La vie en vrac

Je reviens sur les pas de ma bonté passée

Nuit du 2 au 3 mars 2020. Rêve. Ce que je symbolise comme étant mon grand-père paternel m’apprend – par une phrase anodine – la mort de ma tante Carole. Nous sommes assis à une table (pas de couverts, de mémoire) (et Déborah à ma gauche je crois), je dis à ce grand-père que Carole m’avait parlé, il est surpris, feint d’être calme, il semble l’être, je lui fais comprendre que je sais qu’il l’a violée. Je reste droit, ferme, impassible, traçant ma route d’une certaine manière, en lui disant ce que je pense de lui, sans en dire.

Plus tard dans le rêve ou dans la nuit, une mangue. Et Déborah. Encore. Toujours. Fait chier, elle revient souvent ces derniers temps. Je lui dis que « je passerai avec mon véhicule déposer tes affaires » (elle sourit), je me reprends et dis « enfin moi ou quelqu’un passera prendre tes affaires. »

Stop.

Manigance pour mon ex-femme ; Mascarade pour qualifier l’histoire de ma famille. Ces mots surtout marquent ma fabrique intérieure, ma fabrique à Caliméro.

Stop.

J’aimerais faire un rêve avec maman dedans. Ça fait tellement longtemps. Quand je rêvais de maman, ça faisait mal, mais qu’est-ce que ça faisait du bien.

Stop.

Quel démon se poursuit en moi pour que je me sente aussi impliqué dans mes projets féministes ? Est-ce ma manière de me pardonner moi, moi avant tout moi et moi ce jour de fin août moi et ce jour tuant et ce mot tuant mais que veux-tu « tu veux que je te frappe »…

Et quel démon l’avait-elle pris, ce 8 mai, alors que Noémie dormait et Déb’ me poursuivant dans le vent breton, les embruns… putain ! Un vrai film – noir alors, et moi me cachant dans la nuit sombre, elle me frôlant, passant, ne m’ayant pas senti, moi retenant mon souffle, ma respiration… Que m’aurait-elle fait ? J’eus peur.

Quelques instants plus tôt c’est pour elle que j’eus peur, ne la voyant plus dans la maison, l’ayant vu partir en détresse, j’eus peur, j’eus peur et dans la nuit hurlante aux vents je cria : Déborah ? Déborah ? Où es-tu ? Réponds moi…

J’eus peur qu’elle n’ait craqué.

Son enfant dormait.

Son enfant ne se serait aperçu de rien.

J’eus peur.

J’eus peur.

Et je multiplie les caries. “Avec les chagrins d’amour, soit on souffre, soit on baise.” (bon, dans mon cas…)

J’aime prendre le bus 29 ; j’aperçois de la fenêtre les sculptures du musée du Louvre.

Sortie du Jeu de Paume. Je reviens sur les pas de ma bonté passée depuis, et c’est dommages, bonté terrassée, du temps où je lui souhaitais en ce soir de bonté pleine lune de novembre, bonheur avec son nouveau bonheur. Un temps où je ne savais pas encore qu’elle m’étalerait de toute son envie à me faire mal. Une réussite ! Ou la révélation. Se faire cruelle, penser désintérêt égal déconsidération de qui l’on a respecté et oublié de respecter. Pas même l’amour pour ma belle-fille. Blessure-cicatrice-qui durera et durera- évidences. Sur ces même pas, Tuileries, mais cette fois en pleine journée, pleine lumière, j’y aperçois deux marbres. Apollon. Et Jeannette. Les deux de Paul Belmondo, un don de son fils Jean-Paul à la ville de Paris.

Pas loin, une bâche recouvre un marbre de l’hiver, un marbre de Legros Pierre II, Véturie ou Le Silence ou Vestale.

La Véturie, le vestale, non, s’en fout, mais le Silence, oui. Le Silence. Me le dire pour ordre. M’élever. Dépasser mes rages, mes limites ça passe déjà par le silence. Le temps suivra pour la calmance. Ce n’est pas d’actu. Quel ressentiment j’ai…

Détestable elle aussi mon extrême.

Ne pas répondre à la médiocrité par la médiocrité. Ne pas répondre à la violence par la violence. Ne pas répondre aux limites par mes limites. Je ne pensais pas qu’elle se comporterait aussi bas avec moi, je ne pensais pas que je bloquerais aussi haut. Bloqué. C’est à la gorge. Ça répond aussi à mes hontes de moi, de ce jour, de ces jours où je me fis menaçant. Honte de moi avant tout. Je fus minable. Cette relation se révéla minable.

La veille, en sortant de chez les dentiste, traversant un passage clouté j’ai croisé Luis. Je ne me suis pas arrêté, je l’ai longuement regardé, me suis retourné à plusieurs reprises, il semblait ailleurs. Comme d’hab. Luis, il dit vouloir s’en sortir et à la fin c’est en H.P. qu’il repart, c’est de H.P. qu’il ressort. Toujours. Les gens, faut arrêter d’y croire tant qu’ils usent des mêmes procédés.

