Expos / Sorties

Fénéon II, des Temps nouveaux

Jean-Marie Appriou, Grotto, 2018

“Anarchie, ô porteuse de flambeaux…”

Gaston Lachaise, Standing woman, 1932

Tuileries


Ou derrière un point, il y a toujours une virgule.

Confondant cet article entre retour expo et détour intérieur, la compréhension n’est pas de mise ici.

Alors plutôt que dévier, ça arrivera bien assez tôt, démarrer ligne droite vers le musée de l’Orangerie. Fénéon le pointilliste. Fénéon et les temps nouveaux, de Seurat à Matisse. Jusqu’au 27 janvier 2020.



« Alors que Paris est secouée par la vague anarchiste, un nom agite les esprits de la presse : un certain F.F., alias Félix Fénéon. Mais qui est donc ce sulfureux personnage, anarchiste, libertaire, collectionneur d’art et écrivain prodigue ? »

(Mais qui est donc ce H.H. ?)

« personnage haut en couleur, portant barbichette, redingote et chapeau haut-de-forme ! »

Je pense à la lune qui s’en va swinguer ce soir, et elle a bien raison. « Au programme : impromptus musicaux joyeux et entraînants, cours de danse charleston, atelier créatif et autres surprises… » Même le Guar des beaux jours, comme ce jour, enfin des beaux jours car jour bienveillant, est d’accord. Même le musée de l’Orangerie le dit. “Allez ! Profitez madame !”

J’me disais bien que j’allais vite dévier du sujet premier…

Fénéon, Fénéon & les temps nouveaux…

Donc.

Rester dans l’axe.

F.

E.

N.

E.

O.

N.

D’après Jean Quelquechose, Fénéon commence à collectionner des objets sculptés africains en 1905, et les objets océaniens à partir de 1926.

En 1895, selon Jarry, Fénéon : “celui qui silence”

Anarchiste, on a dit.

Anarchique papier alors.

En 1886, il créé le terme “néo-impressionnisme”.

Critique d’art, journaliste, traducteur, deus ex machina de maisons d’éditions ou de galeries de tableaux, de la Revue indépendante à la Revue blanche et au Matin, de Bernheim à la Sirène, du procès des Trente à l’affaire Dreyfus, Félix Fénéon est passé, impassible et doux, avec son sourire énigmatique d’Oeil-de-Faucon. (Edouard Déverin, “Fénéon l’énigmatique”)

Maximilien Luce, Portrait de Félix Fénéon au verso : Le travail de l’argile, 1903





Au temps d’anarchie

“Ce masque en bois, sculpté et peint par un artiste des populations Bobo de Haute Volta (Burkina Faso), est remarquable par la stylisation des traits naturalistes du visage. La barbe triangulaire qui évoque le célèbre bouc de Fénéon, en fait une sorte de double tutélaire de son propriétaire.”

Artiste inconnu, Masque


Georges Seurat, Poseuse de profil, Poseuse de face, Poseuse de dos, 1887


Oh, des cornes. Comme on se retrouve !
Ou Seule en couple, Cocu avant l’heure, dans l’esprit, Prophétie de l’autoréalisatrice (janviers 2018 et 2019).


“Cet homme qui s’est donné l’air de Méphistophélès américain eut le courage de compromettre sa vie pour la réalisation de plans qu’il jugeait même insensés, mais nobles et justes : une telle page dans la vie d’un écrivain rayonne plus haut et plus loin que de rutilantes écritures.” (Rémy de Gourmont, Le Livre des masques, 1898)

Un peu comme un con de Guar, en fait. Un peu comme un con qui se force, qui se sacrifie à quitter qui il ne veut pas quitter, et déjà l’an dernier, tant il semblait… in-dé-si-râble… Et qui revient un mois après, deux mois après ce con, ce gros con, ce con de criminel à se tuer, à tuer son amour-propre avec Amour. sale. Amour de menteuse avec elle-même, amour de puissante égoïste, en couple avec elle-même l’égoïste.

Elle ira mentir ailleurs et tant pis pour elle, tant mieux pour moi sans elle, enfin ce que ma douleur voudrait en penser, voudrait s’envoler… mais alors faudra silence ou ne pas m’en relever, de ce que j’avais aussi prédit, et qui viendra un jour maudit par mes espoirs de tant d’années. Elle le fera son gosse, ce gosse avec sain mec enfin que tout être pétri de peurs rêve d’avoir avec… rassurante femme.

