La vie en vrac

En raison d’une erreur d’aiguillage

“En raison d’une erreur d’aiguillage…” ah bah merde. La soirée commence, je pensais qu’elle se terminait.

« Le trafic est terminé sur la ligne D. Veuillez nous excuser pour… » va pour Saint-Lazare ? mais si plus de trafic à Saint-Lazare ? Après, après quoi ? Après tout je suis célibataire…

Et si je me donnais un défi… Si je croisais un lit ce soir…

Je remonte jusqu’à la place Clichy.

Au barman je dis : dis-moi, y’a la wifi ici ? « ah non désolé dù£µ& » (qu’est-ce qu’il a dit ?) Et tu sais si y’a un bus qui va du côté de Saint-Denis ? « ah non désolé doudou je suis vraiment navré » (c’est ça, il m’a appelé doudou) (c’est le dernier type à qui j’aurais pensé appeler les gens « doudou »).

À la terrasse, seul, bien sûr seul j’ai beau sortir souvent c’est toujours seul, alors je prends un verre avec « la marche à l’amour » dans les oreilles. Il n’y a que la marche à l’amour avec qui je prends un verre depuis, désormais ça fait, ça fait quoi, attends, cinq mois moins dix jours… c’est long… j’aimerais rencontrer quelqu’un… « je finirai bien par te rencontrer quelque part ». Tiens Gaston Miron me suit dans mes pensées et « j’affirme ô mon amour que tu existes… »

« Je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi. »

« Je bois à la gourde vide du sens de la vie »

Tu m’étonnes qu’elle est vide, la gourde. « à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud… à ces taloches dehors sans queue et sans tête… » « Je n’ai plus de visage pour l’amour… »

« Je n’ai plus de visage pour rien de rien. »

« Parfois je m’assois par pitié de moi. »

Doudou ! Une autre steuplé…

(c’est la crise)

(c’est la crise) (je préfère encore qu’on m’appelle doudou qu’on m’appelle pas dou tout)

Désormais, par principe… mon cœur est fermé. C’est plus prudent. Plus con, mais plus prudent. Femmes, je vous emmerde. J’ai appris de ce dernier échec, échec d’amoureux, j’ai appris que l’honnêteté à toute épreuve et tous temps, en toute occasion était improductive, contre-productive même.

« Je n’ai plus de visage pour rien du tout » … « et j’ouvre mes bras à la croix des sommeils »…

En vérité, j’ai marché toute la nuit. J’ai marché, marché au milieu de la merde et de la pisse. Ou de la Fourche à Saint-Denis. Et ce noctambus qui me passe sous le nez, malgré ma course, puis le pas lourd, fatigué, grinçant, je mis deux heures trente.

En résumé, surtout avec une tartine de fromage fondu (mon vice en retour de soirée bourré) bah tous : allez tous vous faire enculer. Surtout ceux qui le méritent pas. La vie, c’est souvent ceux qui le méritent pas.

De ce dimanche presque pas maudit, je m’apprête enfin à vendre ce meuble maudit. Bien sûr, il faut que le prénom de l’acheteur soit celui de ma grand-mère paternelle. Les signes ! Les signes ! Je me comprends.

Problème de poids, de voiture, la vente ne se fait pas. Meuble maudit ! Meuble maudit !

Meuble à qui il était promis un meilleur avenir, meuble qui était destiné à une art-thérapeute, pour ranger les coussins de méditation. Le même jour où mon frère s’y met. Mon frère, faire du yoga, c’est un peu comme moi faire dans la dentelle. C’est crêpes dentelles alors, du verbe, à l’imparfait ou futur antérieur, du verbe « se crêper le chignon ». Ouais je m’égare, je disais ?

C’est le matin, le petit matin, le petit lundi matin. Dans la rue, devant le café des clandés du quartier, une petite voiture noire. Dessus, accolées à la vitre humide de ce matin qui s’interroge à pleuvoir, ou pas, deux grandes feuilles A4 blanches sont de sortie. Au pare-brise. Collées. Scotchées. Je suis intrigué, je m’approche et sous les gouttes de pluie je distingue des mots. « Je t’aime s’il te plait pardonne-moi je suis prêt à m’excuser… » « je suis prêt à me couper un bras » « stp pardonne moi tu es tout pour moi c’est grace à toi que je suis devenu sociable etc » « ne m’oblige pas à faire n’importe quoi » « c’est avec toi que je veux faire des enfants stp sabrina pardonne moi je t’aime. Karim. Tu es la femme de ma vie »

11 janvier 2020

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *