de 5kg. A partager avec ses voisins si c’est trop. Une farine de qualité dixit mon cousin le patron de la minoterie…
Je ne suis pas assez spécialiste pour juger… On va dire qu’elle est correcte. 60 centimes le kilo. (les supermarchés la revendent entre 90 centimes et 1,20 Euros actuellement, d’habitude ils n’en ont pas, elle est livrée en boulangerie)
C’est du blé qui vient de 70km autour du moulin où est faite cette farine, en Saône et Loire.
Le moulin de Coureau sur la commune de Bray. (Le moulin  a un dépôt à Gonesse, c’est pour ça que nous pouvons être livré).
Pour commander, il faut savoir si vous êtes intéressés.
Ce mail est donc un premier sondage sans tableau à remplir, car de toutes façons, je ne sais pas faire…
Bonne journée,
Dominique

Mon portable sonne, appel masqué, forcément c’est… c’est le livreur. Mes graminées sont arrivées ! Youhou.
L’échange fut express, carré, protégé. Pas eu besoin de signer le reçu. Arrivé le 10 avril, commandé le 30 mars.

Lavage frénétique des mains et de la tête. Une banane.

J’y pense ! autre nouveauté de ce confinement et sans mauvais jeu de mots : je réponds aux appels masqués.

Bonjour Dominique,
C’est une belle proposition. Devant la difficulté du moment de s’en procurer, autant manger à plusieurs râteliers. C’est de la T combien ? Je suis intéressé.

Confinement jour parallèle 25 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Si l’activité physique est d’une grande aide pour supporter le confinement, des chercheurs belges et néerlandais préviennent : il faut observer de plus grandes distances de sécurité et veiller à ne pas courir les uns derrière les autres.
La distance de sécurité d’1,5 mètre, préconisée par les autorités est tout à fait valable “pour les personnes qui se trouvent à l’intérieur, ou bien à l’extérieur par temps calme”, confirme Het Laatste Nieuws. “Mais quand on se promène, court ou roule à vélo, il faut être un peu plus prudent.” Le journal belge s’est entretenu avec le professeur Bert Blocken, chercheur en aérodynamique à l’université de Louvain (Belgique) et à l’université d’Eindhoven (Pays-Bas), toutes deux à l’origine d’une nouvelle étude conjointe.

Comme l’explique le chercheur :

Lorsqu’un joggeur expire ou tousse, des gouttelettes restent en suspension derrière lui. La personne qui court jusque derrière – dans ce qu’on appelle le slipstream – passe donc dans ce nuage de gouttelettes.”

“Le slipstream, précise-t-il, est la zone qui se trouve juste derrière une personne qui court ou roule à vélo”, son sillage, où l’on peut ressentir un effet d’aspiration, utile, dans d’autres circonstances, aux coureurs cyclistes.

Ces simulations indiquent que la situation de deux personnes faisant du sport l’une à côté de l’autre, par temps calme, est celle où la distanciation sociale importe le moins. Dans cette configuration-là, les gouttelettes s’envolent derrière les deux personnes. Le risque d’être touché par les gouttelettes d’un autre sportif est également assez faible quand on se tient derrière lui à bonne distance. C’est quand on se trouve juste derrière une personne, dans son ‘slipstream’, que le risque de contamination est le plus grand.”

À la lumière de ces résultats, conclut Het Laatste Nieuws, le professeur Blocken recommande d’observer une distance d’“au moins quatre à cinq mètres” de la personne de devant quand on marche, dix quand on court ou circule à vélo, et d’“au moins 20 mètres” quand on roule à vélo à vive allure.

Donc, si je résume, après le gulfstream, le slipstream. A quand le cestpasbientotfinistoutcestream ?

Pas de gouttes ni de danse
Suppliant que j’étais sur les rotules
Sur la fin, dans l’impasse
Sous le sirocco de son râle
Résigné, devant le mal, sous le sirocco de son râle
Patient bien que las, je dévale une pente au bord de l’eau
De rires l’écho de cerises le goût… du sang pointe à mes lèvres
On appelle mon nom, mais non, je reste jouer dehors
Tes cheveux c’est de l’or ou alors j’avais cru…
Ou alors je n’aurais pas cru ça possible. Pas ça avec moi.

Chercher à blesser, à effacer, arriver surtout à blesser, dégouter, enrager, et oser parler de méchanceté. Les gens sont extraordinaires. Les gens à chercher la guerre, s’obstiner à la guerre, pour ensuite la regretter, et plus fort, s’en étonner. Encore et encore. Puis recommencer. S’en étonner. Recommencer. S’en étonner. Penser que là aussi, l’autre, peut éternellement appuyer sur un bouton, un bouton off…

Ces gens qui évidemment ne comprennent pas, ils ne comprendront pas, ces gens qui préfèrent qualifier l’autre de ce qu’ils ont prouvé être de façon parfaitement naturelle. « Trouver un “démon” à haïr ailleurs ».

Ces gens ont trop à faire avec leur mauvaise foi, leurs inconscients mensonges, pour s’arrêter à d’autre que d’eux-mêmes, et je me suis beaucoup beaucoup beaucoup trop arrêté à leurs inconscients mensonges, ou pas assez, en fait, en fait pas assez pour m’y être arrêté plus d’un constant réflexe qu’on appelle an 1, et aussi an 2, an 3, etc. alors que j’avais ! j’ai déjà assez à faire avec mes propres inconscients mensonges ! L’un des miens, par exemple, c’est de m’être mis avec une femme-mère. Au départ, je me souviens, je n’étais pas très emballé mais bon, à voir, puis pas le choix et Déborah me plaisait alors, comme je le lui avais dit, « bon, je prends le packaging et on verra bien où cela nous mène » (« mène »… men… oui là c’est un peu tiré par le cheveux, je veux bien). Mais j’savais pas moi ! Un enfant ! D’la folie ! Je savais pas moi ! que d’avoir vu, d’avoir appris, d’avoir vu évoluer un enfant me donnerait des envies ; pourrait me donner des idées… enfin… enfin ! à 37 et quelques ballets… enfin ! à voir à développer je n’en suis qu’aux débuts d’idées d’envie ok, mais quand même ! qui prendront encore et forcément des années, forcément ! le temps de construire à deux déjà… mais quand même ! quand même ! quelle révolution rien que d’y penser, l’envisager, éventuellement, un jour, peut-être, oui, pourquoi pas ! construire à plus de deux…

C’est beau un enfant qui grandit.
C’est beau un enfant qui grandit. Comment ça je parle encore et toujours de moi ?

J’sais pas, j’sais pas j’suis encore en construction ça j’en suis bien conscient. Il y a encore deux ans, quand j’ai démarré cette thérapie, je ne savais même pas que j’avais été et que je restais un enfant traumatisé. Je ne savais même pas que j’avais été un enfant malheureux ! Moi, ma mémoire elle avait préféré garder en tête, elle avait voulu en rester aux G.I.Joe, aux Chevaliers du Zodiaque, les Olive et Tom, le reste à quoi bon…

« Ça ne change pas, vas te trouver un “démon” à haïr ailleurs. J’ai donné. »

« J’ai pas envie de recevoir des messages de tà part comme ça des lors que j’essaye de t’oublier, et d’oublier ta méchanceté entre autre. »

« Je t’envoie de bonnes vibrations.
Je n’ai pas d’énergie négative à entretenir.
Merci.
» Tu m’étonnes. Comme la farine ça, devait en manquer depuis tout ce temps, ce temps du je t’efface je te détruis et je te demanderai de me pardonner plus tard. Et tu me pardonneras plus tard, comme d’hab, objet mâle. Digne de son ex-ex-ex, tiens. La belle considération ! L’après séparation, cet après je refais ma vie… Tiens, attitude identique à son ex-ex-ex, tiens tiens. Pour qui m’aura pris pour ce « démon » tout le long, tiens tiens tiens… quoi de plus logique. La méchanceté de l’ignorante. La méchanceté de l’égoïsme tuant. Là encore je me sens contraint pour la suite au silence le plus absolu. Tout ça pour des liens envoyés à sa fille.

J’aimerais tellement dépasser ma colère, mes fractures.

J’ai perdu contre le colosse
Pas d’armes, pas d’armée
Pas de quoi étouffer sa démence

« J’ai pas envie de recevoir des messages de tà part comme ça des lors que j’essaye de t’oublier, et d’oublier ta méchanceté entre autre. »

Oser parler de méchanceté. Je démence. Pourvu que demain je me réveille dans de meilleures dispositions physiques. Pourvu que demain surtout, je me réveille sans ce putain de mal de crâne.

Plus tard, putain, elle osera dire, je n’en doute pas puisqu’elle aura pensé à se le dire, qu’elle ne m’aura pas interdit de garder contact avec sa fille.

Je dévie.
J’ai mal au crâne.

Même après, putain, même après il lui aura fallu conserver ce détestable réflexe de chercher la paix en cherchant la guerre, avant. Et ne pas comprendre.

« J’ai donné ». Oui.

Je ne doute pas que ses pensées de « bonnes vibrations » seront vite dissipées dès lors qu’elle aura trouvé de quoi aller grapper. M’agripper moi à de sages pensées : revoir Noémie et ce sera encore pire quand d’un coup ce sera niet, quand d’un coup sa mère aura retrouvé un connard de substitution. La méchanceté de l’égoïsme tuant, c’est ça, c’est bien résumer. Résumer, verbe du premier groupe de l’infinitif. Donner, verbe transitif de ce même premier groupe.

Prendre, c’est du troisième groupe.

J’ai mal au crâne.

18h07 je craque. Doliprane.
Pas de sport.
Lecture.
Sieste.
Concert Pomme.

Heureusement, confinés ou pas nous restons français. Les uns, avec jardin et piscine se plaignent de leur situation professionnelle, les autres, dans leur réduit espace sont enviés par ceux qui n’ont pas de balcon, les chômeurs envient les travailleurs, les télétravailleurs envient le chômage partiel, les adolescents l’absence de territoire, les animaux la béquée des passants, les parents envient les sans enfants, les célibataires envient les couples, les couples envient leurs amants, les amants envient leur célibat, et les célibataires pensent à leur belle-fille, toujours. Pourquoi ? Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas leur fille.

Y’a pas de justice.
Personne ne pense aux vieux, qui pensent à leurs vieux jours.

Mais sauvés. Eux. Sauvés les jeunes. Ils se plaignent, ils se contrefichent des ainés : les Français gardent les fondamentaux. Sauvés. sauvés. sauvés… M’ôter des miens. Me détendre, donc. Jour de Pierre-Emmanuel Barré.

Mais vite je reprends les fondamentaux, la révolution ne se fait pas en un jour. On ne se refait pas en une vie de couple. J’écoute une vidéo de Franck Lopvet (« Regard sur le vide que l’on ressent en soi ») et je pense à ma cheffe qui m’a appelé cet après-midi (50 minutes). « J’ai l’impression que c’est la première fois de ma vie que je souffre vraiment ».
Parmi d’autres confidences, elle m’apprend que son père a travaillé douze ans comme ingénieur en hydrogéologie, en Mauritanie, et que ses dernières volontés furent des cendres dans la Palmeraie. Cheffe, vraiment, et c’est depuis des mois m’est plus humaine. J’ai ressenti un changement chez elle, avec moi, plus de considération quoi, quand son père est tombé malade cet hiver. Au début, il fut hospitalisé à Saint-Denis. Depuis, mes relations s’apparentent comme normales. J’ai aimé mes réactions, mes ressentis, mon travail dessus, ne pas m’arrêter à une part de sa personnalité, pour me concentrer sur le simple fait d’accepter les gens tels qu’ils sont, en être conscient c’est tout.

Mon Dominique A, toi t’es un pote. Viens par là que je te prenne dans les bras. Parait que t’as écrit une chanson pour le confinement. Ah bah nan. J’te trouve pas. J’ai beau t’chercher sur internet, j’te trouve pas. Tant pis et gloire à toi A quand même.

Confinement jour 26 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Il aura fallu un confinement pour que je me lève tôt, relativement tôt pour un samedi matin. Il est 9h30 et je sens que je vais vite me sentir débordé aujourd’hui encore. Prendrai-je le temps de lire ? de faire le ménage ? de faire le tri ? de la méditation ? les vitres ? Je réfléchis et moi qui ai peur de tout, des gens, du monde, des conflits, je ne suis pas étonné d’aimer ce mode de vie. « T’avais quelques dispositions quand même, t’avais l’habitude ». Les gens le pensent pour moi, moi je continue de penser que je suis un faux solitaire. Beaucoup de choses me manquent, mais elles me manquaient tout autant avant le confinement.

Mais c’est vrai, être confiné c’est être quelque part à l’écart du monde. Une chose que je connais bien, pas vraiment en bien, mais oui, peut-être, c’est peut-être l’habitude.

Ménage.

