Expos / Sorties

La Grande Berthe Morisot

Peintre, impressionniste, femme : Berthe Morisot. Jusqu’au 22 septembre au musée d’Orsay.

Vue d’Angleterre dit aussi Vue du Solent (île de Wight) ou Marine en Angleterre
“C’est difficile, les gens vont et viennent sur le quai sans qu’on puisse les saisir ; les bateaux également ; c’est un mouvement, une vie extraordinaires, mais le moyen de la rendre !”
Femme et enfants sur le gazon dit aussi Les Lilas à Maurecourt, 1874
La chasse aux papillons, 1874
Devant la psyché, 1890

Fini / Non-fini : “fixer quelque chose”

En extérieur, la végétation, parfois l’eau, envahit l’arrière-plan ; le ciel disparait durablement. Selon un procédé cher à Morisot, les angles et parfois les pourtours de la toile ne sont que peu ou pas recouverts de peinture, la touche se fait toujours plus lâche dans les angles précisément, et c’est parfois la toile à nu, sans préparation, que l’artiste laisse apparente.

Un journaliste la surnomme en 1880 “l’ange de l’inachevé”. Cette absence de fini n’est, dans le cas de Morisot, et contrairement aux autres impressionnistes, pas toujours envisagée par la critique de l’époque comme un projet artistique, mais souvent comme le signe d’une timidité et d’une indécision toutes féminines. Pourtant, à y regarder vraiment, c’est moins l’incertitude que la détermination et l’autorité qui s’imposent. L’artiste s’affirme comme la seule à décider si un tableau est achevé ou non. C’est que le “non-fini” est au coeur de sa démarche artistique et de sa vision du monde. La surface du tableau est mobile et énergique, jouant des effets de déséquilibre. Plus radicale encore, Morisot intègre au rendu final et exploite visuellement les traces de la mise en oeuvre et de la progression de son travail. Tout se passe comme si cette technique, complexe et vigoureuse, assurée et personnelle, spontanée et maitrisée, mettait en scène une course contre le temps, l’esthétique de l'”oeuvre en devenir” inscrivant une temporalité dans le monde immobile du tableau. L’impression de rapidité est aussi une tentative chez Morisot de refléter et d’endiguer la fuite du temps.

La leçon au jardin. 1886. En représentant son mari avec leur fille Julie dans le jardin, Morisot modifie la place traditionnellement assignée aux hommes et aux femmes de son temps. La mère peint et travaille, tandis que le père s’occupe de leur enfant.
Sur le lac dit aussi Petite fille au cygne, 1883
Les pâtés de sable, 1882. Le caractère intime du sujet – “du suprême bonheur” à faire des pâtés dont se souvient Julie – donne à Morisot l’occasion de traduire, en quelques traits, l’essentiel de l’attitude de l’enfance.

Femmes au travail

Servantes, bonnes et nourrices sont des modèles de prédilection pour Morisot. Au coeur de la maison, elles sont aussi un autre indice de cette peinture de l’intime à l’oeuvre chez l’artiste. Ce travail silencieux et invisible, cantonné à la sphère privée, n’a pas la dimension politique ou naturaliste des représentations des mondes paysan, artisanet ouvrier qui abondent au Salon à partir des années 1880, mais Morisot leur donne dignité et poésie. Elle est la seule impressionniste, avec Cassatt et Pissarro, à représenter avec régularité les domestiques dans le quotidien de leurs tâches.

Dans ces peintures, la mère ne materne pas, elle peint des femmes au travail, par conséquent elle aussi travaille. L’oeuvre peint de Morisot n’est certes pas une critique de la maternité, mais elle montre en tout cas qu’elle n’est pas la seule voie d’accomplissement et la destinée unique d’une femme.

La petite servante, 1886
Blanchisseuse dit aussi Paysanne étendant du linge, 1881
Autoportrait, 1885.
La Nourrice dit aussi Nourrice et bébé, vers 1880
Dans la véranda, 1884
A la campagne dit aussi Après le déjeuner, 1881

Un atelier à soi

Un atelier à soi, comme Virginia Woolf, qui soulignait l’importance d'”une chambre à soi si une femme veut écrire une oeuvre de fiction”.

Les intérieurs de Morisot, assimilables à des projections de l’intériorité, de la musique jouée par les modèles ou de leurs rêveries, se déréalisent : “Le rêve c’est la vie – et le rêve est plus vrai que la réalité ; on y agit soi, vraiment soi – si on a une âme elle est là.”

Portrait de Mlle Julie Manet dit aussi Julie rêveuse, 1894.
Dans son journal, Julie Manet écrit au sujet de son portrait : “J’ai l’air très triste dans ce portrait plein de grâce, on sent le malheur qui vient de me frapper si violemment encore si jeune. Dans les dernières oeuvres de maman, il y a souvent une impression de tristesse.” Julie a perdu son père en 1892 et perdra sa mère en mars 1895, quelques mois après l’achèvement de ce tableau.
Julie Manet au violon, 1893.

Écrit le 30 août

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