Parlerais-je un peu de moi aussi, sans m’en rendre compte ?

C’est fou comme les gens se révèlent, en ces moments. Paraît que c’est normal et à la radio tout le monde trouve, enfin cette spécialiste trouve le comportement normal. Détruire, détruire… Mais qu’ils aillent se faire foutre tous, avec leur définition de l’amour (de qui l’on quitte). De la pudeur, non ? De la retenue, non ? Au contraire. Blesser c’est mieux.

Saleté.

Saloperie.

Être humain.

Les êtres humains sont minables.

Je suis un être humain.

Point.

Véturie ou Le Silence. Ou Vestale.

Et je fais demi-tour. Retour. C’est bas des fois les actes de bonne foi. Je donne une fortune ou alors quelques euros à cette pauvre et sa fille. Pourquoi ? Qui sait ? Je me coucherai peut-être avec un meilleur amour de moi, ce soir, voilà ce à quoi je pense quelques instants plus tard, sur le quai. Et Corrigan Fest dans les oreilles.

Merde. Ça commence bien.

Ma chérie,

ceci n’est pas censé être un journal, et il se peut même que ça ne te parvienne jamais, mais j’aime penser à toi (…) J’aimerais t’entendre rire en regardant ces photos de moi. Je suis seule dans ma cabane, ce soir, et fatiguée. J’ai fait aujourd’hui soixante miles à cheval jusqu’à la poste et suis rentrée ce soir. C’est ton anniversaire et (je tourne la page) tu as 4 ans aujourd’hui. » (cœur d’un coup serré)

(…) et en regardant ta petite photo ce soir, je m’arrête pour t’embrasser (et lire), et puis, (pour lire) (je suis dans le métro) (lever les yeux haut) (respirer) (respirer) à me souvenir, les larmes viennent et (voilà…) je demande à Dieu de… putain. Tu parles d’une lecture-détente ! Pour ce qui est de m’identifier un peu trop, et mal puisque Noémie n’est pas ma fille, ben merde ! Merde là aussi.

Je repense à il y a quelques semaines, quand je suis retombé sur de vieilles photos de la petite, je n’ai pas pu m’empêcher d’en voir, et voir et voir d’autres… Je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer non plus. Ne pas recommencer de sitôt. Ce passage de Calamity Jane me le rappelle, je ne suis toujours pas prêt.

Ma Nini.

Ma Nini Ma Nini Ma Nini… Ma Nini qu’est pas ma Nini mais qu’est ma Nini quand même, dans le cœur.

Vois-tu, ton grand-père était prédicateur. Il était comme le preacher Smith, il pensait qu’il pouvait combattre la nation indienne tout entière avec une bible. Je ne crains pas de les affronter tant que j’ai 2 pistolets dans la ceinture, mais, aussi sûr que l’Enfer existe, je détesterais les affronter avec une bible sous le bras. Tu comprendras tout ça un jour. Bonne nuit, Janey.

Tu comprendras tout ça un jour ! Ah ! Je me comprends. « Tu comprendras que c’est pour le bien de la petite de ne plus la voir, et ton bien, et accessoirement le mien aussi… » C O N N A S S E. Voilà ce que j’ai compris. Une putain de connasse hautement cruelle de par son sale égoïsme. C’est tout ce que j’aurais compris et tant d’autre, dans le même genre.

Stop.

Je m’endors chaque nuit avec ta photo serrée contre mes lèvres. Oh si seulement je pouvais t’avoir la nuit tombée pour une heure aux côtés des feux de camp afin de briser cette solitude. Si seulement je pouvais te prendre dans mes bras. Je médite dans une couverture auprès de mon feu de camp, guettant loups et coyotes, mes chevaux veillent tout proches et je m’endors en priant Dieu de me laisser vivre assez longtemps pour te revoir encore une fois.

Il m’arrive parfois d’être un peu ivre, Janey, mais je ne fais de mal à personne. Il faut que je fasse quelque chose pour vous oublier, toi et ton père, mais je ne suis pas une femme légère, Janey ; si j’en étais une, je ne serais ni infirmière, ni éclaireuse, ni conductrice de diligence. C’est comme ça qu’on m’appelle à Deadwood et Billings. Que ces villes aillent au diable, elles aussi. Dans l’une et l’autre, ils feraient mieux de voir la poutre dans leur œil que la paille dans l’œil du voisin.