Bonjour,
les tabacs autour de chez nous sont tous fermés (quartier Bel air)
Est ce que quelqu’un pourrait m indiquer où acheter du liquide pour vaporette sur Saint Denis ?
Merci de me répondre en privé.
Antoine

Je pense à la voiture du dealer du quartier. Et ses deux chiens. Fidèles au poste les chiens et la voiture, et le dealer… Peinard tranquille à l’intérieur de sa voiture, à l’extérieur de sa voiture… Mais que fait la brigade des nouvelles mœurs ?

Et si le chœur des femmes se révoltait pour de bon ? « Le Chœur des femmes » est le titre d’un roman écrit par Martin Winckler en 2009. « Bref, qu’elles fassent la révolution ».

Bonjour chère liste
Oyez, oyez, ma machine à coudre à calancher avant-hier, or, j’avais tout préparer pour me lancer  dans la confection de masques : j’avais réuni tous les matériaux nécessaires et bing ! la  panne ! Je ne m’y connais pas suffisamment pour y remédier même si j’ai compris que ça se situait du côté de la canette !  J’ai bien vu une annonce pour une machine à utiliser sur place du côté de la Pte de Paris mais je suis un peu pestiférée, appartenant à la catégorie des populations à risques donc je confine à… mort, si j’ose dire !
Alors, si qqu’un ou qqu’une a une machine qui dort au fond d’un placard où en a une à vendre (pas trop cher…), ça pourrait bien m’intéresser. J’habite le centre ville, rue des Ursulines
Merci par avance pour vos réponses,
Bon confinement à tutti et bel après-midi
nadia

Je lis sorte d’épopée, je gambade avec les cavaliers, je balade avec les chameaux, je suis dans le Guadalupe, le Pecos, le Rio Grande, le Brazos, le Colorado, mais non, ça m’obsède. Je veux du chocolat. Je veux du gâteau, du sucre, quelque chose. A défaut, je me rabats sur des amandes et noisettes bio. Tu parles d’un biobio du ghetto.

Bonjour Nadia,
J’ai ressorti de ma cave une machine à coudre familiale, je ne sais pas si elle marche encore ! (et je conseille de venir en voiture, elle est lourde)
Tu me dis.
J’ai aussi un plus grand modèle mais là faudrait carrément un camion (elle pèse une tonne) et pas très bonne idée en ce moment je pense…

J’me sens fatigué aujourd’hui… une fatigue globale. Le physique, le moral, les perspectives… Las.

« Coucou ce matin je t’ai envoyé un soin énergétique de protection et d’amour. Tu étais à lEhpad aujourd’hui ? Bisous »

  • Merci mais je ne vais plus sur fb. Possible de me l’envoyer par mail ?
  • Non non pas sur Facebook, je t’ai fait un soin à distance avec mes mains
  • Aaaaaah !!! Ah mais c’est gentil ça ! !!! Merci cousine
    C’est donc toi qui m’a fait lever tôt un samedi matin ! C’est du beau !
  • Haha peut-être ! Tout arrive
  • Ça se ressent plutôt le jour même ? Plus tard ? Par de l’énergie ? De la fatigue ? De l’apaisement ?
  • C’est très variable mais oui en général assez rapide. Ça peut être de la fatigue, une douleur qui se réveille, quelque part et qui part ensuite, de la bonne énergie… Tu me diras
  • Je fus las ce matin… j’ai pas eu le courage de faire du sport j’ai arrêté très rapidement et je fus surpris de ça
  • Ah ben c’est peut-être ça. C’est bon signe c’est que ça travaille. Ça peut faire bailler aussi ! Écoute ton corps, repos pour le moment
  • Oui… samedi de glandouillard même la lecture j’avais du mal à me concentrer… jviens d’avoir Clément ça a l’air d’aller
  • ok cool pour Clément je l’appellerai dans la semaine. Après les soins ça donne souvent l’impression d’être vidé ça passe en 2 ou 3 jours parfois moins après tu pètes le feu
  • Un oiseau vient de se poser sur mon balcon ! Je faisais des étirements. Je lui dis de vous envoyer de bonnes ondes et une bonne soirée à toi et Wendy !
  • C’est mignon ! Merci et tout pareil pour toi !

« Mignon », la dernière fois qu’on m’a dit que c’était mignon, c’est quand j’ai raconté mon objet fétiche (projet arte à venir sur le parvis de la Basilique). J’sais pas ce que ça donnera. Je me méfie de ce « mignon ».

