La vie en vrac

Hiver dans le cœur

Un rendez-vous médical me renvoie à la case Porte d’Italie. J’ai le pas lourd, les yeux humides, de plus en plus humides à mesure que je me rapproche des lieux, pas ceux du médecin, ceux de nos petits moments, les habitudes, nos marches, les courses, et tous ces souvenirs tirés de l’habitude de tout un quartier, d’une rue, d’un arrondissement. Je pensais avoir progressé depuis Montparnasse, vrai aussi que le 13ème nous était plus marqué que le 14ème. Six ans tout de même.

Dans la salle d’attente un joli mot de Pierre de Ronsard : Votre œil me fait un été dans mon âme. Moi, je pense à un mauvais goût dedans mon cœur. Je pense à mon feu amour, je pense à ce regard sur moi qui m’aura laissé un hiver dans le cœur et, pire, dans le souvenir, en moi…

Lancinant c’est lancinant.

Je m’en vais retester mes avancées du cœur à la Butte-aux-Cailles. C’est pas loin, j’ai soif, faut bien tester, faut bien s’y faire, six mois, six mois serait temps de s’y faire. La Butte-aux-Cailles, nous y avions nos habitudes aussi.

Si le 14ème, depuis la dernière fois (trop de souvenirs avec la grande mais aussi la petite) est rayé de la carte guarienne, le 13ème, finalement, c’est moins pire.

Faut dire que souvent, à la Butte, dans bar machin ou dans bar bidule j’y allais seul, je fuyais sa présence tant elle me saoulait avant d’aller me saouler. Quand elle cherchait à me faire fuir à tout prix, pour ensuite pouvoir se plaindre, de ma fuite. Sa spéciale classique. La spéciale Déborah ! Ah ça, elle a été à bonne école. Pas étonnant qu’à l’après-séparation elle ait agi de façon similaire, avec moi, que le père de sa fille, avec elle. Pour se reconstruire, chez ces gens : détruire. Détruire les gens du passé. Son attitude à Déborah, depuis mon anniversaire, ne passe pas. Depuis décembre, fin décembre, janvier, fin janvier… c’est pire que tout. Ma haine, c’est horrible, me semble légitime. Et durable. Je ne la pensais pas, en fait si mais je ne voulais pas croire qu’elle puisse se faire aussi mauvaise quand, excitée jusqu’au bout du téton pour un autre, alors détruire, puisque remplacé, détruire qui n’a alors plus d’intérêt à ses yeux. Quelle gratitude envers qui a tant enduré son histoire, ses histoires. Et pour le respect, la considération pour le beau-père, pour ma douleur quotidienne de ne plus voir grandir Nini, ah ça plutôt le nier. Et moi ne pas trop me pencher dessus, ou c’est plonger, ça commence par ne pas continuer cette phrase, ces phrases, c’est ravivé ce qui est encore vif et y’a les rendez-vous chez le dentiste pour ça. Ah ça plutôt nier, plutôt détruire. Saloperie. Je hais penser comme je pense et je pense, je vis comme ça. De l’amour à la haine. De l’amour à la haine il y eut des pas de fouineuse et, pour finir le travail, de sabots, des gros sabots d’ultra (égoïste, possessive, menteuse, calculatrice… il y a le choix dans l’adjectif malheureusement).

Un livre, une Vedett, rien de spécial.

Un quartier presque comme un autre.

Peut-être que si je retourne à Montparnasse bientôt, ça ira mieux. Y’a une expo que je veux voir (Jacobsen).

À tester.

Tester les avancées au cœur.

Écouter bien sûr aussi le cœur des autres, la conversation de ces deux jeunes à la table d’à côté. « Elle est restée cinq ans sans rien de sérieux avant moi. Elle a un peu galéré ouais. Ce que j’aimais aussi chez elle, c’est qu’elle s’en foutait des photos, elle était pas du tout réseaux sociaux. Ça m’avait bien plu ça, c’était bizarre et marrant ce contraste, parce qu’elle était jolie, mais pas du tout réseaux sociaux. »

(cinq ans putain ! J’espère que je retrouverai quelqu’un avant quand même)

Le livre, Le courage des autres, magnifique.

Je sors des toilettes. Et du bar. Un quart d’heure plus tard rebelote, la grosse envie de pisse. Bien sûr, les toilettes du centre commercial c’est contraire à ma religion, elles sont payantes. Juste avant de m’engouffrer dans le métro, je tente la gentille demande au café qui fait l’angle de la place d’Italie, j’y croise plusieurs serveurs, aussi cette serveuse qui semble préoccupée dans ses comptes, elle a le bon profil c’est vers elle que je me tourne, ce sera forcément oui, elle est occupée, et c’est « oui » un oui pressé de la tête.

Le lendemain matin, au réveil, enfin si on peut appeler ça un réveil, deux nuits que je dors comme une ombre habitée par un fantôme, bah au réveil, finalement, se dire que pour le 13ème c’est un peu comme le 14ème, me laisser au moins 15 ans avant d’y retourner.

24 février 2020

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *