Jour de confinement

Jour de confinement – Saison I

Allo la Creuse ? le Périgord ? ici Saint-Denis.

Il est convenu un jeu de ping-pong entre mon pote, solastalgique retranché (ad vitam) quelque part en France, et moi, le temps du confinement.
Mon pote, ce visionnaire périgordégourdin.

Confinement jour 1 – ma contribution à la fin du monde – Périgord

J’ai voulu envoyer ça aux parents mais je crois que je vais les faire
flipper ! Alors voici ma contribution au désormais célèbre “journal du
confinement” pour ce premier jour.

=====

Titre : Panique salutaire.

C. prends la route demain matin, je suis pas super rassuré… D’autant
qu’ils déploient l’armée dans les rues. Je vous tiens au courant.

J’espère que vous n’avez plus de sous à la banque, ce qui va arriver va
les mettre complétement à plat (BNP en première ligne), donc nos/vos
économies avec. L’argent n’aura plus beaucoup de valeur d’ici quelques mois.

Au pire retirez vos sous au mieux prenez vos économies et achetez des
trucs utiles : conserves, panneaux solaires, chambre à air, outils,
graines, 40 bouteilles de gaz de réserve, eau en bouteille, ampoules,
bougies, allumettes, briquets, hygiène.
Étalez vos achat tous les jours pour en laisser aux autres.

Il faut penser énergie et résilence. Produisez de la bouffe pour 12
familles sur l’ensemble de votre terrain les cocos, pas un m2 sans
verdure qui se mange, ça rigole plus, on sème autant qu’on s’aime (à
distance, hein pas d’échange de fluide).

Les gens risquent de péter des câbles ou d’avoir faim, ils deviendront
prédateurs, dormez avec une masse à côté du lit.
Si ça part trop en couille (pour l’instant on applique les consignes
gouvernementales) et si le gouvernement permet les déplacements, la
maison peut accueillir du monde, on est isolé et on espère être autonome
à temps. Donc gardez une voiture avec un plein et des sacs prêt à partir :

* vêtement de saison,
* couteau,
* outils de communication et d’information,
* le nécessaire du petit campeur

=> max 20% du poids du porteur.

Enfin je dis ça je dis rien…

Sinon moi ça va !

Putin ! On y était presque, maintenant on y est et je suis pas prêt…

Confinement jour 1 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Jour 1. Premières inquiétudes. Ma brosse à dents tire la gueule, mon papier toilettes diminue, quatre rouleaux. Je m’inquiète aussi pour le chien de mon voisin ce tueur de chiens. Il lui en reste un. Qu’en fera-t-il ? Et que fera ce chien, à couiner toute la journée sur ma, sur notre santé mentale ? Le voisinage, pour l’instant, est très calme.

Bon, récapitulons. C’est apaisant, rassurant, d’admirer un frigo plein. Mince ! mes produits de désensibilisation aux graminées vont manquer d’ici peu. En même temps de ma cuisine, les graminées, ces prochains temps…

Voir les choses de façon positive. Je peux manger ce que je veux sans avoir à me retenir. Profiter du confinement pour manger tout ce qui fait péter, c’est bon pour la santé. Haricots noirs. Ça n’incommodera que moi, éventuellement les mouches. A ce propos sortir le reste de maroilles du congélo.

Aujourd’hui, vers 17 heures, je suis sorti de mes quatre murs. Mais pas des quatre murs du bâtiment. Je suis allé jusqu’à la boite aux lettres. Il n’y avait rien dans la boite aux lettres.

Mon portable se met à l’heure du Guatemala depuis deux jours. Est-ce un autre signe ? J’ai aussi fait semblant de travailler. Un coup de fil, deux coups de fil, pfiou, quelle journée.

Confinement jour 2 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Matin je bous. Comme hier. Comme hier après-midi. Comme hier soir. L’erreur du débutant c’est que je n’étais pas sorti la veille, l’avant-veille… J’aurais dû prendre du large ! Enfin si, justement, j’ai fait plus que sortir, j’ai eu la franche connerie de sortir dimanche un quart d’heure, le temps d’aller (quel con vraiment) voter. Plus tard, j’apprendrai que plusieurs assesseurs sont morts. L’un d’eux vient-il de mon bureau de vote ? Suis-je porteur sain ?

Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien. Ah. Tiens, je me suis rasé la tête ce matin. Tout va bien.

Tout va bien tout va bien tout va bien…

Entre deux : le travail.

Je crois.

Qu’ai-je fait ?

Je sais pas.

17 heures voir du dehors. Le terrain de foot est rempli de… footballeurs. Ça se touche, ça se tripote, ça se checke. Bande de cons.

Aller courir le long du canal.

Mais avant, avant, le long de mon habituelle droite route de la marche à l’amour, des flics s’excitent, s’en prennent à deux jeunes en scooter. Des cons, à vrai dire, les jeunes. « Je m’en bats les couilles du confinement ! Je m’en bats les couilles ! » Les flics leur font passer l’idée de s’en battre les couilles et ma pensée première est : à les secouer comme ça z’ont pas peur de choper le coronatruc eux ! L’un des flics (le plus virulent) m’invite à déguerpir, je crains la bavure à venir, je reste, leur souhaite bon courage et de se calmer, « du calme messieurs TOUT VA BIEN. »
Tu parles. À chacun son tour. Je sais que demain je ne serai pas allé me défouler, que là je vais aller me défouler, du coup ça me calme avant que ça me calme.

Mais tout va bien, tout va bien, tout va bien. Même la devanture de la librairie salafiste nous rappelle à la salaison (la salaison sera religieuse ou ne sera pas).
“Le magasin ouvre dans 15 minutes (Après Salate INCHALLAH)
MERCI”

Confinement jour 4 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Autre signe ? Ne plus attendre ? C’est trop tard ? La fin du monde pour demain soir ? Je me décide à ouvrir la boite de foie gras. Prévue à la base pour la partager avec Déborah à Noël. Noël 2018 ! Le bon moment n’est jamais venu et ouvrir une boite de foie gras quand on s’engueule c’est sacrilège. Ce ne fut pas sacrilèges. Il est bien bon, surtout bien triste ce foie gras, sans le partager avec quiconque d’autre que ma tronche. A défaut je le partage avec une bouteille de blanc. Il est 21h24 et je suis déjà bourré comme un coing.

Au fait, j’ai fait quoi le jour 3 ? Ah ça sûr j’peux pas compter sur Ludovic pour être sérieux et à jour dans le journal du confinement. Sa dulcinée l’a rejoint dans son trou. Et Bernard Lavilliers qui ne se manifeste toujours pas. Le monde s’écroule, l’épidémie se mondialise et monsieur « Je suis le plus fort de la terre et de la galaxie » semble s’en contrefiche, du coronatruc. J’ai honte à mon pays, j’ai honte à ma galaxie. J’ai même plus le canal de Saint-Denis pour aller courir, les flics m’ont prévenu tout à l’heure, demain, c’est niet. Ça se renforce, ça se restricte. Et le bruit des avions militaires qui pollue mon balcon. Fuck, je manque de terreau. Y penser à plus d’un titre après mon contrat, dans un an et demi. Cette vie, pour moi, c’est fini. Et là je redeviens sérieux. Déterminé. C’est vendredi soir.

Ah oui voilà, Jour 3. Ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis :

Je cours, je cours…. La Villette à vue. De l’autre côté du canal un attroupement. Un règlement de comptes ? Une descente de flics ? Ils sont en rangs, à la militaire, et tous noirs. Trois quatre types masqués agitent les bras, déposent des vivres, à distance. Ils, des réfugiés. À courir dans ce léger vent, avec le bruit de l’eau, le reflet du soleil sur le canal… J’en aurais presque oublié que nous en sommes aussi là, que ce temps est arrivé, le temps du coronavirus.

Je sors de la boulangerie et j’ai été servi… par un enfant. Non seulement je m’en veux de ne pas être ressorti, mais en plus ça va m’ajouter des cheveux blancs. Les enfants transmettent davantage le virus, le pain est bon ok, je retournerai à la boulangerie mais une autre boulangerie, mon habituelle, et pour faire le plein. Mesures drastiques : qu’une seule personne à l’intérieur, un espace de sas entre le boulanger et nous clients… « Deux grands pains de campagne tranchés siouplé. » Le tout au congélo. Fini pour moi les boulangeries jusqu’à… jusqu’à… on verra.

Confinement jour 6 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Je me lève à 11h45, ce qui ne m’a pas empêché de mal dormir. Et de me sentir fatigué. Je me sens de plus en plus fatigué, à rien faire. Et je pense un peu trop au travail, un peu trop aussi à Déborah, ça c’est habituel. Vendredi soir, au bord du canal de Saint-Denis, les flics m’ont appris qu’il était désormais interdit de circuler. Je comprends. Le canal était truffé de joggers, là pas de mal nous faisions attention aux distances, ce n’était pas le cas de tous ces branleurs, à fumer, papoter, le cul serré les uns aux autres. Ben merde j’avais trouvé mon rythme, j’avais repris la course et v’là que non. Trouver un autre endroit à l’écart. Ça m’a fait du bien au moral, ces trois soirs là, justement.

J’ai mal au crâne. J’ai mal au crâne depuis deux jours. C’est pas l’alcool.

Et le jour 5, hmm quoi déjà ? Ah oui. Le foie gras. J’ai ouvert la boite de foie gras. C’est aussi ce jour-là où j’ai rêvé de mon père ? J’allais pour traverser les clous, il est arrivé en face, vieilli, très vieilli, moi lui demandant si c’était lui, moi ayant du mal à sortir un son de ma bouche, lui encore plus silencieux, je crois.

Pff.