“Pétri”. Ah ! ça me fait penser à ce terme, “râble”. Autrement dit, étymologiquement, le râteau de boulanger.

Pétrir, pétrir… J’ai toute une vie à pétrir. Ne pas l’oublier. Ne pas craquer au paravent. Tenir, tenir malgré toutes les merdes qui tombent et qui tombent encore et encore en cette fin d’année.

Paul Signac à Félix Fénéon, 21 septembre 1890


Paul Signac, Opus 217. Sur l’émail d’un fond rythmique de mesures et d’angles, de tons et de teintes, portrait de M. Félix Fénéon en 1890, 1891


Alphonse Bertillon, dans Album des anarchistes

Ou Ravachol. François Claudius Koenigstein. 33 ans, né à Saint-Chamond (Loire). Condamné le 27/4/92.

Fénéon Félix. Employé à la galerie Bernheim-Jeune.

Luce Maximilien. 36 ans, né le 13/3/58 à Paris VIIè. Artiste-peintre. Anarchiste.

Témoignage de Mallarmé


Maximilien Luce, Dans la cour de Mazas, Fénéon en prison, 1894


“Une composition de Signac intitulée Au temps d’anarchie puis rebaptisée après l’assassinat de Sadi Carnot Au temps d’harmonie l’âge d’or n’est pas dans le passé, il est dans l’avenir représente cet Eden moderne où règne un nouvel ordre esthétique et social.”

(nouvel ordre ! ah !)

(ah ça ! cet H.H ! pour arriver au meilleur des moments ! après que j’sois resté au pire des moments ! ah !)

“Au cours de l’été 1893, Signac mûrit un projet de décoration monumentale ayant une portée esthétique, politique et sociale. Il choisit de représenter l’anarchie non pas comme un temps de violence mais comme un nouvel Age d’or, une ère de paix et d’harmonie pour la société du futur. Après l’achèvement de sa composition conservée aujourd’hui à la Mairie de Montreuil (Seine-Saint-Denis), Signac réalise une réplique de la toile dans un format réduit.”

Paul Signac, Au temps d’harmonie : l’âge d’or n’est pas dans le passé, il est dans l’avenir (réplique), 1896







Seurat par Fénéon

“Les marines de M. SEURAT s’épandent calmes et mélancoliques, et jusque vers de lointaines chutes de ciel, monotonement, clapotent. Un roc les opprime, – le Bec de Hoc ; des suites de voiles s’y affirment en triangles scalènes, – la Rade de Grand-camp, Bateaux. Une peinture très insoucieuse de toute gentillesse de couleur, de toute emphase d’exécution, et comme austère, de saveur amère, salée.” (Fénéon, L’impressionnisme aux Tuileries, 1886)

Georges Seurat, Le Faucheur dit aussi Champs, été, 1881-1882


Georges Seurat, Le Pont et les quais à Port-en-Bessin, 1888

Étude pour “Un dimanche à la Grande Jatte”, 1884

Fénéon la considère comme un “paradigme complet et systématique” de la nouvelle peinture.

Seurat par Fénéon, mais pas que Seurat.

Albert Dubois-Pillet, Forges à Ivry, 1887

“Monsieur Dubois-Pillet a su exprimer les mélancolies industrielles, la poésie de la grue et de la cheminée (…) et avec ses Forges à Ivry, qui haleinent l’horizon en fumée qui s’écharpillent”

Paul Signac, Concarneau, Pêche à la sardine, Opus 221 (Adagio), 1891

“Les heures et les saisons sur la mer, Paul Signac les symbolise en une suite de cinq toiles, BARQUES. Illustrant de leurs évolutions de lents ciels aux harmonies dégradées, les barques là déploient d’un matinal départ, là, par temps calme, égyptiennement multiplient, pour un lointain défilé, les angles parallèles des mâts nus et des rames” (Le chat noir, 2 avril 1892)

Georges Seurat, Le marchand d’oranges, 1881


Georges Seurat, Courbevoie : usines sous la Lune, 1882-1883


Georges Seurat, Le Dormeur, 1883-1884


Théo van Rysselberghe, La lecture par Emile Verhaeren, 1903


Je poursuis la visite et… oh.

Non.

Ce tableau de Bonnard.

La mâchoire est serrée, sur le pont. Je m’accroche, je m’accroche à ma mâchoire.

Le tableau de Bonnard

Je me souviens de… là d’autres étés, beaucoup plus ensoleillés et où la lumière entre les stores se joignait à nous, allongés, elle endormie et belle, tellement belle, nue assoupie et moi qui la regardait, qui restait, ça pouvait durer des heures, c’était beau, c’était beau une femme qui dort heureuse…

Pierre Bonnard, Femme assoupie sur un lit ou L’indolente, 1899

Je la regarde de loin, je me recule, je me rapproche quelques instants, plus tard…

Plus tard il est inscrit « sortie » « fin de l’exposition » et non… faire demi-tour, la revoir, la revoir cette femme nue assoupie…

Je suis comme attiré par le tableau et c’en est impressionnant, de réaction psychique.

Autant la semaine dernière, quand j’appris que… ce fut réaction physique, autant là c’est c’est je sais pas ce que c’est… ce que je sais c’est que ça m’est rare, d’être envouté par un tableau. Ses autres Nue, à Bonnard que j’ai déjà vus dans le passé, ne m’avaient rien fait de tout cela.

“Sur son lit bas, défait, une dame nue repose en pleine lumière, la tête appuyée sur un bras relevé, l’autre bras parmi ses seins, une jambe arc-boutée sur l’autre cuisse (…). Un chat cravaté d’un ruban se caresse à l’épaule de la dormeuse. Sur le marbre d’une table, une pipe en terre.”

Illuminations, Illusions, Désillusions… ou intimes Sensations

Devant le manuscrit des Illuminations de Rimbaud j’ai mon dos qui me dit merde, mais vraiment merde genre avec des étincelles…

Un peu plus tôt, puisqu’on ne peut pas prendre de photos à ce tableau venant d’une collection privée, je discute avec une surveillante. Pourquoi ? « Pour qu’il n’y ait pas de reproduction ». Je dis le regretter. La dame, fort accent asiatique, me précise qu’il n’y a pas de quoi se plaindre, qu’au contraire les musées, dans leur ensemble, sont beaucoup plus souples. « Vous savez à cause de qui ? L’ancienne ministre de la culture Fleur euh… » Fleur Pélerin. « Oui ! Bah un jour de visite officielle elle a foutue le bordel en prenant une photo avec son flash. Sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens s’en sont plaints (« hé ! Ho ! et pourquoi elle peut et pas nous ! »), ce qui a poussé le musée à changer ses règles en 2017. Depuis, les gens peuvent prendre des photos. » Donc merci Fleur Pélerin !



Amedeo Modigliani, Portrait de Jeanne Hébuterne, 1918


Pierre Bonnard, Le joueur de banjo, 1895


Henri Matisse, Intérieur à la fillette (La Lecture), 1905-1906


Henri Matisse, L’Algérienne 1909


Femme agenouillée, Congo
Coupe céphalomorphe, Congo

Femme debout, Congo

Statuette masculine, Congo


Après les statuettes africaines de Fénéon, place à cette peinture qui me fait penser à un macaque ou … un halo.

Mieux vaut passer à la suite, mieux vaut en rire !

Giacomo Balla, Lampe à arc, 1909


Umberto Boccioni, Le Rire, 1911



Luigi Russolo, La Révolte, vers 1911


A gauche, Les Funérailles de l’anarchiste Galli, Carlo Garra, 1910-1911


Je retourne voir le tableau de Bonnard. Non, ça va. Je ressens moins d’émotion. Au-dessus de ma tête, en fond sonore, une enceinte qui rappelle les événements anarchistes de l’époque. « A Clichy… sous ce fiacre… »

Fermeture des Finies

C’est bientôt la fermeture, je vais vite aux Nymphéas. « C’est fermé, monsieur ! »

« Monsieur ! »

(z’êtes gentils mais j’ai rien demandé moi)

Si.

(là, si)

Une minute ! Une minute !