Avril 1883

Janey chérie,

la partie de poker est terminée. J’ai gagné mes 20 000 dollars et j’ai remboursé les 500 que j’avais empruntés à Abbott pour démarrer. Plus tard, je t’en dirai plus sur Abbott. Je suis si excitée d’avoir gagné, car maintenant je peux aller te voir en grand équipage. Je veux avoir l’air de quelque chose une fois dans ma vie. Becky et Jimmie iront à New York City avec moi. Ils sont si attachés l’un à l’autre que c’est une honte de les voir se quitter, mais je pense que quelques années de séparation leur donneront à tous deux des idées différentes sur ce gâchis qu’on nomme « amour ». ils s’apercevront que dans ce vieux monde, on peut vivre sans amour ou sans le moindre foyer. C’est la dernière note de moi dans cet album jusqu’à ce que je revienne dans ce pays, ce qui pourrait bien être jamais. Au revoir jusqu’alors.

Octobre 1890

Je conduis une diligence, ces temps-ci, j’ai fait des expériences vraiment terribles depuis que j’ai commencé ce genre de travail. Le révérend Sipes et Teddy Blue Abbott m’ont trouvé ce boulot. Ils semblaient penser que ça valait mieux qu’être hôtesse dans un saloon. Tu vois que ta mère travaille pour gagner sa vie. Un jour, j’ai du poulet à manger et le lendemain les plumes. Hier, je suis tombée sur Jack Dalton. On dit que c’est un hors-la-loi, mais tout au fond de son cœur, il est bon. Il partagerait son dernier sou avec n’importe lequel de ses vieux copains. Il a l’air de lui rester quelques cicatrices de certaines de ses rixes. Il se trouvait dans le saloon, à Deadwood, quand ton propre père a été tué. Il pourrait se vanter d’avoir une carrière turbulente de bagarreur, mais ce n’est pas un fanfaron. C’est tout pour ce soir.

La recette d’un gâteau par Calamity Jane, bon, j’sais pas ce que ça vaut, ça donne pas envie comme ça.

Je préfère sa façon de parler de son omelette, ou de son pain, « le meilleur pain du monde ».



C’est une bonne chose que tu ne saches pas comment ta mère doit vivre par ici en ces jours agités. Je me mêle de ce qui me regarde mais rappelle-toi toujours que s’il y a quelque chose que le monde déteste, c’est une femme qui se mêle de ce qui la regarde.

9 mars 2020.

Journée internationale des droits des femmes. Blablabla… La prostitution, le travail en communication institutionnelle, ça se console à coups de verres et de bons petits plats. Je vais pour dire au revoir à cheffe et, prévoyant la suite, mon instinct se fait bon seigneur je m’en rapprocherais même, à lui faire la leçon, pour lui rappeler de déconnecter en ses jours de congés à venir. Je sens venir le burn-out chez elle ! Bouffée par plus bouffeur qu’elle…
Y’a trois jours, au ministère de la Culture, j’apprenais que 80% des directeurs de cab’ sont des hommes. Et aussi requins que le nôtre ?

Café dans un café puisque café de la cafét’ dégueu de chez dégueu. Je tombe sur la caricature du tenancier & habitués. « Ma première cuite c’était à 11 ans… Il pensait pas à mal faire le voisin, c’était son eau-de-vie pour lui c’était normal… je te raconte pas ce que j’ai pris quand je suis rentré chez mes parents… ça aussi ils s’en foutent maintenant les jeunes… Le mien j’sais même pas s’il se paluche. Je crois pas. Ça pense qu’aux écrans maintenant, à touche-manette. C’est game boy et c’est tout. Moi à 14 ans j’savais déjà ce que c’était un minou… Ils se touchent l’arcade, maintenant, voilà c’est ça ils se touchent l’arcade, leur joystick, les game boy ou je sais pas quoi maintenant qu’on dit. Les filles ils s’en foutent, ils vont tous tourner pd que ça m’étonnerait pas. »

Un habitué : “Je rejoins ton analyse.”

“Tiens, regarde-lui avec sa tête de coronavirus ! On l’a déjà tous attrapés d’te façon !”

“Toi t’es pas prêt de l’attraper vu que faut être vivant pour ça. Toi t’es immunisé en tant que nature morte.”

Maison de la Poésie. La pratique littéraire du post-exotisme, connais pas. Je retrouve cet intervieweur un peu bizarre, en plus d’être arménien, et qui m’avait fait une drôle d’impression (cas de le dire) la première fois. C’était pour recevoir Jean Echenoz, auteur décalé, lui complètement décalé, complètement dans l’esprit en fait, l’intervieweur. En rajoutait-il ? Sorte de Pierre Richard. Là l’est beaucoup plus posé. Dur. Bourré comme je suis, déjà que j’ai quasiment pas dormi (les rêves de Déborah sont de retour récurrents) si je m’endors pas c’est que je somnole alors.

“L’homme qui a inventé le feu était une femme, en fait”. À partir de là un livre est né. A partir de “feu”, je pense à mon feu amour. Est-ce parce que je suis bourré, ou est-ce ce week-end féministe qui m’aide à me calmer, à penser que je l’aime encore ? Et que j’en reste à sa souffrance et uniquement sa souffrance pour considérer cette médiocrité comportement.

Stop.

Je rêve debout.

Je dors debout.

3 – 10 Mars 2020

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