L’oiseau, c’est une mésange bleue. « Aussi commune que la Charbonnière, elle s’en distingue par l’absence de cravate noire, la calotte bleue et le fin trait noir qui traverse la tête par l’œil. Elle est un peu plus petite, et encore un peu plus nerveuse. La femelle a le bleu de la calotte et des ailes un peu plus terne que celui des mâles, mais sinon les deux sexes se ressemblent beaucoup. »
Jusque-là, les boules de graisse n’avaient pas grand succès. Elle a peut-être trouvé le filon ! Sa marche à la graine ! La mésange bleue est venu se poser au moment où la radio me diffusait dans le cœur et les oreilles « Juste après » de Goldman. Je pense à son clip, forcément. Je pense aussi que depuis ce matin je pense beaucoup au poème de Bukowksi, que je n’ai pourtant pas lu ces derniers temps.

« Les Mésanges bleues ont aussi leur côté punk. Gare à qui les manipule : elles piquent du bec en cherchant la peau du bord des ongles jusqu’à faire saigner. D’ailleurs, elles sont les héroïnes des BD d’Allessandro Pignocchi, et vous pouvez les retrouver sur son excellent blog. » (je confirme)

J’avais ce matin l’intention de recontacter l’inspectrice de la fondation Bardot, ce soir une association d’idées m’y refait penser (mon voisin le facho) (tiens il a du monde à la maison) (c’est le virus qu’il faut enculer monsieur Himlaire… pas le moment d’inviter un nouveau boyfriend non… j’dis ça j’dis rien…). Putain, j’m’en veux presque d’avoir échangé deux trois mots avec lui. À la base je l’aime pas ! et là ! je lui dis bon courage. Putain de virus qui nous rend solidaires entre pseudos anars et fachos patentés. Il se plaint de l’augmentation du prix des courses, « 20 euros sur ma fiche de caisse ! Je le vois ! » (ah oui ah oui ah oui…) (et c’est que le début…) (faire gaffe un peu plus et je lui dis que la vie c’était mieux avant) (et qu’on a pas fait mieux depuis Yves Mourousi). Bref recontacter l’inspectrice, c’est désormais le contraire qui m’inquiète, je n’entends plus le chien couiner, je n’entends plus du tout le chien (l’est confiné ?) (six pieds sous terre comme le précédent ?)

Bonsoir et merci Guar de t’être donné tout ce mal, Francesca m’a prêté la sienne le temps du confinement. tu as une belle bête, si un jour tu veux la vendre…
Ma mère était couturière à la tâche, j’ai une vraie tendresse pour les machines, le fil, le tissu, ça été l’univers de toute mon enfance, c’était mon musée et j’en ai gardé le goût de la matière et des couleurs…
Je suis très touchée par l’élan de solidarité dont vous faites tous preuve, c’est un grand réconfort, je ne suis pas sortie depuis des semaines, pour la militante que je suis ce n’est pas toujours évident, ce repos forcé et coudre des masques était ma façon de me sentir utile vu que je ne peux rien faire dehors. Merci encore et très belle soirée confinée
Nadia

impossible de la vendre ! trésor de famille !!!! Cette machine à coudre a fui (avec ses propriétaires, mes arrières grands-parents) la Turquie à dos d’âne avec cette machine dessus, et quand ils sont arrivés en France c’était l’espoir de la famille (la machine à coudre ! pas l’âne) (mon grand-père était couturier)
Un baluchon, un âne, et une machine à coudre ! j’adore l’idée d’imaginer mémé sourpik avec cette machine (ah bah oui c’est ça le confinement je parle de mémé sourpik à qui je ne connais pas ! putain demain sortir ou me taper la tête contre les murs)
Bonnes coutures masques à toi et si tu en as assez j’veux bien en récupérer pour delafontaine et casanova…
Bonne soirée, prends soin de toi
Guar

Depuis que je n’ai plus de carré de chocolat (trois jours), tous mes repas se font à base de graines de cacao. Et c’est très bon. C’est pas du tout intéressant ce que je raconte. Putain. C’est la fin du rhum. Mais alors… ça veut dire que… Plus du chocolat, plus de rhum…

putain.

Confinement jour 27 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

La logique voudrait que je me lève et j’aimerais ne pas être le seul à le faire de ce lit, qui s’affaisse de plus en plus. J’ai mal au dos. Et si je me caressais ? Mouais. Hmmpf. Bof. Nan. J’aimerais de l’amour charnel, je n’ai pas même pas l’envie, ou le plaisir, puisque c’est arrivé dernièrement, sans plaisir, comme une tâche à exécuter, de me branler. J’aimerais du fluide, j’aimerais de la chaleur humaine, un être humain, un être humain putain, un être humain à baiser peut-être, mais à baiser avec douceur, avec bienveillance, j’aimerais regarder quelqu’un dans les yeux plutôt que le mur.
J’aimerais tant ruptures à la solitude, j’aimerais tant de cocon, qu’il s’agisse d’une accolade, d’un bisou de français, d’une bonne bière dans un lieu de vie, d’une femme aussi, évidemment.
Mais comme le reste pas le choix… plus simple alors de l’accepter, de s’y faire. À la radio il y a des mois ils avaient parlé du massage jesaispluscommentçasappelle, où l’on croise les bras pour s’auto-caresser le visage. Technique de célibataire en manque de douceurs. Depuis j’ai perdu le réflexe de me faire du bien ainsi.

– REVOLTE EN COURS AU CRA DU MESNIL AMELOT –
!! A FAIRE CIRCULER !! Communiqué : La promenade est bloquée par tout le monde avec les matelas et les couvertures sorties, les keufs sont avec les prisonniers dans la cour “Ils ne respectent pas le droit des gens, pas de mesures sanitaires dignes et quand tu dis quelque chose les policiers ils te frappent c’est pas humain ! Sérieux les avions ils vont pas redécoller avant septembre on nous a dit, ça veut dire quoi ? On va pas rester ici jusqu’en septembre !” “On a bloqué on s’est mis tous dans une cour, c’est à dire les 4 bâtiments qui étaient ouverts dans la cour tous ensemble. Tant qu’ils trouvent pas de solution on bougera pas d’ici ! Tout à l’heure ils nous ont gazé matraqués ils ont des boucliers, depuis tout à l’heure on subit des violences pour rien ! Là ils sont à la sortie de la cour vers la grille matraque à la main, casque et ce qui va avec ! Que les journalistes nous appellent mais là ! Maintenant !”

“Et. Nous. Vous. Con. Sei—llons. Quel. Que. Lectu-ures… en cette période de confinement lisez La Maison de Claudine (ah nan !) de Colette et Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier” (ah ! nan !) (en même temps l’avoir lu à 17 ans c’est l’avoir lu trop tôt). Bref, pour se toucher eux, ils se touchent. Rage Against The Machine sur Libertaire c’est plus touchy.

les policiers interviennent actuellement au Mesnils Amelot les sans
>> papiers résistent pacifiquement aux matraques et au gazes nos contact
>> sont menottés et les téléphones sont saisis. nous disposons
>> d’enregistrement audio grace au sans papiers

Il pleuviote et j’observe le Cygne dégager, un à un, manu militari, peut-être un hommage, les oies de l’eau. Le lac à lui tout seul ! le Cygne, le parc à eux tous seuls les corbeaux. D’autres cherchent les œufs dans les poubelles.

J’observe également foulque macroule, grèbe huppé, et là au loin qui se déploie un superbe blogios nain, « plus petit héron d’Europe » selon Wikipedia. J’ai la chance aussi que derrière cet arbre, un écureuil me propose de jouer à cache-cache. La pluie redouble. La pluie rempote mon observation.

Sous ce saule pleureur, l’ambiance est de même retombée. Ces instants me font penser à la Bretagne. Je pense à Déborah. Je pense à Noémie. Je marche. Marcher. Marcher. Marcher. La pluie redouble d’intensité, un peu comme le moral. Le moral, depuis deux jours, est au moyen fixe…

Un coup de fil d’Éliane qui me demande comment je vis le confinement en ce jour si spécial. Ce jour spécial ? Ah, Pâques… ah oui oh, tu sais moi je ne suis pas croyant alors… Ce n’est pas son cas, ce jour est un jour spécial pour elle et sans les petits-enfants alors forcément… Pour qu’Éliane se plaigne (très très très légère plainte mais c’est déjà tellement inhabituel), c’est que c’est vraiment pas drôle tous les jours, de tourner en rond en rond en rond et en rond… sans petits-enfants à faire tourner en rond en rond en rond…

J’étais venu pour lire au soleil, je n’ai même pas lu une minute. Alors le livre caché dans mon dos, je me rentre bredouille, ou plutôt broucouille comme on dit en Seine-Saint-Denis.