C’est quoi ces rêves tout d’un coup de mon père. La veille, je rêvais de viande et de congélateur. La dernière fois que j’ai rêvé de viande, je l’avais décongelée un peu trop tôt et je m’inquiétais qu’elle ne tourne. Le lendemain, ma mère mourait.

Pourvu que ce coronavirus emporte les sales personnes. Qu’il y passe une bonne fois pour toute ce sale homme, et qu’on n’en parle plus jamais. Qu’au passé. Le passé, faut croire, me rattrape toujours. Je sais cette phrase illusoire. Et bien évidemment stupide.

Et si j’écrivais aujourd’hui ? Je n’ai même pas envie de mettre ce temps à profit. Mon blog, dans ma tête, depuis que je sais que Déborah est là, derrière, à me fouiner, m’a enlevé l’envie. Pas mon ambition de faire du mal et je sais qu’elle aurait du mal à me lire. Pour lire, faut vouloir comprendre, faut vouloir le dialogue, le dialogue avant qu’il ne soit trop tard, le dialogue avant la haine, le dégout. Une femme aimant la vengeance, je n’ai jamais aimé.

Oh et puis merde. Il est 12h36. Je vais courir. À part contaminer LA jonquille au milieu du rien, j’vois pas ce que je pourrais contaminer dans un coin déserté.

Hier soir, mon frère m’a appris qu’il avait été ferme, que sa famille resterait à la maison sans même dépasser le portail. Ni aller se promener dans la forêt à deux pas. Et leur forêt, quand je dis à deux pas, c’est vraiment à deux pas. « Nous ne voulons prendre aucun risque. » Mais il est où le risque, si l’on ne croise personne ? Le risque, il est d’aller faire ses courses, non ? Je m’interroge avec moi-même, je m’interroge si je suis un con d’inconscient, à vouloir continuer la course à pied.

Écrire l’attestation de déplacement dérogatoire. Hier, dans la rue de la République (quasi déserte, wow) les flics m’ont laissé passer. « Vous n’écoutez pas les infos ? Bah faut ! Ils l’ont dit. » Ah je suis désolé mais c’est assez la psychose comme ça, je fais très attention mais je m’interdis les infos. J’ai compris qu’il y avait des morts chaque jour un peu plus, voilà, qu’apprendre de plus ? ah ? Mon attestation via mon téléphone portable ne lui plait pas. « Mais comment fait-on si l’on a pas d’imprimante ? » Vous écrivez à la main. OK.

J’vais quand même allé voir ce qui se dit sur le parisien.fr, au cas où je serais désormais interdit de respirer en bas de chez moi. Je lis : « Coronavirus : quand une fratrie se retrouve confinée… sur un bateau ».
Je pense à Eric qui m’a écrit hier (« avec le même capitaine pendant toute la traversée, un ancien collègue à jean paul, là je suis arrivé chez moi, mais cela a été la douche froide en martinique, on était au courant de rien ,,cordialement bises Eric à bientot J,espère »

Océan, voilier, dauphins, barracudas, coucher de soleil… Eric m’envoie des photos qui vous décontamine la mine déconfite. Peut-être même Agnès Buzyn.

« Le bateau est coincé au Anses-d’Arlet il ne peut plus bouger. Pour revenir ça a été un peu la galère surtout que j’avais laissé mon camion à Brest avec du recul j’aurais dû rester en Martinique. Pour l’instant je suis en arrêt de travail 14 j principe de précautions bises ».

Il est 12h56, l’écrire cette attestation.  

Ça va être long putain ces dix-huit mois. Dix-huit mois, le temps de la fin de mon contrat.

Courir, courir, courir.

J’ai mal à la tête.

Ce doit être parce que je me suis remis à courir, plus l’habitude c’est ça. Ça ne peut être que ça, non ?

Mais que ce fut bon de traverser le parc de La Courneuve, de marcher au milieu des pins, d’entendre le chant des oiseaux et celui crépitant sous mes pieds de ces pommes de pins, mes vitamines pour la semaine à venir. Je profite, je profite, je sens le durcissement. Contourner aussi ce garde à cheval, on ne sait jamais. 135 euros, ça ferait cher la sortie en forêt.

Bon, désosser/mijoter un petit porc. Faire gaffe à ne pas me couper ! c’est pas le moment. Tiens, sur le balcon des champignons ont poussés sur pomme de pin, héritage d’un caisson que je prévoyais pour la ferme de Saint-Denis. Paraît que les pommes de pins c’est bon pour la terre. À Ma Déborah je pense. J’oublie que « Ma » ne fut jamais ma priorité. La propriété dans l’humain, très peu pour moi. J’oublie que je suis terre, je n’oublie pas qu’elle me fut feu. Et bref ces champignons, comestibles ? Pas le moment de tester !

Cet aprèm, voyant passer un message d’une amapienne je me suis proposé comme volontaire à l’hôpital Delafontaine. Cet aprèm fait-il suite à ma culpabilité de ces derniers jours d’être de ceux qui continuent à courir ? Cet aprèm, un autre message, autre amapienne.

Voici mon œuvre.

Ça a canalisé pendant deux soirées ma colère de la situation actuelle envers les différents gouvernements responsables de l’état scandaleux dans lequel se trouvent nos hôpitaux.

Pour tout vous dire, je suis d’autant plus remontée que ma sœur compte parmi les nombreux internes poussés au suicide pendant leurs études. Brillante future-interniste de 31 ans, elle s’est supprimée en 2008 pendant un stage à Marseille, dans un service qui, comme de nombreux autres et pour fonctionner malgré la pénurie, ne respectait pas les repos compensatoires. La douleur de sa perte n’est plus aussi vive qu’il y a bientôt 12 ans, mais la période que nous vivons tous en ce moment me fait osciller entre rage et tristesse. Quel gâchis humain ! Elle devrait être en première ligne aujourd’hui pour soigner nos malades.

Voilà comment s’explique mon équation

HÔPITAUX SATURÉS = ÉTAT ASSASSIN

Maintenant, à vous d’orner vos fenêtres de banderoles, plus optimistes, pédagogiques ou encourageantes si vous préférez, mais si vous le pouvez, faites-le. J’ai déjà eu des retours hyper positifs de soignants touchés par mon cri, quand bien même il ne ronronnerait pas de bienveillance.

Prenez soin de vous.

Amicalement,
Raphaëlle

#CortègeDeFenêtres

Et moi dans tout ça ? Aider ? Pas aider ?

Des e-mails aussi, en ce moment, ça tombe un peu trop.

Aux hésitants,

                      par Bertolt Brecht.


Tu dis:
Pour nous les choses prennent un mauvais pli.
Les ténèbres montent. Les forces diminuent.
Maintenant, après toutes ces années de travail,
Nous sommes dans une situation plus difficile qu’au début.
Et l’ennemi se dresse plus fort qu’autrefois
On dirait que ses forces ont grandi. Il paraît désormais invincible.
Nous avons commis des erreurs, nous ne pouvons plus le nier.
Nous sommes moins nombreux.
Nos mots sont en désordre. Une partie de nos paroles
L’ennemi les a tordues jusqu’à les rendre méconnaissables.
Qu’est-ce qui est faux dans ce que nous avons dit,
Une partie ou bien le tout?
Sur qui pouvons-nous compter? Sommes-nous des rescapés, rejetés
d’un fleuve plein de vie? Serons-nous dépassés
ne comprenant plus le monde et n’étant plus compris de lui?
Aurons-nous besoin de chance?
Voilà ce que tu demandes. N’attends
pas d’autre réponse que la tienne.

Tiens ! y penser tant que j’y repense. « Bonjour, La fille de mon ex a dix ans et je souhaite lui envoyer un colis (livres, cadeaux, etc. que j’ai achetés il y a plusieurs semaines). Est-ce risqué pour elle et/ou sa mère ? (si elle doit aller chercher le colis à La Poste) J’hésite en cette période de confinement (et aussi de paranoïa…). Merci pour votre émission. Qui ne fait pas de mal ! C’est déjà ça. Même que des fois elle fait vachement de bien !!! »

(quel naïf quand j’y rerepense ! ne serait-ce que dix jours après)

(c’était un vrai gros risque en fait)

Ce soir à la télé, du foot. Tous ces gens qui se touchent, se serrent dans les bras, putain, sont fous. Vont se refiler le virus. Je n’arrête pas de m’en faire la réflexion, je n’arrête pas d’oublier que ce match est une rediffusion de 1993. J’ai beau éviter la psychose médiatique ça me prend sur le neurone, tout le temps.

Et me laver les mains pour la quinze millième fois de la journée quand j’entends tout d’un coup des gens applaudir dans la résidence. « Merci ! » « Merci ! » Je regarde l’heure, 20 heures. Je devine que ces applaudissements sont pour le personnel hospitalier, j’applaudis. Émotions à la con peut-être, émotions que je suis heureux de transmettre, ne serait-ce qu’à une personne du voisinage, et c’est déjà beaucoup, si cette personne est de repos, là, en cette minute d’applaudissements, avant de reprendre le boulot. Il y a dix jours déjà, avant le confinement, j’entendais que la situation à Delafontaine devenait de plus en plus palpable, que les chiffres augmentaient.

Lundi, quelques heures avant que Macron n’annonce le confinement, lundi jour qui faisait suite à tous ces jours où je me sentis mal, et fiévreux, sans doute victime d’une angine et rien de plus (j’ai pris ma température les deux derniers jours – aïe – mais non, 37°2) (aïe à mon petit cul c’est tout) ma docteure a insisté pour que je vienne tout de même consulter. Protocole quasi militaire. Pas plus de trois personnes dans la salle d’attente, les masques, la chaise, tout ça. Et la liste de ceux venus pour la même chose que moi. Putain. J’suis pas le seul à psychoter.

“Vous avez gagné un masque !” (c’est si nécessaire Docteure ?)
“Vous avez bien fait de venir monsieur Guar…” (je ne peux m’empêcher de penser que d’avoir sollicité ma généraliste c’est la freiner pour s’occuper de cas potentiellement plus préoccupants)

Aller à la cave. Non. Attendre. J’entends quelqu’un prendre l’ascenseur. Laisser passer l’épidémie ou la paranoïa, bref laisser passer. Enfin la délivrance là, derrière ce monticule d’affaires un Bourgogne Hautes-Côtes de Beaune. Y’a plus qu’à apprécier mon mijoté plat en espérant que Rudi Völler et George Weah ne chopent pas le virus pendant le match. Ce Marseillais par contre j’aimerais bien, je n’ai jamais pu le saquer. « Et devenir ce que je suis capable de devenir. Tel est le seul but de ma vie. » Si même un footeux la joue philosophe, alors…

Alors penser aux recommandations de Maitre Sylvain Tesson. “Nous avons la possibilité aujourd’hui de transformer nos vies sous pression, nos vies hâtives, qui nous soumettaient en permanence à des injections de dire ce qu’on pense, de courir, il nous est offert l’exact contraire. Nous le subissons, mais si nous ne tâchons pas d’en faire quelque chose, c’est la double peine”.

Confinement jour parallèle 6 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

- D't'à l'heure je suis allé voir un film c'était génial.
- Ça va ?
- Bah oui pourquoi ?
- Sûr ?
- Tain le métro est bondé, comme d'hab !

- Sûr sûr ?

- Au top !

- …

- Aussi sûr que ce bar sert de la bonne pisse.

- Guar ?

- Dommage que Gallia se prenne pour le Dieu argent. Tu savais, toi, qu'ils venaient de passer sous pavillon d'Heineken ?

- Non... Mais... c'est pas possible là, Guar. Ça va ?

- Bah ouaip ! Je te laisse je vais en boite.

- t'es, t'es où là ? Tu fais quoi ?



Je t'appelle !



...

- JE SUIS EN BOITE JPEUX PAS TE PAAAAARLER

...



...

- dsl jpeux pas te parler y'a trop de bruiittt ; Le dj assure graaaaaaaave !

Confinement jour 7 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

23 mars 2020, fin de ce papier toilette. Je laisse le carton par terre, on ne sait jamais. Le carton, d’après le tout-internet c’est potentiellement coronacontaminant jusqu’à 24 heures.
Expérience n°1. Combien de temps faut-il à un célibataire de 37 ans pour utiliser trois rouleaux de papier toilette ?

Aller courir plutôt que de méditer dessus toute une demi-journée, et ne pas oublier de méditer sur l’horoscope du Gorafi de ce matin. Faire gaffe. Ne pas faire comme hier, ne pas entrer dans le parc de la Courneuve malgré l’interdit. Je me l’interdis ! Les horoscopes, finalement, je crois que j’y crois.

Vierge : Vous vous ferez arrêter par des agents de police ripoux. Vous leur sortirez votre autorisation de sortie mais ils la déchireront et vous diront « quelle autorisation de sortie ? » avec un accent mafieux. Vous devrez payer 135 euros d’amende, en cash, qu’ils mettront directement dans leur poche. »

Je pense donc je suis. Je pense que mon expérience n°1 fait suite aux recommandations de Maitre Tesson, et l’on a pas tous les jours les disciples que l’on mérite, pauvre Monsieur Tesson. “La seule manière de ne pas succomber dans l’effondrement général, et le seul sur lequel on peut intervenir, c’est l’effondrement de soi-même. Ce que j’ai découvert c’est que la seule chose qu’on puisse faire c’est de ne pas engager une lutte contre le temps ; la guerre arithmétique contre les secondes qui passent, si on fait cela on est écrasé.”

Une pétition qui tourne. Covid-19, les avortements ne peuvent attendre ! Pour une loi d’urgence !

Un médecin de l’hôpital Pompidou, sinon, ce matin à mon réveil, disait l’aberration de vouloir interdire qui fait son jogging en solo dans la rue. Je l’aime bien lui, j’le connais pas mais j’l’aime bien. Ou L’égoïsme selon célibataires confinés.
Puis je ne courrai qu’avec Thomas Fersen à mes côtés. Et Raggasonic. Je ne sais pas. En ce début de course à pied Je Ne Sais Pas
Comment la vie sera
D’ici quelques années (hééé)
Je peux que voir
Et je ne peux que constater
Comme je peux espérer (hééé) man, que la vie sera mieux…
Et euh en fait ça se confirme je ne crois pas en les horoscopes, puisque ce tour que je m’étais interdit. Mais bon, hein, l’est beau ce parc, encore plus quand il est désert, me donne raison. Les lapins de garenne aussi, qui gambadent, tranquilles. Moi, un peu moins, la peur du gendarme.

Bientôt 20 heures, l’heure de la messe de l’humanisme qui ne fait pas de mal aux mains, et même qu’elle fait du bien au cœur. Vite, baisser le feu, ouvrir la fenêtre et aller appl… putain ! Qui m’appelle à cette heure ? (désormais sacrée) Ah ! Comme un signe ! C’est la fin ! C’est la fin ! C’est mon allergologue !!!!

Ce soir, j’ai l’esprit clair, j’ai l’impression de reprendre mes esprits et pourtant youtube me propose une vidéo de Daniel Rabier et je… ça me fait rire.

Confinement jour 8 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Un mainate qu’a tout l’air d’un corbeau est à ma fenêtre. Il veut quoi, picorer ?

Je souhaite un bon anniversaire à un déserteur, de ces déserteurs qui font honte à la France, qui n’ont aucune honte à contaminer les villages du Nord, les plages de l’Ouest.

Le soleil prépare sa nuit.

Le soleil prépare sa nuit quand un camion s’arrête brusquement et dépose un type devant l’hôpital Delafontaine. Ce type, j’le connais. Il tendra la main aux voitures passantes, avant de rejoindre une chambre de l’hôpital. Ce type, lui et l’association Neptune m’avaient aidé à vider l’appartement de ma mère il y a quoi, quatre ans. Quatre ans et demi.

Pfiou.

Ça passe le temps…

Ce jour mardi 24 mars 2020, Uderzo est mort.

Pffou…

Comme par hasard ce soir c’est avec Noémie (et même sa mère) que je voudrais être pour applaudir à la fenêtre. J’y pense. Personne n’applaudit, je lance les applaudissements. Ça prend, mais moins qu’hier.

Et Farandole poétique.

Stylo en main
 Ou balayage d'exactitude ; que dis-je : souris pour office de plume
 Et
 Pom - Pom... Pom pom.. pom... somment « eyes » !!! 
 Joyeux fouillis, tri fouillis, à Fouillitri, fouiououille.
 Huitième jour.
 Au dixième, parait que ça prend sur le système.
 Ouf. 
 Esprit.
 Calendrier.
 Esprit. 

  

Demain, avec ou plutôt sans Déborah et Noémie ça fera sept mois. Ça passe, le temps…

Ça passe…

La colère passera, la colère passera allez…

La tristesse s’est bien dissipée, alors…

Christophe André, rediffusion de Grand bien vous fasse. Je suis sur le trône et Christophe André démarre sa méditation radiophonique. « Faites bien attention aux sons ».

La méditation, c’est bien. Ça aide à descendre toute la merde qu’on a en nous.

Poésie.

Poésie.

Confinement jour 9 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

« Tout de suite, en duo, la chanson de Philippe Katherine et Edwy Plenel… » (Edwy Plenel ??? C’est moi ou j’ai l’oreille coronavirée ?)

Salut à toi,

Après une livraison très matinale d’un premier fournisseur réceptionnée
par Catherine et Jean-Claude nous avons avec Françoise et Adrian eu
l’arrivée de la commande AZADE.

Voici le témoignage du livreur.

Le responsable d’AZADE a envoyé un message à l’ensemble des clients afin
qu’ils fassent attention à bien traiter les livreurs. En effet ce
transporteur livrant également des EPHAD les livreurs ont interdiction
de rentrer dans les commerces qu’ils livrent pour ne pas mettre en
danger ces îlots de personnes âgées vulnérables.

Nous avons aussi appris que si certains produits n’arrivent pas c’est
parce qu’AZADE met en quarantaine les produits pendant 72h pour éviter
toute propagation dans leur réseau de distribution.

Cependant les clients restant des clients ils gardent leurs habitudes en
tentant de forcer les livreurs à amener les marchandises jusqu’à
l’intérieur des hangars ou des commerces. Lorsque les livreurs refusent
ils se prennent des bordées d’injures quand ce n’est pas un seau d’eau à
la gueule… le livreur de ce matin a failli en venir aux mains avec un
des clients.

Juste la semaine dernière il a travaillé 52 h, dimanche y compris avec
appel au dernier moment pour livrer. Sur les aires d’autoroute tout à
augmenté pour les chauffeurs parce qu’il faut désinfecter après leur
passage :
* 2 € pour utiliser des toilettes
* 6 € pour prendre une douche
* affichage sur les machines à café interdisant aux chauffeurs d’en
faire usage
* retrait des micro-ondes qui servent à réchauffer les gamelles

Un de ses collègues s’est fait agressé à la barre de fer pour lui voler
une palette d’eau minérale… il a exercé son droit de retrait.

Heureusement il y a aussi des fois des réactions plus humaines comme la
fois où achetant en vitesse de quoi manger le midi il se retrouve avec
des files immenses à la caisse du supermarché… que faire ? Il se
risque alors à expliquer à voix haute sa situation de transporteur
alimentaires… tout le monde l’a laissé passé en étant reconnaissant de
son travail indispensable.

———-

C’était le bref aperçu d’une semaine de confinement de ces travailleurs
invisibles au même titre que les caissières si on se limite à
l’alimentaire. Ces personnes sont tenues de continuer à travailler coûte
que coûte. Et c’est sans compter que Pénicaud veut permettre aux
entreprises de faire travailler les salariè.e.s jusqu’à 60h…

Je m’arrête là et j’espère que nous continuerons à bien traiter les
livreurs après le confinement, comme maintenant et comme avant. Même
lorsqu’ils ont un peu de retard… leur temps n’est pas moins précieux
que le notre. Puisse au moins cette pandémie nous aider à tuer le client
qui est en nous.

John

En effet c’est inquiétant c’était : « tout de suite, en duo, la chanson de Philippe Katherine et Julien Clerc. »

Confinement jour 10 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Le petit abécédaire farfelu. Aujourd’hui, la lettre T.

Termite : état de ce qui est stationnaire. Exemple : ça va, tu termites bientôt ?
Expression rendue populaire par Emil Cioran, ex : « rongé par la culpabilité, confronté à un contrat de conscience qui le reliait à sa terre-mère, Cioran crut bon de vite en termiter avec sa boite de lexomil. » (extraits de « Plus belle la vie d’écrivain », aux éditions Par-dessus La fenêtre)

Thérèse : état d’ébrieveté avancé en compagnie d’un/e ami/e. Exemple : Thérèse pas z’avec moi ?

Térébenthinê: enterrer sous terre la mémoire d’un être illustre et vaseux. Expression populaire apparue à Vichy au 20ème siècle sous Mitterrand Ier. Du vieux françois : Enterrer bottine et chapeau.

Tricot. Verbe, adjectif, adverbe, digestif, 2ème personne du singulier, tout ça tout ça. Exemple : hé bé ! T’es tricot. C’est depuis tes problèmes de vue ?

Bon.

Je m’occupe. Je m’amuse comme je peux.

*ding* (un email)

Hello tous, maintenant on a besoin de télécommande.
L hôpital offre la télé à tous mais on a peu de télécommande, car les familles les embarquaient on en a 50 pour 500 lits.
Ce qui marche c est télécommande universelles ou Samsung.
Les appli télécommande me dit notre référent ne marcheraient pas. Donc si vos réseaux pouvaient en trouver et nous les apporter à l entrée de l hôpital ce serait bien. On aurait besoin d une centaine
Merci
Ici c est un peu speed.
Isabelle

Les masques en tissu c est très bien tant que vous ne faites pas de gestes invasifs et 1 m ça suffit le virus est lourd et tombe

Aller courir.

Mon défi de ce confinement : chaque jour aller courir.

Confinement jour 11 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Si je ne me trompe pas c’est bien ce qu’Il avait dit le soir de l’annonce, « lisez, échangez, revenez aux choses essentielles… » Entre les lignes, au-delà des lignes j’y ai lu un « tiret », j’y lis un « vous ». Qui nous dit qu’il ne l’espère pas, qu’il ne veut pas de ça, au fond, au fond de lui ? Je crois en l’inconscient des hommes. Je crois à toutes ces machines qui s’efforcent de rester machines, tant elles (ne) veulent demeurer (machines) autre chose. Autre chose, l’important c’est de faire autre chose… Le texte de Stig Dagerman, ce magnifique texte qui débute, mais au fond demeure, se termine comme il s’est prolongé tout du long par : « c’est-à-dire une raison de vivre ».

Il fait beau ce matin.

Il faisait beau ces derniers matins.

Je regarde mes voisins profiter de leur enfant dans la cour et je me demande, je pense à cette auditrice de France Inter dire il y a quelques jours, dire « être en temps général quelqu’un de très active dans la vie » et craindre de prendre goût… à ce rythme. « Ça me plait. » « Ça me plait terriblement ».

Le monde se rend compte que le monde, finalement, ne s’arrête pas de tourner. Les habitudes oui, peut-être. Et c’est plutôt pas si mal comme ça la vie en télétravail…

Autre phrase qui fait un malheur dans les chaumières comme sur les ondes et la Toile, celle de Pascal : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. »

Vivons-nous là aussi la transition, la grande transition. Le chaos résistant  d’après-metoo, mais le chaos qui sera enfin terrassé, dépassé, chaos.

Pour le moment, 30% de violences conjugales en plus.

« Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. »

Le printemps mondial est là. Nous ne l’avions pas vu venir, il est là. Il est là, sous nos masques.

Organisez, organisez, philosophes, humanistes, pleines lumières, le monde est là, à nous, à vous, le monde est dans le demain.

Nous pensions être simplement dans la merde, nous nous rendons compte qu’un avenir n’est pas simplement possible, mais se dessine, l’on y aperçoit les traits qui se tracent, seuls, en autonomie, un avenir plus que possible, bien meilleur, derrière les souffrances, derrière ce que nous endurons et allons encore endurer il y a… Nous sommes dans le chaos de la construction.

« Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. »

(« autre chose… » « soit fait pour autre chose » « l’important est qu’il fasse autre chose… »)

« L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création… »

Et si je m’essayais au haïku ?

Du haut de La Courneuve, 400 hectares contemplent

Du haut de la cour vide, un enfant rit

L’horizon aussi

La vie sent

C’est joli, une cour au cœur rempli

*ding*

Aïcha I. était déléguée syndicale et animatrice de sa section CGT dans le groupe Carrefour, où règne maltraitance et exploitation. Groupe Carrefour où les employé-es ont dû se mettre en droit de retrait contre la mise en danger des salarié-es, et l’absence de matériel de protection. Groupe Carrefour dont les salarié-es sont avant tout des femmes.

Les femmes sont en première ligne de cette crise dans les hôpitaux, les EHPAD, les commerces et c’est en première ligne qu’on est le moins bien protégé. Les masques manquent, les lingettes désinfectantes et les gels hydroalcooliques ne sont pas en quantité suffisantes.

C’est en première ligne qu’on demande les plus lourds efforts. 60h de travail par semaine, c’est ce qu’impose aujourd’hui le gouvernement. Que va-t-on faire des enfants ? De la peur d’aller au boulot ? D’être contaminé-es ou de contaminer à notre tour nos proches ?

Le groupe Carrefour et l’État portent la responsabilité de la mort des salarié-es, qui n’ont pas été protégé-es et qui continuent de ne pas l’être car le créneau restera toujours pour eux : « les profits avant la vie ». Ils portent la responsabilité de la mort d’Aïcha I. Nous exigeons vérité et justice pour elle et toutes les autres. Les 1000 euros de prime annoncés sont dérisoires au regard des vies qui sont eu jeu !

Dans notre département, les femmes sont les plus exploitées des exploités, les plus mal payées des mal payés. Aide-soignantes, agentes d’entretien, assistantes-maternelle, vendeuses, quand on est une femme à Saint-Denis on est avant tout une travailleuses de ces secteurs aux paies minables, aux horaires infernaux et aux statuts précaires.

Les femmes ne doivent pas payer leur crise.

Nous exigeons la protection immédiate de tou-tes les salarié-es des secteurs indispensables et le retrait de la loi sur l’état d’urgence sanitaire qui va les tuer au travail. Nous exigeons la fermeture de tous les secteurs non indispensables et l’indemnisation de tou-tes les salarié-es, intérimaires, précaires, autoentrepreneuse-eurs.. Nous exigeons des mesures pour revaloriser de manièresubstantielle les salaires de tous les métiers à fortes composition féminine et qui sont pour la plupart des métiers indispensables à la vie de la population.

Nous appelons à soutenir la cagnotte en ligne lancée par les collègues d’Aïcha pour aider sa famille.

Nos droits, notre dignité et notre combat pour la justice ne seront jamais confinés. 

Les Dionysiennes, le vendredi 27 mars

Confinement jour 12 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Samedi matin.
Ça va pas ! Je m’y fais. Je m’y fais ! Je fredonne même de la musique, je cuisine… Ce confinement passé les deux trois premiers jours en fait c’est bath (enfin depuis que j’y ai trouvé mon rythme, et quelques challenges).

Ici, un spécimen de moins en moins rare. Par mesure-barrière de confinements, Le Guarius Stradivarius maisoùestucharlius influencus attend sagement devant le Carrefour du bobo dionysiobio.

« Nous vivons une vie à laquelle nous n’étions pas habitués et qui nous changera profondément. J’espère que cela nous changera tous, en commençant par le football. L’économie changera à tous les niveaux. Les droits TV auront une valeur moindre, les joueurs et entraîneurs gagneront beaucoup moins, les billets coûteront moins cher parce que les gens auront moins d’argent. Préparons-nous à une contraction générale. »

La reprise des compétitions n’est pas une priorité pour le technicien italien  : « D’abord la santé, tout le reste est secondaire. Klopp (l’entraîneur de Liverpool) m’a dit qu’avoir disputé Liverpool-Atlético de Madrid(2-3 a.p., le 11 mars en 8es de finale retour de la Ligue des champions) dans ces conditions était un acte criminel. Le football est la dernière de me préoccupations, si on peut finir la saison, c’est bien, sinon, amen. Ce sont des conneries de dire qu’il faudra trois semaines de préparation. C’est une blague. La préparation est un faux mythe. L’été, après huit jours, on est déjà en voyage en Orient ou aux États-Unis. On s’entraîne en jouant. L’important est que la date de reprise soit la même pour tous ».

L’ancien coach du PSG (2011-2013) a aussi fait part de sa vision du monde : « L’eau de la lagune de Venise n’a jamais été aussi claire et propre, l’air a changé, les rues vides sont spectaculaires, cela aurait été vraiment beau si ça ne dépendait pas de la pandémie, si le prix à payer n’était pas la vie brisée de milliers de personnes. C’est une sorte de rébellion de la Terre contre l’Homme. Et si internet explose aussi, on a réussi. Fini l’esclavage des smartphones, et retour aux rapports personnels ».

tyson10 – aujourd’hui à 13h10 – Meilleur article ! Bravo entraîneur ! Très lucide , la nature révie , le plus grand prédateur est obligé de se confinées .

