Jour de confinement

Jour de confinement – Saison III (Introduction)

Pour le titre de cette saison III, il fut d’abord question d’éternal sunshine of the spotless mind, ou d’effet papillon, puis La Belle Verte s’est imposée. J’ai été marqué par ce film, je me souviens de scènes fortement résonnantes, aujourd’hui. A ce titre je veux surtout compiler cette superbe BD en construction. Enfin j’espère. Vivement la suite. Un célèbre philosophe a dit : La vie est un combat qui se déroule sur un chant de batailles avant le champs de patates. Il n’est pas célèbre, il n’est pas très philosophe, ni même de belle poésie, ou alors de celle de La Belle Verte, pas grave. Vivre. Vivre au milieu de ses convictions, vivre au plein cœur de soi, vivre.

Vivre c’est construire.

Vivre c’est l’émotion réfléchie, différée, mastiquée, macérée ; vivre se pense et se construit à moyen et long terme. La patience, son apprentissage, est sa grande amie, lui ouvrant les portes de la sérénité.

Vivre.

Ou
Introduction à La Belle Verte.

Jour 29

A 3h30 du mat’ je ne dormais toujours pas (le discours de Macron ça) mais ce matin, d’un coup, je me lève comme d’un seul bond. Une idée vient de me faire tilt, et pourtant tellement simple. Écrire à Noémie. Simplement lui écrire, une lettre, une simple lettre, même s’il n’y a pas de cadeau à l’intérieur. C’est décidé et les idées me viennent très vite, faire simple, faire marrant, penser que j’écris à une petite fille de dix ans, penser à tous ces moments où j’oubliais que je lui parlais comme à une adulte. Être maladroit est un risque, tout comme de réveiller en elle son envie de me voir. C’est un risque, et la vie est faite de risques. La vie est aussi faite pour dire à ceux qu’on aime qu’on les aime, même si on ne les voit plus. Bientôt huit mois que je n’ai pas vu Noémie et ça m’est encore très dur, très présent.

Ce matin j’entendais que l’important c’est aimer, créer, travailler. Je dirais plutôt que c’est d’aimer, créer, partager.
Cet après-midi c’est réunion télétravail téléphonique téléphonée… et moi qui parle pour rien dire… moi qui fais tellement semblant… l’entend-on ? « Plus il y a de strates hiérarchiques, plus le virus s’éclate. » Karim Duval le résume tellement bien. Et ça parle de positionnement interministériel, d’existence stratégie, de bureau ressources, de diversité de portefeuilles, d’émergences de formes de formations (gné ??), de relais conseiller, de prospective, de faire un branding (???), de mentor (on me parle ?), de management des activités, d’interconnexion de ces réseaux… et le pire, LE PIRE : On me demande mon avis (mon avis, messieurs, et madame, c’est que j’en ai rien à foutre, et pas la moindre idée de ce que vous jargonnez).

Qu’est-ce qu’on se fait chier chantait Les Têtes Raides et c’était moi y’a quelques temps. Maintenant je me sens débordé entre le travail et les démarches, sollicitations, etc pour Delafontaine. Et ce blog. Ces papiers, encore, terminés depuis une semaine et toujours pas en ligne… manque la photo machin, la typographie truc, la bonne mise en page… Les blogs, c’est bien, mais pas quand on a pour troisième défi de ce confinement la lecture d’ À la recherche du temps perdu.

Tiens, intéressante étude. J’apprends que Jackie, la mère de Stallone, est rumpologiste – c’est lire l’avenir dans le cul des gens.

J’ai toujours aimé la famille Stallone.

Sinon là ça devient sérieux. A partir de demain, j’ai pour missions de conduire le personnel de l’hôpital aux gares de Saint-Denis et La Courneuve. Ce personnel sera alors confronté à ma digestion. Je ne peux plus faire de cette vie de télétravail un retentissant bordel culinaire. Les féculents, à partir de ce soir (d’où la rebaptisation de ce plat, « Plat d’avant-trêve du conducteur »), se calmer dessus.

Parmi les associations contactées, la solidarité des nettoyeurs de la Mer n’est pas un vain mot. Même un chocolatier, pour qui j’avais gardé une dent personnelle (une journée à bosser gratos et même pas un chocolat d’offert !) du temps très bref où j’ai fait carrière dans la chocolaterie (durée : une journée) (le temps de refuser ma condition de soldat, enfin de chocolatier de monsieur meilleur ouvrier de France qu’a oublié son ancienne condition d’ouvrier), a répondu favorablement à mon opération « friandises » pour les hôpitaux de Saint-Denis (opération montée de toute pièce improvisatrice hier soir, comme quoi l’alcool ça a du bon ça inspire). Il est tout pardonné, comme Mahomet. 20 kilos de chocos pour l’hosto ! grâce à lui, grâce aussi à… mon initiative. Je m’aime assez mal pour des fois, être fier de moi. Ouais enfin ouais ça j’anticipe… Je l’espère alors je l’anticipe en écritures… J’attends les réponses !

J’y pense. Conducteur. Mais pour du personnel hospitalier… C’est intéressant. Qu’en dirait ma thérapeute ?

Maman, de là-haut, c’est aussi pour toi, ces chocolats. Un carré pour toi, un carré pour eux, de ta part ! Qu’au moins ils aient un peu de douceur, même si c’est peu de temps, le temps de fondre en bouche. Qu’au moins, tu sois fière de moi, maman, si tu n’as pas eu beaucoup d’occasion de l’être de ton vivant. J’arrête là, je commence à piailler de la paupière gauche. La paupière gauche, c’est peut-être comme la fesse gauche, ou un cul plat (« la personne est plutôt vaniteuse, négative et triste »), ou musclé (« en forme de pomme la personne est charismatique, dynamique »), ou en forme de poire (« suggère que la personne est patiente et terre-à-terre »). Quant au fessier arrondi, il indique que « la personne est ouverte, heureuse et optimiste dans la vie ». Moi, à part avoir un petit cul, j’sais pas comment il est, mon cul.

(voilà qu’il se compare à Macron maintenant)

(après s’être foutu de notre gueule à la fin de la Saison II ça commence bien, sa saison III à c’lui là…) (trou d’fion de Guar…)

Bref bref bref bref…

” Rien n’est solitaire, tout est solidaire. L’homme est solidaire avec la planète, la planète est solidaire avec le soleil, le soleil est
solidaire avec l’étoile, l’étoile est solidaire avec la nébuleuse, la
nébuleuse, groupe stellaire, est solidaire avec l’infini. Ôtez un terme de cette formule, le polynôme se désorganise, l’équation chancelle, la création n’a plus de sens dans le cosmos et la démocratie n’a plus de sens sur la terre. Donc, solidarité de tout avec tout, et de chacun avec chaque chose. La solidarité des hommes est le corollaire invincible de la solidarité des univers. Le lien démocratique est de même nature que le rayon solaire.”
Proses philosophiques,
L’âme – Victor Hugo

[Discussions] Message pour Élise et ton panier solidaire
N’ayant pas tes coordonnées… je viens d’apprendre que la dame âgée à qui est attribué ton panier se surnomme “poupette”
C’est bien mignon et te voila partie à faire peut être un poème.
D’ailleurs dans un petit coin à Pierrefitte chaque soir à tour de rôle les habitant.e.s lisent des poèmes… Le Monde change  !
Faites de beaux rêves.
Nicole

Ludovic, jour 30, 01h46.

Voici une autre contribution :

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Journal du confinement, jour ???, ma contribution à l’épuisement du monde.
Épuisement de notre monde et épuisement des gens qui peuplent notre monde. Et un et deux et trois milliard à la maison.

Participation économique :
Travail ou pas travail ? Voilà les questions que je me pose. Enfin travail payé ou gratuit à retaper la maison, donc payé en satisfaction.
On a fait trois sorties depuis le début du confinement, principalement pour racheter des outils pour accroitre notre satisfaction et notre fatigue.
Le projet que je viens ce jour de quitter consistait à gérer les admissions en hôpital, logiciel qui serait proposé aux catalogues des ARS (Agence Régionale de Santé). “Ils sont prêt à acheter n’importe quoi en ce moment, ils sont mûrs”. Hautement polémique en ce moment, une gestion de projet désastreuse finie de me convaincre de passer mon tour.
Franck Lepage dit : saper le service publique c’est passer les services gouvernementaux à l’état “d’agence” : dématérialiser, détisser les liens, manager salement… J’aime écouter cet homme. Ne pas participer à ce grand massacre sera déjà un bon point.
Puis comme l’univers pourvoit, je reçois un message pour un autre boulot le soir même, quasi-magique. On verra si ça mort, en tout cas ça peut pas être pire question dissonance cognitive.

Le camps de base :
On pense utile, on pense à la règle des trois, la base : 3 secondes sans respirer, 3 jours sans boire, 3 semaines sans manger et on est loin du compte.
On s’est fait livré des trucs aussi… on aurait pas dû, promis, nous ne recommencerons pas.

On fait les semis, c’était pas au programme, on a même pas le chauffage pour l’hiver prochain. Là nous sommes en avril et nous avons trop chaud, déjà. Je rêve de Moscou sous la neige et d’apprendre le Russe. Je rêve.
Je rêve d’un coup de pied dans la fourmilière. L’après ne sera qu’une reprise de rênes en folklors douloureux, je le pressent.

Le confinement ici, on ne le voit pas. On croise moins de monde, pour sûr, mais les légumes arrivent de chez nos Belges de maraichers qui continuent leurs travail acharné et démarrent des livraisons. Plus local on pourrait pas de toute façon.

Il n’y a plus de trace blanche dans le ciel, ça le dégage. Par contre la nuit on voit encore les satellites signe que tout n’a pas encore implosé.

Les cons :
L’avantage c’est que je sais l’heure comme ça, ils sont précis les cons ! Car les cons klaxonnent à 20h pour dire merci aux soignants après s’en être foutu pendant des années. Hypocrisie de crise, la pire sans doute. De Charlie à Guy Môquet. Applaudir ou se plaindre, se lamenter, chouiner, c’est ne pas faire ! Parler n’est pas agir. Qu’on se le dise, parler n’est pas agir !

Annexe : et puis :
Je pense lire “La Stratégie du Choc” de Naomie Klein.
Je lis mes notices d’outils.
Je pense lire “Les Cinqs stades de l’effondrement” de  Dmitry Orlov
Je lis le manuel de la machine à laver qui se bloque.
“Manuel de culture sur butte”.
 Manuel ou Culture.
 Patience.

Et puis “La guerre c’est la paix” qui revient, des drones dans un ciel de Bretagne et je me dit qu’on y est. Finalement. La prochaine lutte impliquera les corps.

Et puis… Et puit… Epuissement.

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