J’arrive à passer deux obstacles, pas le dernier. « On vous a pas dit que c’est fermé ?! Si ? Allez monsieur… »

Je vais madame…

Je vais…

« Mais si vous voulez prendre des photos vous av… »

non… je viens juste ici de temps en temps et… (je ne finis pas ma phrase, l’émotion du tableau de Bonnard certainement !)

Je vais…

Je vais !

Belle lune

Aux Tuileries, au-dessus de ma tête, la lune joue à cache-cache avec les nuages. Je te vois ! Je te vois pas ! Un jeu qui amuse qui ?

Je doute que cela soit très bon signe, je parle à la lune, maintenant.



Il n’y a pas à culpabiliser, belle lune, il n’y a qu’à profiter de ce chemin que je t’espère providentiel.

Belle lune, si malgré mes prières de ne pas me suivre, tu me suis, derrière là-haut de tes nuages, et que des ombres te poursuivent aux heures les moins sombres d’avec d’autres étoiles, ne t’en veux pas trop, et ne m’en veux pas trop, de ces ombres d’habitudes à te rappeler que le temps file et parfois ne semble jamais s’arrêter, et savoir se poser derrière les éclats et saveurs absentes, ou difficiles à venir, avec qui tu n’as pas construit les habitudes de tes latitudes passées, ô, lune, ne t’en veux pas trop, ne m’en veux pas trop, ce jour viendra où ces ombres n’encombreront plus tes nuits, que tu les passeras enfin libres, loin de moi, près de nouveaux horizons à toi, à toi complètement toi, et, lune, n’oublie pas, n’oublie pas cette nuit-là que je suis là et que, malgré tout, malgré les galaxies qui nous séparent je t’aime, et veille sur toi, mais juste un peu alors ! pour qu’après, après je te laisse tranquille, et je me laisse tranquille, c’est alors que cela voudra dire que tu et que je suis pleinement sortis de nos ombres, pour en créer de nouvelles, et ainsi de suite, et belle, oui, tu resteras, même loin de moi, et moi de toi, Lune que j’aime et que j’ai aimée. J’ai trop craché sur ton nom. C’est fini ça. De la douceur je te laisse dans la douceur. La ligne 13 m’attend en plus, alors !

C’est à ne rien y voir clair. Et pourtant. Il le faut.

(Placé) sur un point fixe (Pris) depuis un point fixe



La lune est nue, pleinement nue désormais. Elle a beau ne pas être pleine, plus rien ne la cache que son autre face. Une face tout aussi noble, elle n’a pas à rougir, elle est dans le noir, elle est dans la vie. Qu’elle vive ce soir, demain, toutes les nuits et moi aussi. Me servir de l’élan de lumières que je ne vois pas là, en moi, pour moi, aveuglé de peines, mais qui m’a aidé, et m’aide, mais je ne le sais pas encore… vers la pleine lumière de nouvelles plaines. Elles ne seront pas forcément plus belles, non, elles sont simplement plus belles à imaginer.

Derrière, un mur. Et le faisceau de cette dame de fer qu’on a dit laide, sans souplesse, et qui tient debout, qu’elle tienne debout, elle brillera bientôt de mille feux des et du concours de gens bien veillants.

Qu’elle ne s’en fasse pas, ou alors pas trop, et qu’elle ne doute pas des ses beautés. Et droite. Et forte. A l’honneur.

Elle regarde à l’horizon et c’est au-dessus d’un mur. Elle est au-dessus, elle a fait le premier pas.

Je souhaite qu’elle lui soit inspirante.

Des alentours de la brillance, de la brillance qui ravive les cœurs, et qui prend par la main la petite fille vers un sommeil léger, et, mieux, de sérénité. Où l’amour triomphe des amours malheureux. Qu’elle ne s’en fasse pas, non, cette lune, qu’elle ne s’en veuille pas, si doutes elle a d’être allé chasser, et chasser, atteindre, se tourner vers d’autres galaxies. Personne n’est indispensable, tout le monde est perdant, c’est tout. Atteindre. Regarder au-dessus.



Et reprendre vie à l’énergie. Et aussi le métro parce qu’il caille à rester statique là depuis une heure tel un écrivant du nord de Paris !

C’est écrire le froid… dans le froid.



Ah bah oui mais si je ne ferme pas. Ma veste. Moi. Aussi. C’est mal m’aider. C’est comme de retourner voir ce tableau et cette chatte naissante apparente, et qui me rappelle… C’est se faire du mal, en voulant se faire du bien, mais c’est se faire du mal. C’est un peu comme écrire ces derniers jours. Ça me fait du bien, et ça me noie complètement.

Cette exposition m’était donc la bienvenue, la lumière du jour et le soleil avec.

November rain mais il ne rainiait pas aujourd’hui.

Le colis est parti cet après-midi, y a-t-il un rapport avec le fait que je sois sorti du musée de l’Orangerie, Bienveillance ?

J’ai des pensées qui vont et viennent et s’il n’est pas question d’espoir c’est, et ce n’est pas rien, de l’amour vers mon prochain.

La ligne 13 est en grande forme

Sur le quai du métro Champs-Elysées Clémenceau, un couple de Syriens tend la main : salah malekoum ! Salah malekoum ! Ce n’est pas marrant, mais du tout, mais j’entends et je tends un peu plus l’oreille, et je l’entends encore, j’entends : on s’en bat les couilles ! on s’en bat les couilles !

Et moi courir vers cette porte qui se ferme.

Et c’est normal.

Mon personnage, ces derniers jours, impossible. Il n’est pas question ici d’être compris, il est question de m’aider comme je peux. La ligne 13 est en très grande forme ce soir. 20 minutes ? Une heure peut-être que j’attends ? Qu’importe j’ai du papier et ma veste peut rester ouverte sans risque de prendre froid. Ne pas laisser trop passer de métros quand même, y’a un film du festival ciné-banlieues qui démarre à 19h30. Ah bah nan !!!! Je suis monté dans le métro c’est bien, il est arrêté en pleine voie c’est moins bien. « Mesdames et messieurs, suite à un signal d’alarme tiré nous… » Comme dans le film d’hier avec l’autiste quand le métro passe le pont (il a peur du pont l’autiste, il est comme tout le monde). « Mais c’est bien ça Joseph ! On progresse ! T’as fait quatre stations de plus ! C’est bien. » (Vincent Cassel)

En pensant au bordel qu’est la ligne 13, je pense à une autre phrase du film, quand Réda Kateb explique à un nouvel éducateur comment faire avec le jeune Valentin : « Le tempo c’est lui qui le donne, nous on essaye juste de gérer. » C’est exactement ça avec la ligne 13, le tempo c’est elle qui le donne, nous on essaye juste de gérer. « Le trafic est perturbé, cela fait suite à la présence de personnes sur les voies. » Ah bah comme dans le film aussi, sauf que là c’était sur le périph, pour le jeune Valentin (celui au casque de boxe) (pour l’empêcher de se cogner contre les murs). Est-ce aussi dû à ce livre (prévu pour Noémie, mais plus tard) (les enfants sont trop gâtés ou le Guar trop radin) :

Et en plus c’est au chapitre : « Pourtant, ce que l’homme craint, ce qu’il espère… »

Je lis ce qui est là, c’est à me demander.

« Ses rêves lui avaient annoncé qu’il se ferait un ami d’Enkidou. Ils avaient raison. Gilgamesh, en effet, n’éprouve aucune rancœur à son égard, malgré la rudesse de leur première rencontre. Il ne redoute aucune rivalité de sa part, aucune traîtrise. Il a vu la fraîcheur de son regard et, dans ce regard, l’eau de son cœur. Pourquoi Gilgamesh le destructeur se retient-il de souiller cette eau-là, comme il en a déjà souillé tant d’autres ? Pourquoi décide-t-il de la préserver ? »

J’observe entre temps un agent en gilet orange « pour faciliter la fermeture des portes » (pour faciliter la courbe du chômage oui, et les aides aux entreprises publiques). Il discute avec un usager (usagère ? Je ne vois pas bien) de l’autre côté de la voie, je l’observe, j’observe en fait tout le monde l’observer, il sourit, wouah c’est à observer avec plus d’attention encore ! Et cette nana aussi, ça ne fait pas de mal. Je sollicite beaucoup mes yeux ces derniers jours, les adoucir, leur donner bonbon au susucre. La vue est interrompue par l’arrivée de leur métro, bondé bien sûr le métro. Faut-il le préciser ? C’est la ligne 13 hé ! Je vois que des dos. Je me répète assez comme ça dans la vie, alors si en plus je répète les lapalissades. Lapalissade, un mot que n’aimait pas quelqu’un chère à mon cœur. Et on s’en fout. Et je regarde les gens, et les filles en tête. Et je ne m’en fous pas. Je ne m’en fous pas de me sentir libre, d’espérer un avenir vers d’autres lignes. Vers ma ligne de conduite. Anarchiste on m’a dit. Non. Ça c’était Fénéon, comme votre serviteur n’est pas vraiment Guar, mais il est complétement Guar. Il est libre de vouloir, ou pas, l’être, et de s’inventer des histoires. Il est libre d’être libre, l’écrivant : Il est libre.

(la lune doit bien veiller sur moi, pour m’être m’user de mettre mes colères de côté)

Je repense à : je ne suis qu’ « un sauvageon qui n’a pas été greffé ».

Le Bar bis

Je retourne au Bar et retrouve Peyo, mais les retrouvailles ne sont pas aussi chaleureuses que je… non en fait je m’y attendais. Je sentais bien que je l’avais dérangé. En fait il écrit. En fait il est beau, sur fb. Ici, ici on sent les habitudes du degré chaque jour, chaque soir. « Je suis pas là pour être poli » qu’il dit à son copain, en parlant de moi, Habib avec qui je discute vieilles cartes et cabines téléphoniques. Et téléphone sans fil. Avec cadenas. « Toi t’écoute pas ! t’es pas là pour écouter, t’es là pour être écouté » qu’Habib enchaine à « Je suis pas là pour être poli ».

J’sens que Peyo ne me sent pas, ou qu’il y voit un concurrent de conflit intérieur, un écrivain raté parlant à un semblable. Des mecs qui écrivent, ça a beau être sacrément inspirant c’t’endroit (sérieux c’est glauque mais c’est… d’une certaine manière on sent qu’il faut rester à distance mais que… mais que) ça doit pas courir le bar. Et de ce que j’en ai lu sur fb il broie plus de noir qu’il ne m’a sorti sa recette du happy cup cake en toute circonstance restons positifs…

(paradoxalement, pour une fois, c’est tout différent sur le net)

Il broie de la tristesse. Ça j’suis pas étonné. Qu’il le vive comme il le vit, en fait j’en sais rien comment il le vit mais je sens qu’il le vit moins bien qu’il ne fait la morale à qui sombre un peu trop dans le Calimero, comme moi la dernière fois. « Monsieur le Taulier ! On l’appelle… » et moi je veux continuer à écrire. Et la Chimay out, et la Vedett bien avant aussi m’indiquent de continuer à écrire, d’entendre en fond leur discussion ok, mais, bon, ne pas oublier que je suis sur la corde brèche. Et que merde, merde je crois que je suis aussi « alerte » (=alerte) qu’eux il fut un temps et avant de sombrer avec le concours d’eux-mêmes sans même faire trop d’efforts ou alors simplement qu’il s’est senti attaqué que je prenne de la bonne bière c’est ce que je me suis demandé quand je l’ai entendu demandé combien ça coutait, ce que j’avais pris… Je crois qu’il prend la moins chère à chaque fois. Ah nan en fait c’est juste qu’ils sont à deux mètres mais je les calcule pas et en fait bah en fait ils mangent juste un bout de fromage c’est tout avec un bout de pain plus gros… c’est marrant parce que, ils ont beau l’air d’avoir des têtes de repris, je sens, du moins, beaucoup d’humanité. Comme le film d’il y a deux jours, ou un jour, là, c’est mieux, ça va mieux, ça tourne moins j’me reprends un peu, où l’on mettait en avant ces jeunes « perdus » qui s’occupent d’autistes, et recrutés non pas selon leur diplôme mais selon leur côté humain.

Le Bar bis, c’est le Saint-Denis dont je me souviens quand j’étais ado. De celui qu’on idéalise un peu facilement, quand on veut défendre la banlieue.

Il y a des sourires sur leur visage qui réchauffent… mon cœur. Je suis peut-être en train de me perdre possible, mais entre temps je veux continuer ça m’inspire, je travaille d’une certaine manière. Ça m’inspire. (j’lai déjà dit ? oui je tente de me justifier) Et la bière est bonne. (chercher des excuses) J’ai jamais été très compliqué. Je reviens de trop de la merde pour être gourmand.

Il est 23h05 et je n’ai pas fini ma Vedett. Le temps que je rentre… Faut que je rentre. Je sens que je me connais un minimum et que le minimum me dit, attention, tu vas te sentir débordé, devoir gérer le retour au turbin, et, tu te connais, et le retour à… l’autocensure, comme au temps d’avec le couple.

La nana devant moi me fait penser à Violaine, une copine de Déb’. Mais en plus alcoolique. La vérité est que ce que je fais est un travail à plein temps, et que c’est un travail qui ne paye… strictement rien. Et avec grande chance que ça ne paye jamais ! Les illusions de vivre de l’écriture, j’en suis revenu depuis mon complet échec du premier roman (le plus fou c’est d’avoir pensé qu’il était réussi).

Le lendemain, vendredi matin

Se réveiller et se lever à 10h10, non, 10h24, quel pied. J’ai dormi ! Fip m’accueille avec des applaudissements. Ceux d’I can’t get next to you des Temptations (tu m’étonnes), suivi de Can’t live without you de Jimmy Cliff. Avant, en allant vérifier les titres passés de chez FIP, mais je n’avais pas encore allumé la radio, ça s’est joué à une minute près, ce fut The Republic of Perseverance. Out of the ordinary. Out of the ordinary…

Et… ah et là j’ai mal à la tête. Je n’avais pas mal à la tête dans le lit ni en y sortant. C’est peut-être la Vedett d’hier-soir. Hier-soir, j’en ai bu deux. Oui parce que je dis que je bois, mais une bière me suffit en ce moment, pour être déjà fatigué d’en boire une autre.

Ces quinze derniers jours, c’est bien d’écrire ou de sortir mais faudrait penser à faire la vaisselle. Je n’ai plus une tasse, plus un couvert, presque plus d’assiette de propre. Cet appart… les notes un peu partout… les brouillons de mots pour l’anniversaire de Noémie… des livres éparpillés… le linge qui sèche et qui a eu le temps de sécher, qui a tout son temps, depuis une semaine ! Et encore sur son étendoir… Et cet aspirateur qui même lui prend la poussière. Et ces chaussettes. Un peu partout par terre dans la chambre… C’est vraiment un appart de célibataire. Je l’ai dit, je me concentre sur l’écriture, pas le temps pour ces futilités. Le féministe que je revendique être aurait besoin d’un homme ! pour me reprendre un peu en main.

Et cette couverture de chez Damart « cadeau de chez Damart pour votre fidélité » que je n’aie toujours pas donné à ce papa et à sa fille, de Syrie, là, devant l’hôpital Casanova, pas bien loin du métro et du Stade de France, et à qui je ne donnerai finalement jamais la couverture, bien que la transportant parfois avec moi sous mes tupperware de pour le midi, mais des jours des retours le soir où je ne les vois pas… et l’hiver qui passera.

On est oh… c’est fou ça aussi, depuis un mois j’en oublie même les matchs du psg et même quand je ne les oublie pas je me fiche de les regarder. Si ça c’est pas un signe ! C’est vraiment la crise rien ne va plus et je continue à faire mes jeux (sportifs) (comme ces ivrognes là) (au café d’à-côté là…).

Ah, je me souviens d’avoir rêvé de mon frère. Et aussi de mon voisin, celui qui a tué son chien (il y a 54 jours). Cette nuit dans mon rêve, enfin ça se passait le jour, j’étais sur le balcon, à l’interpeller, chose que dans la réalité je n’ai pas eu les couilles de faire, et je l’appelais de plus en plus fort, et il s’éloignait de plus en plus dans le jardin privatif de l’immeuble, et toujours sans me répondre, avec un gros dobermann en laisse, silencieux lui aussi.

(Dobermann… Daubeur… C’est pas comme ça que j’appelais mon père ?)

Il est 12h40, fin des notes, je re vais sur fb et je mets fip, « j’ai mis des mots, j’ai mis des mots sur des vents… » Ce Bashung, vraiment, si lui aussi nous poursuit.

Tiens, elle a enlevé toutes ses publications jusque là « public » datant d’après le 29. Hum. C’est le 30, que j’appris que…

« J’ai mis du temps à oublier que je t’aimais trop… »

Et je continue à mettre du temps.

Et à le perdre.

Ça va me prendre encore du temps, ne serait-ce que cette devenue addiction à son profil facebook. Idem avec le site de L’Equipe, je garde les fondamentaux chaque jour et ne pas garder les fondamentaux.

« Le nombre de rageux ici, c’est hallucinant. M’Bappe c’est le joueur qui emmène Monaco en demi finale de ldc à 17ans, c’est aussi le joueur qui nous qualifie en 8eme face à l’argentine, c’est le gars qui score en final de coupe du monde, mais non il est mauvais il sait juste courir vite. Vous devriez aller commenter le water polo et vous plaindre que l’on a noyer tous les chevaux. »

Et combien de like ? 576. De pas like ? 75.

Je sors enfin non je ne sors toujours pas d’une addiction à facebook, alors les comparaisons d’avec aussi mon blog, combien de like, moi, mon blog ? Faudrait peut-être des visiteurs, pour ça.

Ou pas. Je suis d’accord avec Fénéon : discrétion etc. « L’Eden des peintres proches de Fénéon correspond aux idées libertaires de celui qui sut défendre son indépendance en tous domaines et faire preuve dans le même temps de beaucoup de discrétion sur lui-même. »

Comme quoi, ce papier est allé dans tous les sens, mais j’ai quand même réussi à retomber sur mes pattes ! de petit peau-née aspirant… à peau nue ?

Je sens que je commence à m’ouvrir à d’autres horizons, et, faut bien, faut bien.

14h11. Avant de partir pour l’expo de Gemino au Petit Palais, je me regarde dans la glace et, c’est quoi ça, j’ai une griffure à la pommette. Comment je me suis fait ça ? C’était dans la nuit ? Dans d’agités rêves dont l’inconscient, au réveil, m’a fermé les portes ?

7 et 8 novembre 2019

Sur internet, plus tard, enfin plus tôt que l’expo visitée deux jours plus tard, mais revenir au sujet premier, je verrai et lirai :




Beau texte. La suite on la connait. Elle a été décrite ici :

“C’est le matin, on ne peut que visiter les musées. Là, des milliers de pièces, jalousement gardées par des parachutistes armés jusqu’aux dents, vous attendent, misérablement exilées dans ces tombeaux appelés “musées”. C’est déjà une hérésie que de mettre dans des “Louvre” ou des “British Museum”, ces expressions de la vie et de la vigueur créatrice que sont les œuvres d’art occidentales. En ce qui concerne les objets d’art africain, c’est réellement un non-sens. Car ces objets font partie intégrante de la vie de tous les jours et sont essentiellement fonctionnels ou à caractère religieux. Ce n’est d’ailleurs pas le nègre qui en a découvert l’esthétisme mais l’Européen ethnologue ou administrateur colonial au goût délicat. Non point que le nègre ne connaisse pas la beauté mais tout simplement parce que, à la base, l’artisan, l’artiste négro-africain ne pouvait rien concevoir sans beauté.” Abdallah Stouky, témoignage sur le Festival des Arts Nègres (Dakar, 1966), Revue Souffles.

En parcourant encore et trop Facebook, je tombe sur Vincent Van Gogh dont la parole me fait penser que, moi, c’est d’écrire autant qui me paraît physiquement épatant, parce que mentalement là aussi je suis totalement une lessive lessivée à la masse…

“J’ai une certaine espérance, qu’avec ce qu’en somme je sais de mon art, il arrivera un temps où je produirai encore, quoique dans l’asile.
À quoi me servirait une vie plus factice d’artiste à Paris, de laquelle je ne serais dupe qu’à demi, et pour laquelle je manque conséquemment d’entrain primitif, indispensable pour me lancer.
Physiquement c’est épatant comme je me porte bien, mais cela n’est pas tant que ça suffisant pour aller croire qu’il en est de même mentalement.”
Vincent van Gogh à Théo van Gogh
Arles, 3 mai 1889

Moi je dirais que c’est plutôt le contraire, qu’il me reste une case.

L’anarchisme de Fénéon, c’est un regard vers d’autres mondes.

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