Samedi soir.

C’est donc lui. Je sais désormais ce qu’est un pangolin. Et révolution intérieure à l’intérieur de mon portable. Je viens de rentrer dans le 21ème siècle juste avant la fin du monde.

« C’est marrant que tu te décides à installer une appli GPS quand on peut plus bouger ! »

Confinement jour 13 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

«…atrick Devedjian est mort. »

La radio a changé d’heure, pas les nouvelles. Se lever, gros caca rien de nouveau. Le vice la messe qui démarre au même instant. « Et que les applaudissements du monde apportent l’espoir… »
Marie et Marthe rendent hommage à Lazare. Ou inversement. Nous sommes dimanche matin et je viens d’écouter une messe. Nous étions samedi soir et je suis entré dans le 21ème siècle du connecté. Y’a des choses qui débloquent l’air de rien, à minima qui bougent.

Bref Dans cet étrange voyage immobile que nous avons commencé ensemble, vous avez fait vivre les objets qui vous entourent (atelier 1), imaginé un voyage minuscule à partir de votre dehors immédiat (atelier 2), tripatouillé dans la matière des mots (atelier 3), flirté avec l’instantané sensoriel d’un arrêt sur perception (atelier 4, haïkus)
Je vous propose de poursuivre votre exploration proche et immédiate, en prenant en compte votre sujet princi… cave ? La cave non ? Encore un dimanche où j’étais parti pour pas grand-chose, et où deux heures sont passées, un combat, entre la cave et moi.

Épuisant.

Une sieste tel Alexandre le Bienheureux. Et patience. Patience !!! Un an et demi. https://www.youtube.com/watch?v=3bl6DQ7VUlY

Et pas trop ! https://www.youtube.com/watch?v=XrM5fFX34WU

Et plus de https://www.youtube.com/watch?v=4nlwZGDIl6w

E N F I N… https://www.dailymotion.com/video/x1jwk0

Je suis l’inconscient des hommes
Je suis l’inconscient des barbares
Je suis les fatigue-machines
Je suis de cet autre chose, de ces raison de vivre
Dans nos bibliothèques Je suis
la poussière évapore
Et encore…
Et encore.
Je suis poussière de mort.
Je suis l’espoir.
Je suis l’inconscient des hommes…
Je suis l’inconscient des ho… vous ai-je dit ?
L’inconsciente fatigue
Fatigue de barbares dirigeants
Dirigeables
Je suis le frein
Je suis dans l’air
Beau de jour
Je suis nuit des derniers matins
Je suis malheur de chambre
Je suis, tout à l’heure, Malher
Je suis debout, je suis jaune, je suis me too
Je suis le chaos terrassé je suis, à terrasser, encore à terrasser, toujours, toujours !
Je suis Aragon d’esprit, peu gascon au lit
Un peu à côté aussi, faut bien dire…
Je suis là.
Je suis là !
Vous ne m’aviez pas vu venir, à peine m’aviez-vous senti
Sous nos masques, tous nos masques !
Je suis brillants, humanistes, lumières, philosophes
Je suis et vous êtes l’organisation
Je suis bordélique oui, c’est vrai
Je suis foutrement à organiser
Organisez, organisez, moi
Je suis le monde
est là
à Nous
à Vous
Je suis de demain
Je suis
Je suis
Je serai
Je suis…
Je suis ce monde
Hier qui nous pensais merde
Grosses merdes
Je suis dessin et pas que possible
Dessein qui se dessine
Je suis derrière, je ne me cache plus ! nos souffrances…
Devant ce que nous endurons, et allons endurer
Je suis chaos dans la maison
Je suis approvisionneur de machines
Je suis d’autre chose, donc
à construire
Je suis rien, je suis tout
Je suis nous, je suis né
Je suis demain
Je suis la vie
Je suis la mort
Je suis printemps mondial

Confinement jour 14 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Conseil pour choisir votre entrée : accordez-vous au moins une minute d’intériorité pour chaque piste proposée. Petit confort si possible, douillet, chaud (parce qu’il fait bigrement froid aujourd’hui). Et rêvez au plafond ou à la fenêtre en faisant tourner le début de poème comme un bonbec dans la bouche (si vous aimez les bonbecs) ou comme une gorgée de vin à grumeler (si vous aimez le vin), ou tout autre chose que dans la vie vous goûtez en connaisseur connaisseuse. Et puis retenez la piste qui vous a laissé le plus de sensations…

C’est parti : 

Il lui a dit :
Tes baisers, tu m’en feras cent lignes…
Laure Anders, Cent lignes à un amant, La boucherie littéraire, 2018

Une minute plus tard l’inspiration, la grande inspiration.

Tu fais quoi ?
Il lui a dit : Je fais mes vitres…

non.
C’est pas ça.

Il lui a dit :
Tes baisers, tu m’en feras cent lignes…

C’est ça, voilà.

Il lui a dit :
Tes baisers, tu m’en feras cent lignes…

Elle lui a dit :
Marre de faire les cent pas
Baise-moi.

Euh…

Alors, par l’odeur alléchée le…
non.

Pas ça non plus.

Il lui a dit :
Mais t’es qui toi, depuis quand une vitre me parle ?

Elle a dit :
Euh, j’sais pas.

Ou le mal
Ou le manque
De fièvres.

Il lui a dit…

Elle lui a dit…

Et ils dirent ensemble, en cœur, CORO, CORO… ON T’EN…

On t’embrasse pas.

Ah non on ne t’embrasse pas.

Confinement jour 15 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Aïe. Mon mollet vient de me dire « merde ! fous-moi la paix ». Dix minutes de petite foulée et claquage, petit mais assez gros pour devoir m’arrêter. La marche jusqu’au lac artificiel (pourtant à 100 mètres) m’est douloureuse, aller travailler la douleur aux côtes des oies bernaches.

Méditation sur fond de vent frais et Jon Kabat-Zinn dans l’inconscient. J’écouterai « Méditation du Lac » plus tard, quand j’aurai repris le chemin du bruit non harmonieux oui voilà je l’écouterai pour la énième fois plus tard. Pas là. J’écoute le vent, les oies, comme j’écoute depuis quinze jours, au pas de course, le bruit des feuilles, des canards, de la poule d’eau, du bruant des roseaux, des hérons, des cygnes, des crapauds (crôa), (je crôa) des pies, des pommes de pins…

Hier soir déjà, je sentais bien que le corps m’indiquait sa fatigue. Avant-hier, pire c’est comme s’il m’envoyait des signaux – indolores peut-être, mais je les sentais tout de même arriver, ces signaux. Reprendre la course c’est bien, l’enchainer quinze jours de suite après des mois sans aucune activité physique, forcément…

Et dire que je m’étais promis d’y aller mollo aujourd’hui, et dire que je me l’étais promis hier…

Hier, la grosse fatigue, alors que je venais à l’instant de sortir, prêt à courir, je l’avais mise sur le compte de ce sms, ma cheffe m’apprenant pour son père en réanimation, son état s’étant dégradé dans l’après-midi, ce lundi, admis depuis vendredi soir… quatre jours à peine et… putain de covid-19.

Je mis vingt minutes à lui répondre quelque chose, statique, dans le froid, je ne savais pas quoi lui répondre. Alors je répondis travail. Et bon courage. « Avec tout mon soutien ». Comme quoi, je garde un bruit brin d’humain, et même avec qui décida de recruter l’aidant-chômeur pour en faire sa « pâte à modeler ».

« Son état s’est dégradé cet apm. Je ne suis pas très optimiste. Et je suis très en colère : il a eu un comportement inconscient en allant tenir un bureau de vote le 1er tour. »

Je ne réponds rien, j’ai envie de lui répondre que la colère ne sert à rien en pareilles circonstances, et puis qu’elle viendra bien assez tôt. C’est comme les petites misères, c’est comme la rancœur : ça vous bouffe de l’intérieur et c’est tout. Ça ne sert qu’à vous bouffer encore plus de l’intérieur.
La colère envers un mort, c’est pire. Cette colère ne vous sert pas non plus, et puis elle vient bien trop tard. Elle vient et elle vous broie en vous, en colère envers vous, et c’est trop tard, trop tard, trop tard.

Ajoutez-y une petite fille qui me manque terriblement, une mère qui n’est plus donc une famille dépeuplée, une ex que je pleure en rages, et vous ne me croirez pas si j’vous dis que je m’y fais bien et même très bien, à ce confinement. Je me sens bien oui, depuis plusieurs jours.

Puis y’a lequipe.fr, c’est bien, lequipe.fr, pour s’aérer le crâne. Quoique ces derniers temps… même sur un site de foot… PAPE DIOUF EST MORT. « Après avoir contracté le coronavirus chez lui, au Sénégal, il devait être rapatrié dans la nuit en France. Mais » etc..

Confinement jour 16 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

L’e-mail de 10h30 : mort du père de ma cheffe.
Je répondrai plus tard.

Travailler.

Mes post-it postés depuis le début du confinement dessous mon écran sont avec moi. Inconsciemment, ils travaillent en moi, j’en suis certain, Je suis serein, Tout va bien, Je me sens bien, Je suis dans l’apaisement.

Je suis sur le chemin, du moins.

