La vie en vrac

« Aide-toi, ça t’aidera ! »

J’ai arrêté de travailler quand il a fallu devenir « aidant » de ma chère môman. Ensuite, ensuite, les années sont passées et je n’ai pas retrouvé « le » poste fixe. La baisse d’énergie, le besoin de voyages, et petit à petit, grandissant, le trou dans le CV, et le retrait, la position courbée, la crise aussi de la presse, la conjoncture… Là voilà mon excuse. Du béton armé. Bien pratique pour y dissimuler avec moi-même (puis les autres) cette incapacité – vieille tradition ! – d’être un winner. « T’es un winner ! Un winner ! Guar… » Non. Ma vie ressemble peut-être à une comédie dramatique mais au cinéma, au moins, on rêve, on ne s’endort pas. On rebondit après échecs, traumatismes, etc. (on sait se vendre, procurer confiance à futur recruteur, agiter les bras, faire le paon, palabrer, bref : dominer les doutes). « T’es un winner, t’es un winner ! ». En fait, en tapant sur internet la réplique c’est : « t’es un killer, t’es un killer Berthier ! » Espèce de fils à plan plan, va, espèce de suiviste. Espèce de perdant. Pire, espèce d’humain. « T’es un humain Guar, un humain ! » Voilà, ce que je me dis, des fois, quand je suis indulgent, et gentil avec moi. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. « Soyez gentil avec vous. Vous avez vu comment vous parlez de vous, Guar ? »

Hum…

Je me trouve simplement lucide, réaliste.

« Soyons réalistes… »

Réaliste ? Justement. J’ai fait quoi ? j’ai avancé dans quoi ? A ce rythme, si j’avais su ce que j’en ferais, de tout ça, de mes diplômes, aussi de mes rêves, de mes auto-censures de p’tit théâtreux voulant faire carrière… A la déliquescence J’aurais dû encore m’arrêter au stade des conneries délinquantes ! Là j’y prenais des plaisirs. Et avec plus de succès. Du moins pour semer les flics. A l’époque déjà ah quelle ascension, c’est sur les toits que je montais et, bon, les métros aussi. Au royaume de mon parcours sinueux à auto-psychanalyser, je me rendrais compte, une bonne décade plus tard, que le diminutif de mon surnom de tagueur signifiait, comme un appel au secours (créatif) : « moyen d’expression ».

Le graffiti… Une drogue qui m’a habité et poursuivi très longtemps, même et surtout après avoir touché, pour la dernière fois, à une bombe aérosol. J’avais arrêté, non par désintérêt mais par dégoût de ce que je renvoyais semble-t-il chez les gens quand en action, dans le métro ou dans la rue, je me sentais qualifié de petit con, de « délinquant ». De reprendre me démangea un peu mais c’est tout, pas plus que ça. Ma décision fut claire, je la vis de manière très claire du moins, je regardais, juste, j’observais les murs, les murs des autres, désormais je ne me les accaparais plus (les murs, la rue, l’espace) j’étais sorti du « game » (comme ils disent aujourd’hui, les djeuns). Finie la compétition et la discipline de poser, encore, toujours, tous les jours et, donc, au final, chaque jour un peu plus. Finie. J’ai posé et j’ai arrêté, mais pas de regarder, pas d’observer. Observer. Regarder. Je regardais, j’observais de loin comme un spectateur cette vie artistique souterraine, leurs nouveaux blazes, et styles, la nouvelle vague du graffiti en quelque sorte. Et rien, rien de plus, rien de factuel me concernant, m’impliquant. Je restais à l’affut, et dans l’envie…de murs, d’espaces, de friches, et de bâtiments abandonnés, et toujours de poésie, de sentiment d’écrire, écrire mon histoire s’entend, et de liberté, de libertés d’expression s’entendre… Et c’est tout. Contenter tout le monde. L’heure d’aller pointer et c’est tout. L’heure d’aller chercher le pain et c’est tout. L’heure d’aller se coucher et c’est tout. Une vie à la Berthier. Une vie d’abonné aux « Echos » et aux hémorroïdes. Ah… !…

« Soyons réalistes, exigeons l’impossible » que j’avais peint en géant, au sommet d’un bâtiment d’état. Soyons réalistes…ah ! La bonne blague que j’en ai fait, de ma carrière. Ce serait que professionnellement encore mais………… Bref. « On va s’arrêter là Guar ». Oui je suis d’accord.

A vous je dis “à la semaine prochaine”, à ma psy à dans deux.

Quant à moi… Quoi me dire ?

(« Recherche du matin : espoir ; Recherche du soir : désespoir. »)

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