Non ! 17 heures et quelques : une éclaircie ! m’en aller m’asseoir un peu plus loin, le soleil est de retour, je retourne à la page 190. « Je ne sais pas ce que tu t’imagines, fiston, mais tu ne reverras jamais Beale, sois-en sûr. Calme-toi, et profite de ce que nous avons encore la décence de te tenir compagnie jusqu’à ce que tu meures.
Au coucher de soleil, les arbres entourant le ruisseau grouillaient de vautours, et les loups étaient de retour. Nous les entendions près de l’eau, se disputant les restes des bandits. Nous n’avions pas creusé de tombe, même peu profonde, et je me dis soudain que MONSIEUR ! BONJOUR ! tandis que Jolly et moi attachions des branches les unes aux autres pour fabriquer des traîneaux (et cacher mon livre), MONSIEUR ! MONSIEUR ! un loup apparut dans la plaine. Nous le savions proche, vu que vous étiez agités, Seid et toi ; au bout d’un moment, nous pûmes distinguer la fine brume grise de son corps qui courait furtivement de droite et de gauche dans l’obscurité. Il se faufila de nouveau dans les broussailles pour revenir un instant plus tard avec deux ou trois de ses congénères. Ils s’assirent ensemble à l’orée des arbres et nous observèrent. »

J’aurais dû écouter là encore mes instincts, j’le sentais pas aujourd’hui. Un dimanche de Pâques… les commerces fermés… j’avais eu des signes en plus hier (j’ai commandé tout un colis de porc). ET BAM 135 euros la séance de naturothérapie. En temps normal j’aurais certainement contesté, nous ne sommes pas en temps normal. Des trois flics, un seul avait un masque. Celui qui m’a réclamé l’attestation, celui qui me l’a rendue. Son masque lui fait une tête… une tête de mulot, je ne peux m’empêcher de penser à un mulot. Puis relativiser, puis ça faisait deux jours que je n’étais pas sorti, je connaissais les risques et entre risque mental et péril financier ce fut tout vu. Fait chier quand même qu’ils m’aient vu ! J’me dis que ça vaut bien deux séances de thérapie, toutes ces sorties que je me suis accordé. J’me dis que ah bah merde faut qu’ils me chopent un jour pas agréable et où il pleut.

Moralité de l’histoire : Je cours, je me brûle ; Je marche : mise à l’amende. Il peut, plaie d’aimants ; Il pleut, pluie d’amendes…

Mouais. Pourquoi je garde toujours ce que j’écris ? Ce parler pour rien dire, l’a ses limites. M’y limiter donc ???

Moins amusant que cette morale voulue apaisante (c’est que de l’argent), mon premier réflexe a été de cacher mon livre. Et ça, ça ne me plait pas du tout. Ça me fait penser à l’après-tout sécuritaire contre le Corona.

Antiviral Antiviral tu perds…

Bref je reviens broucouille, vraiment broucouille de 135 euros. Sur le chemin du retour, deux deliveroos demandent leur chemin à un type en trottinette. Au-dessus, à cette grande barre, deux enfants font la course sur le balcon, filmés par leur mère. Un adolescent reste statique, sur son vélo, et mange des biscuits. Statique sur un… sur vrai vélo.

Le dernier mot de ce week-end dépressif à Edgar Morin : « Nous essayons de nous entourer d’un maximum de certitudes, mais vivre, c’est naviguer dans une mer d’incertitudes, à travers des îlots et des archipels de certitudes sur lesquels on se ravitaille… »

Confinement jour 28 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

J’ai rêvé de chocolat. Chocolat. Hmm ça aussi tiens et ça, ça, cette barre aussi. La caissière me voit indécis, mon choix n’est pas tout à fait arrêté, à mesure que j’observe les différents choix de chocolats à l’unité. Je suis désormais décidé, je veux passer commande, le fais savoir, la commande se fait attendre, la chocolaterie sorte de mix entre un bar et je ne sais quel autre établissement, je situe le lieu à Bruxelles. Les gens sont Français. Du monde, beaucoup de monde là, des gens dansent, le chocolatier qui s’est transformé en le barman du Bar Belge semble m’indiquer, sans me présenter, cette jolie demoiselle que je lorgnais gentiment des yeux, et qui semblait me lorgner gentiment des yeux (elle est avec des amis), et dont la gentille bousculade près du comptoir (je n’ai toujours pas commandé mes chocolats) me rapproche d’elle, elle se présente à moi, je me présente à elle, elle engage la conversation et me fait la bise, quatre bises (agréable sensation). Elle est plus jeune que moi, mais belle. Est-ce à cette nana de 24 ans, avec qui j’avais discuté et laissé mon numéro ce soir de bar, il y a des mois, que mon rêve fait référence ? Elle ne m’a jamais rappelé. Une nana venue du côté précieux de la Seine, certes, mais avec qui j’avais bien accroché, et parlé littérature, entre deux danses, entre deux trois verres. Est-ce que ce rêve fait référence à tous ces articles, de Cyrulnik et autres, qui parlent de l’après-confinement comme d’un afflux de rencontres, d’échanges, de barrières déposées à la porte de la retenue et du « j’le connais pas ce type, ça se trouve c’est un gros dragueur ».

Le chocolat est associé à la couleur marron et au plaisir. Il peut donc symboliser deux extrêmes, la nourriture et les excréments. C’est aussi un substitut, une drogue très douce pour certains. Il peut révéler, dans ce cas, un manque affectif. Le chocolat évoque souvent une tendance addictive ou à l’assuétude.

Ballot. Je me réveille et personne ne m’a finalement servi de chocolats. Ballot.

Le thème du jour, Les mains. « Sers-toi bien sûr de toutes les petites notes que tu auras prises au cours de l’exploration précédente. elles constitueront un réservoir précieux d’idées. Ne réfléchis pas trop, écris ce qui te vient. »

Courrier à poser

Jeu de main,
jeu de porteur sain
Jeu de pied,
porteur de papier vessé

Voilà.

Ce perroquet plus inspiré.

Ludovic m’appelle de son trou périgoudégourdin. « Ça devient un état fasciste. J’suis choqué à quel point… » La conversation est interrompue plus d’une fois. Nous pensons Big Brother, nous pensons paranoïa. Le marrant, c’est que la conversation est coupée à chaque mot qui résonne dans notre Big Brotha Paranoïa.

Nara : « Du coup pas de parc aujourd’hui ? »
Non… Foutue répression efficace.

« Mon voisin du dessous devient dingue : troisième fois qu’il passe frénétiquement l’aspi aujourd’hui… »

Ludovic : H-30 avant Jupiter…
Moi : à cause de toi je suis bourré. Vive Macron. Quoi. Qu’il en coûte… Ludovic : Tout pareil… jupiter
Jupiler d’esprit
Nous sommes en guerre…
20h02 : la messe du déshumanisme en marche incarnée.
« Cynique, c’est vraiment le terme qui me vient »

Du haut de son piédestal, 40 millions de Français le regardent

Le Macron dit nouveau m’a enlevé l’envie de boire, ce qui est particulièrement odieux. Heureusement que j’avais pris de l’avance. Peut-être un peu trop. “Nous nous tenons debout” qu’il dit… ça dépend quand… vive la brasserie de l’Être.
Ludovic : ça dépend qui surtout.

Le jour 31 de Pierre-Emmanuel Barré me semble être une vraie dédicace.

Nara : « Il a mis un de ces temps pour rentrer dans le vif du sujet… qu’il m’énerve ! On dirait qu’il sort de la boite playmobil président. »

C’est Nara je crois qui remporte le prix de l’analyse politico-sensorielle la plus juste de la soirée. A égalité avec moi. Mais en moins classe, c’est tout. « nous sommes ébranlés… » (il va surtout nous ébranler le cul).

Le coronavirus cet enculé, rend vulgaire même les gens pieux. « lu des trucs énervants, genre geoffroy roux de bézieux veut nous baiser, en gros rétablir le servage… ou quasi… mais qu’on le jette dans un cul-de-basse-fosse, ce con ! »

Et Ludovic. Ludovic aussi voit juste : « les jours heureux… putain qu’il se taise ».

« sobriété carbone… »

Quant à moi ça commence à rentrer sévère dans le bas-Rhin si même l’étiquette d’une bouteille attire mon attention, mon émoi… Le confinement rend sauvage. Sauvagement.

Fin de la Saison II.

*** « QUOOOII ?????? » ***

Les critiques sont unanimes : « Mouais, bof ». « Une fin assez décevante moi j’trouve ». « Ils se foutent de notre gueule ? ». « Une fin très décevante ». « Z’étaient fatigués ou quoi les scénaristes ? C’était pourtant bien parti. »

***« wtf » ***
pour les angles aphones

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