Je vais bien, je ne serai pas porteur sain ! Mon corps mon âme et mon esprit font barrière. Au-dessus, au-dessus je suis au-dessus et je suis solide…

J’appelle mon allergologue, mes produits ne sont toujours pas prêts. La Poste et le confinement la raison semble évidente. Déjà, quand je m’étais renseigné pour envoyer un colis à ma belle-fille, ma Poste venait de tirer le rideau. Jusqu’à nouvel ordre. Pour mon allergologue, « si ça ne se débloque pas rapidement, on sera obligés d’arrêter le traitement, je suis désolée. Ah si vous voyiez ma boite aux lettres monsieur ! Elle déborde. » J’en profite pour faire une demande de cure thermale, paraît que j’y ai droit selon ma tante (« pour soigner tes sinusites chroniques »), mon allergologue le confirme.

Quant à mon dentiste, le cabinet toujours fermé. J’ai mal. J’ai beau être plutôt matinal, télétravail oblige, j’ai mal.

15h. Je tourne sur internet pour tenter d’y trouver un message de condoléances, mais pas un qui me convienne, trop excessifs, j’opte pour le mien sans trop savoir si je ne frôle pas la maladresse.

15h36. « Nina, toutes mes condoléances. Je pense à toi et te souhaite force et courage. Guar »

« La Poste ne distribue plus le courrier que 3 jours par semaine » (ah bah oui en effet tout s’explique) (fucking virus) (fucking désensibilisation qui ne supporte pas de pause dans le traitement)

17h05. « Cela fait bientôt deux décennies que Damasio le martèle : la technologie ne remplace rien – ni les embrassades ni la chaleur humaine –, elle simule. »

17h15. Cheffe m’appelle. Au ralenti, forcément. Voix d’outre-trombe. Elle me parle de cette horreur de faire son deuil sans le voir, sans même voir, prendre dans les bras la famille, les proches… Je ne sais quoi lui dire alors je ne dis rien, et quand un nouveau silence s’abat dans la conversation, je dis là encore que je comprends, combien c’est difficile, elle semble vouloir parler, je la laisse parler. Compassion. « Ça va être horrible, l’incinération n’a lieu que mercredi prochain, attendre ça va être horrible… Et on ne pourra même pas prendre les gens dans les bras. Nous sommes interdits à l’incinération, et pour le cimetière c’est limité à dix personnes. Lui qui était tellement aimé, qui avait tellement de connaissances, ils auraient été nombreux à venir… »

Bonsoir à tou.te.s,
Pour information, la police est venue suite à une plainte de voisinage. C’est la seconde fois qu’ils viennent depuis le début du confinement. 

Nous étions une vingtaine à l’extérieur à discuter. 

La police nous a fait comprendre qu’il fallait faire la queue et qu’on ne s’éternise pas dehors. Il y aurait des conséquences pour la prochaine fois. Et surtout pas de bière à l’extérieur du local. Ils préféreraient que l’on fasse la distribution à l’intérieur. Je suis de permanence donc je leur ai expliqué ce qu’on faisait là mais ils vont devoir faire un rapport. J’ai donné mon identité et mon numéro de téléphone car ils me l’ont demandé. Pour les prochaines permanences, il va falloir faire plus attention. 

Nous étions trop éparpillés dehors.

Ce message est juste à titre d’information, aucune polémique. 

Merde ! Mon frère m’apprend que certaines huiles essentielles sont déconseillées contre le covid. En me renseignant, en effet, parait que la gaulthérie couchée l’est particulièrement. Fuck, c’est ce que je mets depuis mon mollet fatigué d’hier. Prendre un bain alors. Et n’en rester qu’au romarin et à la pommade au chanvre périmée. Coro, Coro, On t’en… On t’embrasse pas.

Ah non on ne t’embrasse pas.

C’est une très vaste question en vérité. Épineuse aussi. Mon impression est qu’on mobilise face à cette pandémie les trois techniques décrites par Michel Foucault dans Surveiller et Punir (1975) pour affronter la peste, la lèpre et la variole, et qu’on les applique «en même temps». Le gouvernement nous refile tout le combo, en vrac. La première est la biopolitique des territoires et des populations gérées à base de statistiques, utilisées contre la variole –avec en prime, et en toute modernité numérique, un suivi rétroactif ou temps réel des déplacements par identification et tracking des portables. S’y ajoutent les pratiques propres à la lèpre : l’exclusion clôture (les personnes âgées des Ehpad sont coupées du monde et assignées à mourir seules, on rêve d’exclure des îles les Parisiens qui osent colporter leur viralité supposée, on retranche les malades, etc.). Enfin, on voit l’individualisation forcenée comme face à la peste, avec assignation de chacun à son trou à rats, contrôle et sanction très rigoureuse des moindres déplacements, quadrillage féroce de l’espace urbain…

On touche ici à ce rêve politique magnifiquement décrit par Foucault pour la peste : «Partages stricts ; […] pénétration du règlement jusque dans les plus fins détails de l’existence et par l’intermédiaire d’une hiérarchie complète qui assure le fonctionnement capillaire du pouvoir ; […] assignation à chacun de son “vrai” nom, de sa “vraie” place, de son “vrai” corps et de la “vraie” maladie. La peste [le Covid?] comme forme à la fois réelle et imaginaire du désordre a pour corrélatif médical et politique la discipline. Derrière les dispositifs disciplinaires, se lit la hantise des “contagions”, de la peste, des révoltes, des crimes, du vagabondage, des désertions, des gens qui apparaissent et disparaissent, vivent et meurent dans le désordre.»

Je ne vais pas tarder à aller me coucher et… ah bah nan. Fabienne n’était pas obligée de m’envoyer cette vidéo. Pour la peine, pleurer de rire. Ou https://www.youtube.com/watch?v=rEjvRktXeis versus https://fr-fr.facebook.com/LeGrandMix/posts/10156671797946843/

Confinement jour 17 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Travail, travail, travail. Je m’inquiète des fois.

***

Certains diront que cette saison comporte deux saisons (2x15jours). Oui mais voilà, la seconde était tellement prévisible que les producteurs ont décidés de les rassembler, et de se concentrer sur les saisons à venir. « Abracadabrantesque » qu’il parait, cette saison II. « Je décide, ils exécutent… » aurait même annoncé le producteur exéclusif, à propos des consommateurs, sans trop spoiler (« le consommateur n’aime pas trop ça »). « Notre travail : lui indiquer le chemin et qu’il y aille, tout seul, comme un grand… »

***

Confinement jour parallèle 17 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Mais la discipline n’est-elle pas souhaitable pour enrayer la propagation d’un virus qui fait mourir et déstabilise dangereusement les systèmes de santé ?

Est-ce que ces pratiques ultra-disciplinaires, couronnées par un «état d’urgence sanitaire», sanctifiées d’un plan «Résilience» qui vient doubler le plan «Sentinelle» et les vigipirateries existantes, et enfin tartinées d’une flopée d’ordonnances prises dans la pseudo-panique bien comprise pour se donner avant tout les mains libres, sont nécessaires pour contenir la pandémie ?

Utiles sans doute. Indispensables ?

Absolument pas. Et j’ai envie de répondre par une autre question : est-ce que les lois antiterroristes, qui ont ouvert, depuis Sarkozy, un continuum de régression drastique de nos libertés (d’échanger sans être tracé, de se déplacer, de manifester, d’exprimer des opinions jugées dangereuses, etc.), au nom d’une urgence supposée de la menace, ont été abolies depuis ? Allez, amendées ? Disons restreintes ? D’aucune façon. Est-ce que l’alibi des prétendues violences des gilets jaunes, aboutissant à un recul hallucinant de nos usages démocratiques, a été reconsidéré depuis ? Vous avez la réponse. Donc, méfiance ici. Haute méfiance pour la suite. L’après-Covid.

La stupeur initie la peur – qui mute vite en torpeur. Or ces mesures doivent allumer une petite lampe rouge dans nos têtes.

Contrairement à beaucoup de monde, je crois qu’il faut faire confiance aux gens et à leur humanité native. Confiance à leur intelligence des situations. Les abrutis et les inconscients sont une infime minorité. Les gens s’informent, comprennent, agissent, se respectent. Après avoir frappé, blessé et mutilé des milliers de personnes en 2019, la police n’a pas à déterminer en 2020 qui peut sortir, qui peut bouger, jusqu’où et comment. Elle n’a pas à être le bras armé d’une incompétence sanitaire massive. C’est donc à nous de nous organiser, d’activer nos solidarités, de soutenir nos soignants, de décider ce que devra être notre santé demain. Demain ? Dans six semaines environ. Et ce sera à nous de covider alors, tous ensemble, celui qui prétend être notre «Coronapoléon fantoche». J’ai hâte, pas vous ?

(ce Damasio me donne envie de le lire de le suivre)

Moins ample, moins intense, bien moins engageant, ce qui peut aussi s’avérer hautement confortable, car ce que tout rapport à l’autre peut présenter de dérangeant est filtré par ce «technococon». Des études ont montré que dans un échange en face-à-face, 70 % de ce qui passe de l’un à l’autre relèvent du non-verbal. Ce qui signifie en creux qu’un échange par texto, par chat, sur un fil de conversation ou par courriel transmet à peine un tiers de ce qu’un dialogue véritable peut faire passer. Il y manque les sourires, les mimiques, les inflexions d’une voix, le charme, la tension. On peut rétorquer que les applis vidéo compensent une partie de ce manque ; mais la vidéo ruine aussi les trois dimensions, aplatit les visages, altère la voix, élimine les parfums, le toucher, la chaleur, sup- prime le magnétisme d’une présence. On se comporte comme si le fait de pouvoir véhiculer le contenu informatif de l’échange suffisait à assurer l’échange, peu ou prou. Et, au fond, à le remplacer. Mais la techno ne remplace rien : elle simule. Elle opère la simulation d’une relation par des artefacts numériques, simulation auquel notre cerveau s’efforce de croire et dont nous lui demandons de compenser la carence physique. Ce qui reste n’est pas vide, bien sûr, n’est pas toujours déceptif. Mais cela ne prend souvent sens et épaisseur que parce qu’on connaît déjà très bien, dans le monde réel, la personne avec laquelle on échange, et parce qu’on habite et remplit, par cette présence mémorisée, la froideur des mots échangés ou la platitude de l’image qui s’agite mollement sur l’écran.

Les appels nous permettent-ils pas tout de même de garder le lien avec nos proches, et ne nous procurent-ils pas de la joie ?

Ce manque de rapport incarné, on le ressent encore peu, je pense, parce que le confinement n’a que deux semaines. Il va être intéressant d’éprouver ce manque dans la durée, sentir les amis dont l’absence fera des trous dans nos cœurs, le frère ou la sœur en creux, les parents trop fantomatiques. Toutes ces présences qui nous étaient si familières, si bien ancrées, mais qu’aucun Skype ne va compenser vraiment. Le philosophe argentin Miguel Benasayag dit une chose très belle sur l’absence et sa conjuration foireuse par le téléphone portable : que seule l’absence véritable et assumée nous permet de reconstruire l’autre en nous, de le faire à nouveau exister dans sa plénitude. La fausse fusion distanciée des applis visuelles salit ça, l’interdit même, un peu comme la vidéo d’un anniversaire cristallise en faux ce qui reste et finit au fond par parasiter le vrai souvenir organique du moment.

Mais je comprends qu’il faille être pragmatique en ces temps confinés ! Sans les réseaux, les quarantaines seraient féroces et même vertigineuses dans leur silence social. L’isolement 2020 est allégé par la circulation des infos, des blagues, des mèmes, des coucous sympas. La vitesse lumière nous donne une sensation de fulgurance, de ping-pong ultra-réactif, tout part et revient vite, on se vit urbi et orbi, et cette fluidité de circulation spirituelle nous sauve et nous émancipe un peu de nos corps bloqués.

(1ère résolution de ma vie post-confinement. Après Inland, après À la recherche du temps perdu, lire Damiaso)

L’écrivain Serge Lehman a dit un jour que la science-fiction était l’art de réifier la métaphore. On y est : la métaphore est devenue réelle, et on vit à l’intérieur. Ça sonne comme un crash-test de nos capacités à vivre par techno-procuration. Un nombre incroyable de récits SF sont fondés sur ce paradigme presque usé : isolement imposé, huis-clos abyssal, prisons high-tech, monades urbaines, corps immobilisés et fixité physique – le tout conjuré par la mobilité simulée et quasi infinie des réseaux, l’empuissantement psychique des interfaces, la virtualité libératrice et piégeuse à la fois.

On mesure parfois mal à quel point ces récits de libération par le virtuel ressortent d’un désir extrêmement ancien et puissant, peut-être aussi vieux que Sapiens : à savoir le désir de subvertir nos cadres ontologiques. Notre condition «platement» humaine. Une sorte d’antique désir d’être dieu. La virtualité offerte par le tout interfacé nous désincarcère de l’actualisé de nos vies. Vous n’êtes plus condamné au ici maintenant, hic et nunc : vous pouvez être everywhere anytime, partout le temps. Vous n’êtes plus assigné à un seul corps avec ses limites –la souffrance, la lenteur, la fatigue, le vieillissement, la mort: vous pouvez mourir et renaître, be respawn, être démultiplié, plus fort, plus rapide, outillé, transhumain.

Une virtualisation à laquelle nous nous accoutumons pourtant bien…
Notre cerveau est une fantastique intelligence artificielle de réalité augmentée qui s’accommode des simulations, même très imparfaites (coucou Minecraft) pour faire exister un monde habitable, «hantable» et y évoluer avec une certaine jouissance. L’interface, les écrans, les surfaces, les applis, les casques s’imposent comme des extensions de nos corps. La vitre de nos smartphones est devenue un empire qu’on manipule et caresse pour qu’il nous rende compte du monde à travers lui. En ce moment, en confinement, on touche à une forme d’acmé du tout interfacé. Et ça durera au moins deux mois. On va apprendre in vitro. On va découvrir ce que ça fait quand 90 % du temps éveillé est médié. Que l’interface remplace nos face-à-face à 95 %. Qu’est-ce qu’on devient ? Qu’est-ce que ça détruit et recompose ? Jusqu’où peut-on plonger dans la matrice sans aucun Morpheus pour nous en arracher ? On frôle doucement ce que les humains en couveuse de Matrix vivent. Sans besoin de machines totalitaires. La machine virale a suffi.

Ouais bah j’ai mal aux dents, j’ai mal aux dents, j’ai mal aux dents.

Confinement jour 18 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

M’en fous, je suis un fou, je continue z’avec mes huiles essentielles. Des renseignements pris hier soir m’ont rassuré, puis j’ai vraiment trop mal, mal aux dents presque autant qu’à la jambe, sauf que la jambe, c’est passager. Ma gouttière devenait urgente avant le confinement, c’est plus que jamais urgent. Romarin, arnica, gaulthérie couchée, bois de rose, gingembre, clou de girofles, j’fais l’inventaire au cas où, si l’on me retrouve sur mon lit de mort. J’ai par contre arrêté avec l’eucalyptus globuleux quotidien. Paranoïa quand tu nous tiens.

Deuxième jour sans être allé courir. Y a-t-il un rapport avec le fait – je ne savais pas que j’en avais l’envie – d’avoir écrit ce texte, les yeux déchirants de pensée entre deux haltères, écrit hier après-midi et dont le thème était « nuit » ?

Est-ce que tu l’aimes, d’abord, ce mot ? Est-ce qu’il y a des mots ou expressions qui lui sont associées ? Est-ce qu’il a pour toi une couleur, une saveur, un son, une texture, une odeur ? Est-ce qu’il t’évoque des souvenirs ?

Bref. Pour chaque mot, prends le temps de la minute d’exploration intérieure.

Et puis choisis ton mot préféré de la liste : celui pour lequel tu as été traversé.e par une explosion d’idées, d’images, de souvenirs, de sensations, d’associations.

À présent, je te propose de tenter de l’épuiser, ce mot.

C’est-à-dire que tu vas écrire autant de phrases possible qui font référence à ce mot, et qui, de préférence, le contiennent.

Je ne relis pas ou à peine ce que j’ai écrit, marre d’être embué à chaque début de relecture. Relire plutôt ce mail et les consignes de cet atelier d’improvisation en période de confinement, ce mail reçu la veille, et que je pensais avoir zappé, pas l’intention d’y répondre…

Un exemple emprunté à Thomas Vinau, poète contemporain (je ne t’en donne pas beaucoup, sinon, ça va “spoiler” ton écriture si tu as choisi d’écrire sur la nuit!).

Tentative d’épuisement de la nuit

(…)

 La nuit fait son nid

en plein jour

– La nuit

tout le monde se bat

mais contre qui ?

– La nuit chacun
amène sa pierre
à l’édifice du matérialisme
dialectique

– La nuit le monde

refroidit

– La nuit est le coffre

des odeurs enfouies

Confinement jour parallèle 18 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

PUTAIN !!!!!!!!!! J’ai quasiment plus de chocolat.

Confinement jour 19 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Au parc, posé tranquille à lire j’entends des flics à cheval crier contre un couple. « Quittez le parc !! le parc est fermé, quittez le parc ! ». Vite je cache mon livre. Fou ça, ce fait… ce réflexe de cacher un livre… Je me lève du banc et contourne (évidemment) le couple mais leur demande si ces gens à cheval sont bien des flics et non des gardes. « Non non ce sont des flics. Et vaut mieux partir, la femme va revenir et nous coller une amende vu comme elle m’a parlé faut partir, viens chéri on part, allez, mais si, allez… t’as vu comment elle m’a parlé !!! elle va vouloir se faire plaisir ! » Les gardes sont occupés avec deux jeunes et leurs chiens, tant mieux, na, ils m’avaient dérangé dans ma lecture. La femme travaille à Delafontaine, nous discutons, ils ont besoin de bénévoles. Je lui demande si depuis les annonces de Macron l’armée est venu les épauler pour la logistique. « Non ». Je sens monter encore la pression, mes devoirs. J’ai toujours pensé que certaines personnes, selon les circonstances, sont faites pour se consacrer au collectif, plus que d’autres je veux dire. Je fais malheureusement parti de cette catégorie. Je vis seul, je ne vois personne, je suis en bonne santé… Je déclare mes inquiétudes à côtoyer un lieu médical, mes inquiétudes aussi de tous ces cas de jeunes mal en point, ou carrément morts, y a t-il des jeunes à Delafontaine touchés ? « Pleins » (putain…) Pourtant elle me rassure, veut me rassurer ? « Vous aurez un masque, des gants… On a besoin de monde notamment à Casanova, y’a quasiment aucun bénévole à Casanova ! pour que les familles se connectent en webcam avec les malades. »

OK.

« Je vais y réfléchir. »

« Mais tu sais, j’suis pas forcément très connaisseur ! Tu vas me prendre pour un extraterrestre mais whatsapp par exemple, je m’y suis mis il y a seulement deux jours ! »

Elle me rassure là encore, rien de bien compliqué, y’a juste à connecter les tablettes tout ça… bref en effet je manque d’excuse parfaite.

Au tout début du confinement, je ne sais plus si je l’ai évoqué, je devais être bénévole à Delafontaine. Un mail passé sur la liste des amapiens de Saint-Denis m’avait fait craquer (non sans hésitation), et une partie de moi (la plus importante) fut très soulagée (et contente) que les horaires ne correspondent pas. Je m’étais proposé pour le week-end ou après 18 heures en semaine, il leur fallait du monde plus tôt dans la journée et en semaine (pour réceptionner les colis des familles et « épauler » les vigiles pour faire médiation avec les familles récalcitrantes) (tu parles d’une crise ! L’hôpital français en est réduit à faire appel à des corps de pigeon pour épauler des vigiles). Bref : vive le télétravail. L’excuse parfaite.

Cette fois-ci… Je sens que je ne vais pas y échapper. Foutue éducation sacrificielle. Chaque jour un peu plus j’entends la situation devenir hallucinante, des mails passés, des gens dans la rue… et moi qui passe mes journées à écrire des papiers inutiles pour les agents de la fonction publique. La vie, le sens… C’EST ÇA ??? Les agents de la fonction publique utiles, ils sont en bas de chez moi, et ils crèvent, ils crèvent à en crever de leur fatigue, ils crèvent même, à petit souffle.

Et ce que me disait un pote il y a quelques jours se confirme, si j’en crois Frédérique. Je lui dis mon étonnement de voir autant de masques dans les rues de Saint-Denis, puisque ce n’est semble-t-il pas le cas à Paris et autres. Des masques, ah ! ça ! à Saint-Denis c’est pas ce qu’i manque. A Delafontaine par contre, il manque tout un stock. « Il les revend dix euros on m’a dit. » Ce sont les bruits de couloirs. Un agent de l’hôpital. Un agent qui arrive pourtant à se regarder dans la glace tous les matins ? J’aimerais être devant lui et avoir les couilles de lui dire ça va ? tranquille ? Quand tu te laves les mains t’as pas l’impression de laver des mains pleines de sang ? Évidemment, mon courage s’arrête là où les autres n’ont pas arrêté de se muscler.

L’hôpital Casanova en plus pff… un vieil oncle y était passé. Il avait tout fait lui, la Syrie, la Turquie, le désert, des guerres, des opérations aussi, gueule cassée… Haïgaz : peace…

Ce matin, j’ai eu des nouvelles de sa femme, pour combien de temps en a-t-elle encore elle aussi ? Idem pour Ghislaine. Mais rassurant, même si c’est toujours l’enfer pour elle, dans son clos d’Arnouville qui pue la mort des Ehpad. Y’a plus d’activités, les repas sont désormais servis dans les chambres, mais au moins le personnel est bien équipé, masques, gants, charlotte, etc. Ça aussi fou de me relire. C’est ça d’être bien équipés ? En France ?

Ces histoires de masques… Cet après-midi je saluais une dame avec un masque coloré, « l’est joli votre masque, c’est du fait maison madame ? ». Elle me conseille de laver le mien à 90°, je pensais que 60° suffisait. La nana de Delafontaine par contre, pour elle peu importe… (putain !) « mais c’est plutôt efficace je pense »… (J’fais quoi moi… volontaire ? pas volontaire ? La nuit porte conseils parait-il, je ne doute pas non plus qu’elle me portera jusqu’à l’insomnie…)

Je disais plus tôt que, l’impression d’être devant une montagne. Je crois que la dernière fois que j’ai écrit ça – être devant une montagne – c’est quand j’ai appris que mon ex n’était plus célibataire. Les sensations sont bien sûrs très différentes, aucun vertige ni vacillement des jambes mais pff… la pression, la pression.

Je ne voudrais pas avoir à le regretter. Je pense à mon testament. Je pense à ce fait, l’air de rien, d’avoir indiqué à ce couple mes dernières volontés (encore des témoins supplémentaires s’il m’arrive quelque chose… mon corps à l’incinération et non plus à la science, merci journalistes pour cette enquête —> https://www.franceinter.fr/le-trafic-des-cranes-l-autre-scandale-de-paris-descartes ).

Plus tôt encore, quelques minutes avant de sortir en fait, de sortir avec un livre caché sous le manteau (aller expliquer que c’est un besoin de première nécessité à un flic…) m’a inspiré l’idée d’une nouvelle, que j’intitulerai Farhenheit 16°. Mais je n’irai pas plus loin que le titre.

La nuit sera courte. L’impression d’être devant une montagne que je ne visualise pas. La pression je sens. Dois-je ? Faut-il ? J’ai beau prendre ce virus de manière très sérieuse, ma naïveté m’a assez joué de tours dans ma vie, il ne faudrait pas que demain cette naïveté me tue. Ou tue mon/mes voisins.

La journée a tout de même été ensoleillée. Notamment à ma porte. Un mot, un dessin scotché c’est celui d’une enfant du 2ème qui « bonjour tout le monde je vous propose can le confinman çera fini de fêtêer le coronavirus a disparu vené à 16h. Merci ! . ? . cœur Dans le jardin aen bas 16h merci a tous de la part de la famille rocanbipbip ».

La nuit sera courte et il me reste vingt minutes pour être dans les temps, se mettre dans la peau d’un personnage un enfant (putain !…) pour l’atelier d’écriture. On s’aide comme on peut, que je disais encore hier à mes doubles, je me mets donc dans la peau de Noémie. Putain. Reprendre un verre de Saint-Romain.

Confinement jour 20 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

De ma fenêtre je n’entends plus le périph, de ma fenêtre j’entends résonner le bruit des hélicoptères de Delafontaine.

En Seine-Saint-Denis, en une semaine, les décès ont bondi de + 63 %. Je repense à cette discussion d’avec cette assistante sociale, de cet hôpital, je repense au rendez-vous médical de Tonton, suivi par cet hôpital, et je repense à ce que j’ai appris de cette assistante sociale. Cette infirmière à qui il a été demandé de venir travailler, et pourtant fiévreuse, mal en point, atteinte du covid. « Mais c’était pour rester dans un bureau au moins ? Elle ne serait pas resté en contact avec les malades tout de même ? Rassure-moi ! » Je suis halluciné. Finalement je suis plus du tout sûr de vouloir aider moi !!!! On se marre, elle se marre entre deux cernes que je devine, sous les nerfs solides, sous les pleurs nécessaires j’imagine aussi, de temps en temps, pour déstresser un peu… « On est complétement dépassés, c’est hallucinant, je n’ai jamais vu ça. On n’a même pas de plastique pour les corps. Je n’arrête jamais, ils ont même réquisitionnés un endroit pour improviser une morgue… » Son mari à côté vient de perdre deux oncles à deux jours d’intervalle. « Et je pense l’avoir eu aussi. Moi qui suis sportif j’ai eu du mal à respirer au bout de 300 mètres, je sentais une pression, j’ai mis des jours à m’en remettre. » Leurs enfants sont dans le sud avec les grands-parents, c’est mieux, il y a des poules à Cahors et eux ont leur travail à Saint-Denis qui prend, prend, et prend toute la place. Lui est taxi. Les petits-enfants chez les grands-parents, c’est plus sûr ? Pas sûr pour les grands-parents. En voilà un autre d’exemple bâtard parmi ces nombreux exemples dans le confinement, là où l’on se sent piégé, où la situation en impose une pas du tout recommandable. On en revient au quotidien de Frédérique, qui ne compte pas les week-end. « Heureusement que j’ai les nerfs solides. C’est très dur. » L’émotion m’envahit, je ne sais pas si j’en aurai le courage, je ne sais pas si j’ai les nerfs pour. En retapant ces notes sur l’ordinateur, je me souviens avoir assisté ma mère un long moment, oui mais.

Confinement jour parallèle 20 – ma contribution à la fin du monde – Saint-Denis

Je m’étais proposé pour ce dimanche, je suis bien content que mon téléphone n’ait pas sonné. Puis cette nuit, à 4h40 je ne dormais toujours pas. Dans quel état de vigilance (et de fleur bleue) aurais-je été ?

La vérité est que je flippe.

Je flippe.

Devant l’écran je joue peut-être les malins, et j’ai beau relativiser, rationaliser, me raisonner (je suis jeune, je suis jeune, je suis jeune), j’ai beau avoir acquis une technique de coude exceptionnelle pour ouvrir les portes, une organisation logistique digne de la contre-armée mexicaine, je flippe.

Et cette chanson qui prend une tout autre dimension, dixit François-Régis Gaudry au micro de France Inter ce matin. Le titre de son émission aussi, « On Va Déguster ».

Keren Ann (« les jours heureux »). Et toujours mon jardin intérieur pour m’irriguer, comme un petit vieux, comme mes charentaises de chez Rondineau.

« Attention maman, le bouton ! » Un enfant et sa mère font de la trottinette. Je pense à une autre mère qui a voulu penser à un autre bouton – « arrête de bloquer sur ma fille » – , une mère qui a voulu penser, qui a eu la pensée que je pourrais appuyer sur un bouton (on ! off ! t’aimes ma fille, t’aimes plus ma fille…) maintenant que je ne suis plus que « sans intérêts ».

Ne pas y penser.

(D’un tel déni…)
(Déni de l’autre…)

Ne pas y penser ne pas y penser ne pas y penser…

Continuer ma route droit vers le parc. La rancœur n’est pas bonne passagère dans mon quotidien et je n’arrive pas à m’en débarrasser.

1/ Troisième fois de la semaine que l’on me dit Salam Malekoum.
2/ Une sieste au soleil à 135 euros la sieste, je veux bien m’y risquer.
3/ Tiens ils passent ce genre de musique maintenant sur Nova.

C’est carte blanche à Luz, je comprends mieux. « Je me fiche de mon physique. Je me fiche de vieillir, d’avoir les couilles qui pendent. Le physique c’est élastique et l’élastique c’est vivant. »

STOP ! « Beaucoup trop longue cette première saison. On coupe » a tranché le producteur exéclusif.

(« ALLEZ !!!! confinez moi tout ça »)

À suivre.

(Selon Saint-Denis Match, Jack Bauer est pressenti pour la saison II)
(« ça les changera de leur habituel Louis la Brocante ah ah ah » se serait amusée à dire la concurrence, dans les couloirs de C8)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *